Mobiles : Google lance Android et l’Open Handset Alliance

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Après moult rumeurs, le géant du Web affiche donc ses ambitions dans la mobilité. Au programme, une plate-forme de développement ouverte et des accords avec fabricants et (certains) opérateurs

Offensive de Google dans le mobile: acte I. Comme prévu, c’est ce lundi que le géant de la recherche sur le Web a dévoilé à la presse ses ambitions dans ce secteur. Une annonce très attendue puisque l’on sait que Google cherche depuis plusieurs mois à sortir de son modèle économique à 99% dépendant de la publicité sur le Web.

Les rumeurs qui bruissaient jusqu’à aujourd’hui étaient assez proches de la réalité. Non, Google ne lancera pas de Gphone, en tout cas pas pour le moment. Mais le groupe de Mountain View a dévoilé une plate-forme open-source gratuite pour mobile baptisé Android. Celle-ci intègre donc un OS mais aussi des APIs et des outils de développement,. Objectif, détrôner les systèmes d’exploitation Windows Mobile, Palm Os et Symbian.

Cette plate-forme permettra notamment aux fabricants de mobiles d’intégrer facilement les services stars de Google que sont Search, GMail, Calendar, Picasa, Blogger, Maps ou encore YouTube. “Nous sommes convaincus que les téléphones portables sont la clé d’un accès pour tous à l’information ; c’est pourquoi nous nous sommes engagés à rendre disponibles un maximum de nos services sur les mobiles”,explique le groupe dans un communiqué. Le deuxième objectif est donc de s’imposer dans l’Internet mobile.

Les premiers téléphones basés sur la plateforme Android devraient être accessibles au grand public au second semestre 2008.

Mais Android n’est pas seulement un réceptacle à services Google. Constructeurs et opérateurs seront libres de personnaliser Android pour rendre disponibles des produits innovants plus rapidement et pour un coût moindre.“Les développeurs auront accès à l’intégralité des fonctionnalités et des outils qui leur permettront de créer des applications plus attrayantes et conviviales pour le grand public, apportant ainsi le modèle de développement internet au secteur du mobile”.

Un avis partagé par l’institut d’études Forrester; “Google est loin d’être le premier bénéficiaire de cette annonce. Des concurrents comme Yahoo ou Microsoft pourraient également profiter des bénéfices de cette plate-forme”.

Changement de méthode

Comme Yahoo, Google a dans un premier temps signé des accords avec des fabricants de mobiles pour y intégrer ses services. Mais visiblement, ce n’est pas la bonne solution.“Lors de la création de nos services mobiles, nous avons dû faire face aux difficultés et aux frustrations habituelles du développement d’applications mobiles, à savoir, la fragmentation des standards technologiques dans l’industrie mobile. Cet inconvénient résulte directement du développement rapide de ce secteur depuis vingt ans ; cette situation a conduit les fabricants de téléphones portables à développer individuellement des logiciels propriétaires. Pour les consommateurs, cela signifie que les portables reviennent plus chers et que leurs applications sont à la fois moins nombreuses et moins innovante”,poursuit Google.

D’où l’idée de cette plate-forme ouverte contenant nativement les services Google, que le groupe entend proposer aux fabricants et aux opérateurs. “Android fournit tous les logiciels nécessaires à un fabricant ou à un opérateur de téléphonie mobile sur une plateforme compatible avec toutes les normes industrielles existantes”,souligne Mountain View. Il s’agit également de permettre aux industriels de développer plus rapidement des applications mobiles. Et de réduire les coûts. A noter qu’Android sera disponible en tant que logiciel libre via la licence Apache version 2.

Restait à convaincre opérateurs et fabricants de combinés de proposer cette plate-forme. Et dans cette partie de poker à plusieurs milliards de dollars, Google a du jeu. Le groupe annonce en effet la création de l’Open Handset Alliance, une association qui regroupe de grands noms du secteur, des grands noms prêts à exploiter Android. L’alliance regroupe 34 sociétés dont T-Mobile, Telefonica, Telecom Italia, NTT, Sprint Nextel, China Mobile, HTC, Qualcomm, Motorola, Samsung, LG, Intel.

Première étape avant un vrai Gphone ?

“Notre participation à l’Open Handset Alliance et l’intégration de la plate-forme Android au second semestre 2008 nous permet d’étendre notre offre. Nous sommes ainsi en mesure de proposer une nouvelle catégorie de portables qui vont changer le paysage de la téléphonie mobile et relancer l’intérêt des utilisateurs”, explique ainsi Peter Chou, directeur général de HTC.

On notera tout de même l’absence de Vodafone, d’Orange et de Nokia dans cette alliance. Autant d’acteurs qui tiennent à privilégier leurs propres portails de contenus… Android ne sera donc pas utilisé par le permier fabricant mondial de mobiles ni par le premier opérateur européen, soit un handicap certain. Une question de temps ? Pour Forrester,“Dans un premier temps, Android ne concernera qu’une petite partie du marché”.

Pour certains, Android représente une première étape et Google pourrait finalement bien faire produire un véritable GPhone. Pour autant, le groupe dément une nouvelle fois ces rumeurs, expliquant qu’il préfère (et c’est bien logique) être présent au sein de différents modèles plutôt que d’un seul… Mais dans le même temps, il souligne que “nous reconnaissons que de nombreux utilisateurs de mobiles ne posséderont pas de terminaux compatibles avec notre plateforme mobile. Pour cette raison, Android sera un complément de notre stratégie actuelle mais non un remplaçant”….Google est passé maître dans l’art du double langage.

En tout cas, cette offensive permet à Google de rattraper rapidement son retard dans la mobilité. Le groupe était en effet distancé jusqu’à aujourd’hui par Yahoo dont les services sont présents nativement sur les terminaux HTC, Nokia, Motorola, Samsung, RIM (Blackberry) et LG.

Si l’objectif est d’occuper le terrain du mobile, il s’agit surtout pour les géants du Web d’être les premiers à profiter d’une manne publicitaire en plein devenir. Certains cabinets, comme le Kelsey Group, prédisent une progression annuelle de plus de 100 % jusqu’en 2012, où le marché pourrait dépasser le milliard de dollars rien que pour les Etats-Unis.


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