Michel Langlois, Cisco: ‘Les attaques virus vont migrer…’

Sécurité

Le ‘vice-president Engineering IOS technologies’ s’attend à ce que les attaques se déplacent des serveurs centraux vers le réseau… Cisco aussi pourrait être une cible, un jour

Lors de son passage à Paris pour une convention Cisco Systems au Palais des Congrès, ce 4 février, Michel Langlois a résumé les axes stratégiques du groupe pour l’année 2004.

Silicon.fr: On croyait être sorti de la crise; or, les résultats de Cisco ont déçu les milieux financiers… La confiance est-elle revenue ou pas?

Michel Langlois: Oui ! Nous avons touché le fond de la piscine! Le marché est reparti depuis plusieurs mois. John Chambers, notre président, a déclaré il y a quelques semaines que chacune des unités de Cisco Systems était en mesure de gagner un milliard de dollars supplémentaire! C’est vrai que nous sommes très prudents mais nous pensons qu’il y a bien une reprise des investissements. Nos projections de croissance restent linéaires. Il y a eu de gros investissements d’infrastrucure chez les opérateurs jusqu’il y a 3 ou 4 ans. Aujourd’hui, ils doivent en assurer le ROI [retour sur investissement] en implantant de nouveaux services. Bénéficiez-vous du développement de la boucle locale, de l’ADSL?

M.L. Aux Etats-Unis, ce marché du “last mile” s’est réveillé. C’est une nouvelle qualité de vie grâce aux haut débits que les utilisateurs découvrent; ce sont les premières concrétisations de la convergence entre voix, données, images avec accès mobiles. Le “multimedia center” dans les foyers s’installe. Les fondations sont là pour la croissance de nouveaux marchés. Pour Cisco, c’est en grande partie, le créneau de Linksys, société que nous avons rachetée il y a un an. Ses produits sont largement distribués y compris en France, désormais. L’Europe, à son tour, tire parti du développement de la boucle locale. Mais il y a un autre phénomène qui pousse le marché: les “hot-spots” Wi-Fi. Les solutions deviennent disponibles, les réseaux VPN [privés virtuels] se déploient et se banalisent. Quels sont les principaux axes de développement de Cisco pour 2004?

M.L. Il faut pousser les technologies de routage du coeur des réseaux vers les accès distribués. Précisément, en anticipant le développement des accès en boucle locale. ll faut pousser les solutions de reconnaissance des flux SLA [qualité de service par prioritisation de certaine flux]. Il faut également travailler sur les “services avancés” liés aux mobiles, au stockage des données, à la voix sur IP, sans oublier la visioconférence et les outils collaboratifs. Ajoutons-y les réseaux MAN [métropolitains] et, bien sûr, la sécurité! Ce dernier domaine -la sécurité- est désormais un “attribut” incontournable, de bout en bout de nos systèmes de communication. En interne, chez Cisco, nous avons décidé de changer la culture des employés. Tout le monde doit être sensibilisé à la vulnérabilité! Car les attaques vont migrer depuis les “hosts” [sites centraux serveurs ] vers les réseaux d’accès. Tôt ou tard, nous pouvons être la cible d’attaques. Dans le stockage des données, est-ce que Cisco veut couvrir toute la chaîne?

M.L. Nous travaillons d’abord à l’intégration des solutions existantes. Il faut rajouter du transport: il faut fédérer en réseau les ressources et y apporter des services qui existent déjà ailleurs dans les grands réseaux. Ensuite, il faut encore se poser la question des “silos” de données: où localiser ce stockage? Il faut simplifier les architectures, refondre les “data centers” (cf. notre stratégie du “Busines ready data center“. Beaucoup de services nouveaux s’y rapportent. Sur ce créneau du stockage, allez-vous acquérir des sociétés?

M.L. Qui sait? Mais ce serait très arrogant de ne pas reconnaître les acteurs majeurs du marché et ne pas nouer des partenariats avec eux! Avec EMC et d’autres, il y a déjà un modèle qui fonctionne. Les développements à suivre sont, par exemple, les logiciels de virtualisation des ressources. Nous “supportons” Veritas, et sur 750 réseaux MAN, nous développons des “services additionnels”. Nos solutions MDS [commutation] sont interopérables avec les unités de stockage des grands constructeurs: HP, Hitachi DS, IBM. C’est le même produit Cisco, et nous créons des synergies avec les autres produits comme nos commutateurs Catalyst. Vous dites “voix sur IP” mais le marché dit plutôt ‘Téléphonie sur IP’… Cisco a intérêt à supprimer les PABX, non?

M.L. La réalité, c’est que les cycles d’investissement/ amortissement ne sont pas les mêmes. Un PABX est installé pour 8 à 10 ans. La question n’est pas de les remplacer. Il faut les intégrer dans l’architecture et le modèle économique “réseau d’entreprise”. C’est vrai que l’argumentation économique est discutée. Mais il faut raisonner en croissance, en ajout de services liés à la convergence, au développement des centres de contacts, etc. Car nous sommes convaincus qu’à terme, les modèles économiques s’articulent bien. Nous croyons également au développement du “softphone IP” [accès téléphonique via un PC, portable souvent, avec micro et oreillette], c’est vrai, car il est, entre autres, lié au développement des services de mobilité. Propos recueillis par Pierre Mangin


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