Mobiles: Linux peut-il se faire une place au soleil ?

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Les fabricants de terminaux semblent se tourner vers l”open-source’, multipliant des annonces prometteuses. Mais pour le moment, les leaders des systèmes d’exploitation pour mobiles n’ont pas à s’inquiéter

On le sait, les téléphones mobiles se transforment petit à petit en véritables PC de poche communicants, portés par les nouveaux réseaux sans fil à haut débit: GPRS, UMTS et bientôt HSDPA. C’est dire l’importance des systèmes d’exploitation dédiés permettant de faire fonctionner ces terminaux multimédias. Sur ce terrain, Symbian, consortium réunissant Nokia et d’autres fabricants, est le leader incontesté du marché des ‘smartphones’ (mobiles intelligents) avec une part supérieure à 60%. Derrière lui, Windows Mobile de Microsoft a encore bien du mal à s’imposer. Mais un autre acteur pourrait changer la donne. Il s’agit bien sûr de Linux. L”open-source’ frappe fort à la porte du marché des mobiles. Depuis quelques mois, les annonces se multiplient. Après Motorola qui a annoncé que la moitié de ses mobiles seront à terme motorisés par un OS dérivé de Linux et de Java (lire notre article), c’est au tour de PalmSource de confirmer sa préférence pour un système d’exploitation ‘open-source’.

Lors d’une téléconférence, Patrick McVeigh, directeur général par intérim de l’éditeur, a été très clair. L’entreprise se concentrera désormais uniquement sur Linux. Traduction: PalmOS abandonne Cobalt 6.1 sur lequel il avait pourtant placé beaucoup d’espoirs. Ce passage à l”open-source’ n’est pas une nouveauté. Lors du dernier congrès 3GSM de Cannes, l’éditeur avait déjà préparé le terrain en disant tout le bien qu’il pensait du Pingouin et surtout en confirmant des acquisitions dans ce secteur. En décembre 2004, l’éditeur a annoncé le rachat de China MobilSoft Limited (CMS), acteur majeur des logiciels pour la téléphonie mobile en Chine développés sous Linux, en particulier avec sa filiale MobilSoft Technology. L’Asie: première cibleC’est la prochaine étape de notre progression et un mouvement majeur pour l’industrie des téléphones mobiles” avait déclaré David Nagel, CEO de PalmSource. “Nous projetons d’offrir la simplicité d’utilisation et la flexibilité de Palm OS à tous les téléphones mobiles“. En mai dernier, Nokia confirmait le lancement d’une nouvelle génération de terminaux: un PDA sans téléphone mobile, mais connecté à Internet en Wi-Fi et équipé d’un OS ‘open-source’ dérivé de Linux. En mars dernier, Siemens Mobile annonçait le passage à l”open-source’ pour les plates-formes logicielles utilisées pour “motoriser” ses combinés. Il s’agit de réduire les coûts et d’accélérer les temps de production. Mais on ne sait pas si BenQ, nouveau propriétaire du fabricant, poursuivra sur ce terrain. Samsung a également investi ce ce terrain. Ces multiples annonces répondent à plusieurs facteurs: baisser les coûts de développements avec des OS libres, contrer la domination de Symbian et les velléités de Microsoft, et enfin attaquer les marchés émergents avec des combinés à prix très serré et l’Asie, là où Linux se développe à grands pas. Pour autant, la part de marché de Linux dans ce secteur est encore très faible: moins de 1%. Et il faudra que de nombreux fabricants disent oui à Linux avant que Symbian ou Windows Mobile soient inquiétés. Symbian étrillé Mais l’optimisme est au rendez-vous. Selon Stéphane Deruelle, directeur Europe du Sud de Montavista, éditeur de solutions logicielles Linux pour mobiles, “la part de marché de Linux dans les mobiles est plus importante qu’on le croît”. Tout en concédant que la grande partie du parc se situe en Asie. “En Europe, les choses commencent à bouger, notamment avec les annonces de Palm ou de Motorola”, poursuit le directeur. Pour Stéphane Deruelle, la croissance de Linux sur le Vieux continent est freinée par Symbian qui fait pression sur les fabricants. L’ennemi est donc clairement défini. Et l’éditeur n’hésite pas à tailler un costard au leader. “Symbian propose une solution qui se prétend ouverte mais qui en réalité présente un bon nombre de contraintes”, souligne Stéphane Deruelle. “Symbian est une plate-forme commune que les fabricants et opérateurs ont du mal à paramétrer, alors que Linux est complètement ouvert et permet d’importantes économies de licences”. Symbian rejette cette vision. Si l’éditeur propose aux fabricants de combinés et aux opérateurs une plate-forme commune, ouverte et homogène, elle est fortement personnalisable. Symbian appelle cela la ‘plate-formisation’ de l’O.S. qui permet une segmentation du produit à partir de la même plate-forme. Ce qui permet aux opérateurs de décliner des services à moindres coûts. Le consortium, qui se veut serein, affûte néanmoins ses arguments: “Linux n’est pas une plate-forme déclinable pour mobiles, c’est juste un O.S.”, prévient immédiatement Simon Garth, vice-président marketing de Symbian. “Il faudra du temps pour développer une alternative sérieuse et homogène. Ce développement exigera des coûts importants. Ceux qui pensent que Linux est gratuit se trompent gravement”. En effet, l’intégration est le point noir de Linux pour mobiles. “Je reconnais que cela peut être difficile”, concède Stéphane Deruelle. Windows Mobile dans la ligne de mire C’est pourquoi MontaVista vient d’annoncer la version 4.0 de sa plate-forme MobileLinux, qui permet notamment aux fabricants d’utiliser un seul OS pour différents usages. Outre des améliorations en consommation et en rapidité (exécution d’applications via la mémoire ‘flash’ par exemple), MobileLinux 4.0 permet donc aux fabricants de réduire ou d’augmenter la richesse des fonctions proposées. MontaVista prend donc le contre-pied de Symbian. Pour autant, la route sera encore longue avant que le leader ne soit inquiété. D’un autre côté, une place de challenger est envisageable… Linux pour mobiles pourrait ainsi venir titiller Windows Mobile (18% de part de marché) notamment grâce au choix de PalmSource (10% de PDM) de se tourner vers Linux. PalmSource et MontaVista Software ont en effet annoncé qu’ils s’associaient pour accélérer le développement de la prochaine génération de téléphones mobiles basés sur Linux. L’objectif de devenir numéro deux n’est pas affiché, mais MontaVista considère que Linux en a les moyens. Selon l’éditeur, Microsoft fait fausse route dans sa stratégie mobile. “Leur force de frappe est impressionnante, mais vouloir à tout prix rapprocher le PC du téléphone avec des systèmes fermés n’est pas la bonne solution. Par ailleurs, les fabricants de mobiles ne veulent pas que l’histoire se répète”, explique Stéphane Deruelle. Traduction: personne ne veut laisser Microsoft reproduire dans le téléphone le succès et la domination qu’il connaît dans le monde PC.


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