Mark Monroe (Green Grid) : « La crise financière a freiné les projets Green »

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A l’occasion du technical forum du consortium Green Grid à Paris et Londres, nous avons rencontré ses portes-parole américain et européen. Pour eux, malgré les obstacles, l’industrie va dans le bon sens.

Depuis 5 ans aux Etats-Unis, 4 ans en Europe, le Green Grid travaille à proposer des solutions pour mesurer et améliorer l’efficience énergétiques des centres informatiques. « Face au problématiques de consommation énergétique, les entreprises sont confrontés au baton, comme la taxe carbone, ou à la carotte, schématise André Rouyer, président du comité de liaison au de ce consortium de plus de 170 entreprises internationales pour la région EMEA et responsable du projet Centre de données chez Gimelec. Le Green Grid, c’est la carotte. »

PUE, CUE, DDC, WUE…

Après avoir défini le PUE (Power Usage Efficiency), le DCiE (Data Center Efficiency), le CUE (Carbon Usage Efficiency), le WUE (Water Usage Efficiency), notamment, le Green Grid fait aujourd’hui (à Paris) et demain (à Londres), une mise à jour du Data Center Matrix Model (DCMM) dans le cadre du forum technique qui réunit tous les ans, en Europe, les principaux acteurs de ces questions propres à la consommation énergétique. Schématiquement, il s’agit d’un outil permettant de comparer le comportement des différents éléments qui composent le datacentre (matériel, refroidissement, applicatif…) par rapport à l’idéal (la note de 5). Cela se traduit aujourd’hui par un livre blanc, mais « nous sur un outil de simulation qui permettra aux entreprises de voir quels compromis est-il possible de faire pour obtenir des améliorations », précise le porte parole du consortium.

Si la prise de conscience des problématique énergétiques est désormais une réalité dans les entreprises, particulièrement du côté des opérateurs de data centers, nombreux sont les freins au basculement de solutions « vertes ». A commencer par les investissements nécessaires que la crise financière de 2008 (et qui revient) a freiné voir stoppé. « Nous avons constaté une décroissance dans l’intérêt du ‘Green’ au cours de la crise aux Etats-Unis, précise Mark Monroe, président du Green Grid. Cela revient un peu aujourd’hui. » Un constat applicable en Europe également, notamment en France.

Pas de réels investissements dans le Green

Autre barrière, « on ne touche pas à quelque chose qui fonctionne », rappelle Mark Monroe. Un adage bien connu dans l’industrie que les entreprises ont tendance à d’autant plus appliquer qu’elles cherchent à prolonger la rentabilité de leur investissements en prolongeant la durée de vie de leur matériel au-delà des 3 ans d’amortissement. « Si les grands acteurs tels que Google, Microsoft, Facebook se donnent les moyens d’évoluer tous les 2, 3 ans, ce n’est pas le cas des sociétés ‘traditionnelles’. » D’ailleurs, « si les entreprises sont contraintes par la régulation, on ne constate pas de réels investissements dans le Green. »

Un problème de comportement allourdi par de nombreux petits projets qui ralentissent la définition des objectifs propres aux recherches d’économies énergétiques. En effet, souvent les projets sont partagés entre directeur technique, responsable financier, unité métier. « Quand un responsable Efficacité énergétique est nommé, ça marche car il porte le projet et montre à la direction les économies réalisables », soutient André Rouyer. Nomination qui intervient généralement quand l’entreprise est déjà dans l’état d’esprit de chercher les économies du côté des énergie…

« On ne pourra aller que dans le bon sens »

Le tableau est loin d’être sombre pour autant. D’abord, l’industrie informatique ne consomme « que » 2 % de l’ensemble de la consommation électrique. A comparer à d’autres secteurs comme l’industrie potentiellement plus gourmande en besoins énergétiques. De plus, « nous avons la chance d’être dans des métiers où les opportunités d’amélioration sont plus rapide », estime le porte-parole français en rappelant que « un watt consommé aujourd’hui permet d’effectuer des millions de transactions de plus qu’il y a 20 ans. » Et les bâtiments des data center prennent aujourd’hui en comptes les impératifs de refroidissement (en exploitant l’environnement pour créer des couloirs d’air frais, par exemple). « On ne pourra aller que dans le bon sens, on s’améliore de fait. » D’ailleurs, les grands acteurs, IBM, Cisco, HP, sont moteurs. « Y compris en interne », s’entousiasme André Rouyer.

D’où le rôle du Green Grid d’éduquer (montrer les bénéfices économiques), de mesurer (proposer des pratiques transposables sans gros investissement) et d’influencer (inciter en agitant le bâton) via le Joint Research Center, le bras armé de la commission européenne, notamment. « La Commission européenne reprend nos propositions, indique le responsable EMEA, et une centaine d’opérateurs de centres de données se sont engagés à appliquer le code de conduite du Green Grid. » En engagement qui sert de repère aux institutions. Le Royaume-Uni demande ainsi aux opérateurs d’être en accord avec ce code avant de faire appel à leurs services pour les marchés d’Etat. « Cela entraîne une prise de conscience qui va arriver en France », promet André Rouyer. Un effet boule de neige salutaire.


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