MSN joue aussi le jeu du gouvernement chinois

Régulations

La filiale du géant du logiciel a accédé à une demande du gouvernement chinois: il a fermé un ‘blog’ politiquement incorrect selon la vision chinoise de la libre expression

Microsoft jette de l’huile sur le feu dans la question visant l’attitude trop conciliante voire collaboratrice des géants de l’industrie face aux exigences politiques, souvent totalitaires, du gouvernement chinois.

Quand nous opérons sur des marchés dans le monde, nous devons nous assurer que nos services respectent les lois internationales, mais également les lois et réglements locaux“. Brooke Richardson, directeur de la division MSN de Microsoft, a justifié ainsi la décision de l’éditeur de fermer un ‘blog’ ? nommé An Ti – à la requête du gouvernement chinois. Que lui reprochait-on ? De discuter de sujets politiquement sensibles, et en particulier d’avoir évoqué une grève récente intervenue au sein d’un journal de Pékin victime précisément de la répression du pouvoir. Les journalistes de ce dernier, le Beijing News particulièrement actif, s’étaient mis en grève une journée à la suite du limogeage de leur rédacteur en chef. L’information publiée en ligne a été censurée et supprimée. Mais cela n’a pas suffi. Car un ‘blog’ hébergé sur MSN restait accessible. Ce militantisme dissident hébergé hors du territoire et de la sphère de contrôle du gouvernement chinois ne pouvait perdurer. Son auteur, assistant de recherche au sein du bureau du New York Times à Pékin, est un spécialiste des sujets sensibles comme les relations de la Chine avec Taiwan. Il est connu sous son nom de plume, Zhao Jing. La Chine a, il est vrai, sa propre conception des notions de ‘démocratie‘ et de ‘droits de l’homme‘. En 2005, Shi Tao, reporter chinois, a été condamné à dix ans de prison pour avoir expédié un e-mail évoquant la censure exercée contre les médias. L’affaire avait fait grand bruit, on s’en souvient, car Shi Tao avait été dénoncé par Yahoo, dont les services avaient accepté de collaborer avec le gouvernement chinois afin de remonter jusqu’à lui, auteur de l’information. Yahoo n’est pas un cas unique. Une requête d’un internaute chinois sur le Dalai Lama, Taiwan ou tout autre sujet ‘sensible’ sur le moteur de recherche Google envoie comme résultat “Site cannot be found” (aucun site ne peut être trouvé). L’attitude inconditionnellement collaboratrice des géants de l’Internet – Yahoo!, Google et Microsoft MSN en particulier – peut heurter les idéaux démocratiques, mais sûrement pas les principes du business. Etre présent sur le marché le plus prometteur de la planète justifie bien quelques compromissions. On verra ce qu’en pense Reporters sans frontières, par exemple.


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