Maxime Lombardini (Iliad/Free): «Le déploiement de la fibre optique va s'accélérer au second semestre»

Réseaux

Fort d’une excellente année 2009, Iliad attaque sereinement ses nouveaux projets, la fibre et le mobile, tout en renforçant le dégroupage et le développement d’Alice.

Un chiffre d’affaires qui frôle les 2 milliards d’euros en hausse de 25 %, 389 000 nouveaux abonnés Free qui maintient ses 23 % du marché des recrutements, des services innovants à faire pâlir la concurrence (à l’image de l’enregistrement à distance ou du Free Wifi activé par plus de 650 000 abonnés), un pôle hébergement en pleine croissance… Les superlatifs pour qualifier la bonne année 2009 que vient de passer Iliad ne manquent pas.

On pourrait ajouter la hausse de 75 % du résultat net consolidé à 176 millions d’euros, une trésorerie de 376 millions d’euros largement supérieure à l’objectif (300 millions), voire une marge Editda record de 39,4 %. On trouvera tous ces chiffres et bien d’autres dans le rapport de gestion. Une bonne nouvelle n’arrivant pas seule, il convient d’ajouter que Iliad, ou plus précisément sa filiale Free Mobile, a terminé l’année en beauté avec l’obtention, après trois ans d’acharnement, de la quatrième licence mobile 3G. Bref, si tout va bien aujourd’hui, il reste à préparer l’avenir. Lequel s’annonce chargé entre le déploiement de la fibre optique, celui du réseau mobile, la poursuite du dégroupage ADSL (avec un nouvel objectif de 90% des abonnés pour 2010 contre 85,4% fin 2009) et… le redressement d’Alice.

Alice

Racheté à Telecom Italia France en août 2008, Alice n’a pu empêcher la fuite massive de ses abonnés (678 000 clients en 2009 contre 836 000 un an plus tôt). Avec un taux de désabonnement supérieur à 2 % (moins de 1% pour Free), « lechurnn’est pas satisfaisant », convient Maxime Lombardini, le directeur général d’Iliad. Pas de panique pour autant. L’absorption d’Alice dans le groupe est en bonne voie avec la finalisation, d’ici deux mois, de la migration des abonnés sur le réseau de Free, l’harmonisation des offres désormais menée à terme, et la forte réduction des charges fixes. « Quand on a racheté Alice, l’entreprise perdait 1 million d’euros par jour, rappelle Thomas Reynaud, le directeur financier, aujourd’hui Alice gagne de l’argent et contribue, depuis 2009, à l’Ebitda du groupe. »

Il n’en reste pas moins qu’il faut « maintenant travailler à la fidélisation des abonnés ». Maxime Lombardini se veut rassurant. « Les indicateurs sont positifs depuis deux mois. » A vérifier à l’occasion de l’annonce des prochains résultats trimestriels, début avril a priori. Dans tous les cas, pas question de supprimer la marque. « Alice est une marque pas chère, ni en licence, ni en coût marketing, et elle nous permet de faire des tentatives commerciales sans mettre en danger la marque Free. » Par exemple, l’offre triple play à moins de 20 euros lancée en fin d’année et qui n’attire que quelques centaines d’internautes par mois. Trop peu, aux yeux du Pdg Xavier Niel, pour parler d’un succès ou même d’une réussite.

La fibre

Ce n’est évidemment pas sur Alice qu’Iliad va construire son avenir mais bien sur la nouvelle génération du réseau fixe à très haut débit. Le cadre réglementaire finalisé (avec l’encadrement de l’accès aux fourreaux de France Télécom et la mutualisation pour le multifibre dans les immeubles), Iliad va pouvoir se concentrer sur le déploiement en lui-même. Le groupe revendique 120 000 prises optiques livrées dans le cadre de contrats « clés en main » (pour quelques milliers d’abonnés), on est encore très loin des 4 millions de prises raccordables visées pour 2012 avec un taux de pénétration estimé entre 18 % et 25 % selon les zones. Pour, toujours, 1 milliard d’euros d’investissement au final. A ce jour, Iliad en a dépensé 184 millions.

« Le déploiement va s’accélérer au cours du deuxième semestre 2010 », promet Maxime Lombardini qui envisage les premiers transferts d’abonnés ADSL vers la fibre au cours de cette période. Mais il s’agit d’un travail de fourmi (ou de Titan selon les points de vue). « C’est un travail très lourd, c’est de la broderie d’aller souder de la fibre », estime le directeur général, . D’autant que si en zone dense, le cadre réglementaire est fixé, il reste à définir pour les zones moins denses. Leur abordage passera nécessairement par le co-investissement. Ce qui promet de belles discussions entre opérateurs. Mais « les choses avancent bien », promet Maxime Lombardini qui annonce des accords de copropriétés signés pour couvrir 280 000 foyers prochainement.

Le mobile

La stratégie mobile avance bien aussi. Free Mobile compte couvrir 27 % de la population à l’ouverture de son réseau début 2012. Si les dirigeants ne dévoilent rien de l’offre future, ils avancent les arguments pour assurer qu’elle sera attractive. « C’est un projet prometteur car Free Mobile n’est pas un nouvel entrant comme les autres », souligne Xavier Niel. Et de rappeler la baisse du coût de la terminaison d’appel à 3 centimes prévue en juillet 2010 et les fortes synergies possibles avec Free. « Le marché français reste très cher et monolithique, estime le fondateur d’Iliad, l’espace économique pour un quatrième opérateur mobile demeure immense. »

Peu de détails pour le moment, Free Mobile n’étant qu’au tout début de la construction de son réseau. « Déploiement du réseau se présente bien », assure Maxime Lombardini. Le nouvel opérateur a sélectionné ses équipementiers ( Nokia Siemens Network et Alcatel-Lucent et un troisième « inconnu »), et identifié une dizaine de milliers de référence pour les points hauts (installation des antennes). Les accords avec les bailleurs sont signés ou en cours de signature.

Côté futures offres, le nouvel opérateur se veut plus discret. Il se refuse d’abord à signer des accords de MVNO (opérateurs mobiles virtuels) avant l’ouverture du réseau afin de pouvoir lui offrir un minimum de visibilité. « Si l’offre MVNO n’est pas attractive, on risque de perdre en confiance », justifie Xavier Niel. Quant à une éventuelle offre quadri play (Internet, télévision, téléphonie fixe et mobile), contre toute attente, ce n’est visiblement pas la stratégie maison. « Le quadri play n’a de sens que s’il apporte quelque chose au consommateur, si on s’y lance, il faudra que ce soit disruptif », soutient le visionnaire. Qui admet néanmoins que « si le quadri play devient un standard on s’adaptera ». Jusqu’à présent, c’est surtout la concurrence qui s’est adaptée à la stratégie de Free dans l’ADSL. La tendance se poursuivra-t-elle dans le mobile?


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