Microsoft : le nouveau chantre de l’open source…

Logiciels

À ceux qui confondraient Open Source, logiciel libre et démarche humanitaire… les éditeurs américains comme Sun, IBM, Novell, RedHat et autres, rappellent que c’est surtout un levier économique très lucratif. Et Microsoft rejoint la chorale

Le saviez-vous, Microsoft dispose d’un laboratoire Open Source employant vingt personnes ? Et justement, Sam Ramji, directeur de la stratégie open source et Linux de Microsoft, était ce mercredi de passage à Paris. Eh oui, il existe un tel poste chez Microsoft officiellement depuis 2006 (officieusement depuis 2004, http://port25.technet.com ) ! Et il ne s’agit pas d’un “amiral suisse” ! Pour preuve : vendredi 12 octobre, l’OSIS (association de l’Open Source Initiative) a reconnu les deux types de licence de Microsoft conformes aux règles du logiciel libre.

Des licences Open Source signées Microsoft

En effet, Microsoft a défini deux types de licences. « La Microsoft Public License [MS-PL] est proche de la licence BSD, qui n’impose aucune restriction ni obligation. Toute personne peut reproduire, modifier et distribuer des logiciels, de façon commerciale ou non, et sans avoir à verser de royalties. La licence Microsoft Reciprocal License [MS-RL] est très proche de la licence GPL (General Public License) qui impose, en contrepartie de l’utilisation du code, le reversement du code source développé pour les ajouts ou modifications à la communauté. Nous cherchons à définir un cadre juridique clair et transparent, dans lequel les développeurs d’open source pour les plates-formes Microsoft pourront choisir le type de licence, »explique Sam Ramji. Ce dernier se défend de vouloir attiser une guerre des licences, et précise que l’OSI est une association indépendante.

Un levier sollicité et utilisé par les développeurs

« Dès 1991, nous avons documenté tous les SDK (Software Development Kit) et fonctions de nos plateformes. Mais nos utilisateurs demandaient plus. Nous avons donc choisi de publier des parties de code source et choisi pour cela l’Open Source, » rappelle Sam Ramji. Cette diffusion favorise l’ouverture et la communication des environnements Microsoft via des développements plus nombreux de logiciels tiers, et via le portage de ses technologies sur d’autres plateformes. Néanmoins, seuls certains produits Microsoft sont et seront concernés par la publication de code en open source, et bien entendu Windows n’en fera pas partie. Mais, cette précision était-elle réellement nécessaire ?

Alors, comment choisir ce qui peut être open source ou non ? « Lorsque vous disposez d’un produit qui évolue très vite et que vous devez modifier régulièrement, le publier en mode open source prend tout son sens. En effet, les contributions permettent d’avancer mieux et plus vite. Dans ce cas, nous développons le cœur de projet et nous le publions en open source, »précise Sam Ramji. Afin d’encourager les projets d’interopérabilité et d’ouverture, de collaboration…

Microsoft attribue même des ressources à plein temps sur certains projets clés, afin de s’assurer de leur dynamisme et de leur survie. Une démarche qui rappelle celle de Marc Fleury (dirigeant de JBoss) qui avait recruté le développeur principal de la communauté JBoss, ou de Sun dont le CTO (directeur technique) Ross Altmann expliquait sur silicon.fr fin août 2007 : « Nous faisons de l’Open source un modèle de développement pour Sun, qui bénéficie et du savoir-faire et de l’expérience de milliers de développeurs à travers le monde. Ces derniers y trouvent leur intérêt, et nous pouvons commercialiser nos propres produits avec trois fois plus de composants en limitant l’effort de développement. »

En mai 2006, l’éditeur de Redmond lance la communauté Codeplex (son sourceforge à lui) définie comme le “ Microsoft’s open source project hosting web site” (le site web d’hébergement des projets open source Microsoft sur http://www.codeplex.com ). « La plate-forme propose déjà plus de 1 900 projets et recense plus de 31 000 utilisateurs. Il faut également ajouter les plus de 77 000 projets sourceforge sous Windows. Nous souhaitons maintenir ce dynamisme et enrôler toujours plus de nombreux développeurs, »s’enthousiasme Sam Ramji.

Une opportunité économique parmi d’autres

Cette démarche open source ne représente en fait qu’une corde supplémentaire dans les collaborations de Microsoft. En effet, l’éditeur américain ne déploie pas cette stratégie dans une démarche humanitaire et désintéressée. Au contraire : l’objectif consiste à bien à rester une plate-forme de référence pour toutes les technologies porteuses, afin de vendre ses environnements et ses systèmes d’exploitation. « Quelles que soient les technologies (PHP, Java, .net, et même ODF…) nous souhaitons que les meilleures et les plus utilisées soient portées le plus efficacement sous les plateformes Windows. Et même si elles sont concurrentes » insiste Sam Ramji. « Ainsi, nous proposons la gamme de produits Dynamics pour les ERP ou le CRM, et nous nous devons d’intégrer au mieux SAP sous Windows. C’est un jeu étrange de proposer à la fois une plateforme système et applicative. Car nous devons favoriser le portage, y compris avec nos propres moyens, pour que les technologies soient les meilleures dans nos environnements. Ce que nous faisons par exemple avec Firefox (dont j’ai invité les développeurs à venir me voir cet été) sous Vista. L’open source est en fait une des technologies participant à cet écosystème. »

Un programme revendeur Open Source par Microsoft

Pour positionnant son environnement Windows comme plate-forme de référence, Microsoft multiplie les partenariats avec des éditeurs comme Novell, Talend (ETL open source), Zend (intégration du langage PHP dans IIS sous Windows Server 2008), Xensource (virtualisation sous WS 2008), MySQL, SugarCRM… avec le risque assumé de ne pas vendre alors ces propres solutions. « Certes, nous favorisons la concurrence sur nos autres logiciels pour favoriser le développement commercial de notre environnement. Et c’est le prix à payer. Toutefois, sur le terrain, cela ne change rien à la concurrence commerciale, parfois très féroce entre éditeurs,» assure Sam Ramji

L’écosystème de Microsoft reposant sur un large vivier de SSII et autres intégrateurs développant sur ces solutions, on pourrait penser que cette démarche open source n’est pas du meilleur effet. « Une très grande partie de ces acteurs participent également au mouvement open source, soit par des contributions, soit en revenant des solutions intégrant des briques open source. Afin de diffuser cette nouvelle façon de penser le business, nous venons de lancer l’Open Source ISV Initiative pour nos intégrateurs en Chine. Et nous présenterons cette initiative début 2008 en Europe. Ce discours passe très bien. Et ce que les gens perçoivent parfois difficilement, c’est qu’avec ces démarches, nous aidons également nos partenaires à générer un fort revenu, et pas uniquement Microsoft. Et l’open source incarne également un moyen d’accélérer ce processus, » conclut Sam Ramji. Quand le réseau va, tout va…

À ceux qui y verraient une attitude suiviste de Microsoft, je rappellerais juste la réponse de Bill Gates au milieu des années 90 à quelques journalistes français dont je faisais partie sur cette question : « Et alors ?… Je vais prendre un exemple. Il y a une dizaine d’années, nous avons vu sur le marché un tableur comme Visicalc qui fonctionnait très bien et apportait une réelle valeur ajoutée. Nous nous sommes alors efforcés de développer un tableur qui serait encore plus performant et plus ergonomique. Ce que nous avons fait avec Excel. Apparemment, nous n’avons pas trop mal réussi… »


Auteur : José Diz
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