Nicolas Aubé (Celeste) : « Il y a une synergie commerciale importante entre réseau et hébergement »

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A l’heure où Celeste inaugure son data center « vert » Marilyn, son dirigeant revient sur la problématique du cloud privé vs cloud public et l’optimisation de la consommation énergétique.

Opérationnel depuis début octobre, Marylin, le data center de l’opérateur Celeste installé à Champs-sur-Marne (77), sera officiellement inauguré jeudi 24 novembre. Pour son dirigeant, Nicolas Aubé, le cloud est un axe de développement stratégique pour son entreprise comme pour celle des clients.

Vous prônez, dans une tribune libre, l’usage du cloud privé pour l’entreprise. Cela signifie qu’il n’y a pas de place pour le cloud public ou hybride avec Marilyn ?
La demande pour le cloud privé est une constatation. Sur nos 2000 clients entreprise de Celeste, je n’en ai pas vu un seul qui se tourne vers le cloud public. La demande de cloud privé des clients et des partenaires vise essentiellement à répondre aux besoins de traçabilité des données. Néanmoins, notre offre infrastructure fibre et hébergement est parfaitement compatible avec les deux types de cloud, privé comme public.

Celeste est avant tout un opérateur, pourquoi aller sur l’hébergement?
Jusqu’à présent, le data center était utilisé pour nos besoins en tant que fournisseur d’accès. Mais il y a une synergie commerciale importante entre réseau et hébergement car le client qui prend une baie s’équipe d’une fibre. Notamment pour synchroniser les bases de données en temps réel. A 1 Go, il faut de la fibre.

Quelle est votre offre de base? Comment la distinguez-vous de celle de vos partenaires?
Nous proposons une infrastructure de base qui correspond à un accès fibre optique et data center auxquels nous ajoutons des services « cloud » via des machines virtuelles à la demande ou des services d’externalisation de sauvegarde ou de téléphonie (qui correspondent aux débuts du cloud et à notre métier historique). Nos partenaires vont plus loin en proposant à leur clients l’accès à la machine virtuelle (éteindre/allumer) à la demande.

Le Cloud privé n’enferme-t-il pas les données de l’entreprise de par son caractère propriétaire?
Il est toujours difficile pour une entreprise de changer de prestataire. Mais je pense qu’elle risque de rencontrer plus de difficultés à changer de fournisseur avec un cloud public que privé. Personnellement, je pense que l’entreprise doit avoir les moyens de changer de fournisseur quel que soit le modèle public ou privé. Dans notre offre, le client conserve la maîtrise de ses données via le matériel qui leur appartiennent. Le client peut venir et partir avec leurs propres serveurs. Et nous restons en contact avec le client final même quand celui-ci est amené par un partenaire. Séparer l’infrastructure du service est primordial.En termes de sécurité, il y a toujours un risque à mettre ses données dans le nuage. Car, tout le monde peut avoir problème. Mais les conséquences dans un cloud public peuvent être très graves alors qu’elles seront plus limitées dans un cloud privé. En termes de gestion du risque, le cloud public me paraît plus risqué.

Marilyn, le data center vert de Celeste
Les deux tours refroidies par l'air extérieur du data center Marilyn de Celeste.

Marilyn est présenté comme un data center « vert ». Le travail environnemental sur Marilyn est important à quel titre? En termes d’image, d’économie de consommation pour Celeste ?
Marilyn est conçu en forme de tour avec des grilles qui permettent à l’air extérieur de s’engouffrer afin de refroidir les infrastructures. Une architecture de couloirs verticaux d’air chaud et froid que nous avons breveté. Nous avons en fait appliqué la séparation des airs froid et chaud des data centres modernes sur plusieurs étages en colonne verticales. Et nous recyclons l’air chaud pour chauffer une partie des locaux de Celeste et, potentiellement, les locaux voisins (mais l’air qui sort à 35° n’est pas assez chaud pour alimenter une chaufferie ou une turbine, c’est uniquement du transfert de chaleur limité par la distance, donc). Le surplus d’air chaud, qui ressort à 35°, est évacué par le toit. Au final, 30  % d’énergie est économisée. Soit la consommation annuelle de bureau de 150.000 m2.

La température extérieure suffit à se passer de climatiseurs?
5 % de l’année, la température de l’air est supérieure à 30°. Une période durant laquelle on climatise. Mais 80 % du temps, l’air est inférieur à 22°. Dans ce cas, nous ne sollicitons pas la climatisation. Dans les 15  % du temps ou l’air est entre 22° et 30°, il y a un mixte entre usage de la climatisation et air extérieur.

D’où vient le nom de Marilyn?
A l’origine, c’est le nom de code du projet. Cela vient des grilles d’aération qui l’équipent, justement. L’air qui s’engouffre dans l’immeuble nous a fait penser à la célèbre image de Marilyn Monroe dans 7 ans de réflexion [de Billy Wilder en 1955, NDLR] dont la robe se soulève quand elle marche sur une grille d’aération. Comme le nom de code était facile à retenir, nous l’avons conservé.


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