Nortel, à nouveau en difficulté, entend se concentrer sur le marché Entreprises

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Profit warning, cours de l’action qui s’écroule, ralentissement de l’activité, mauvais choix technologiques : l’équipementier canadien doit désormais faire des choix au sein de ses activités

L’éclaircie aura été de courte durée. Il y a encore quelques mois, Nortel affichait une santé retrouvée après une année 2007 plutôt honorable en comparaison de ses concurrents. Mais la seconde moitié de 2008 s’avère très difficile tant au niveau de l’activité que du contexte économique et financier. Et les mauvaises nouvelles reviennent par la grande porte.

Ce mercredi, en pleine crise financière mondiale, le canadien annonce un profit warning pour l’ensemble de l’année. Le canadien dit s’attendre à un chiffre d’affaires en recul de 2 à 4 % alors qu’il misait il y a encore un mois sur une légère croissance. En cause : les baisses d’investissements des opérateurs, un marché Entreprises attentiste et des retards de livraison de certains équipements.“Le ralentissement en Amérique du Nord est brutal”,nous explique Michel Clément, patron de Nortel France, Europe du Sud & Moyen Orient et Afrique.

Conséquence, ce mercredi l’action Nortel s’est écroulée de 40% !, du jamais vu, mais il faut dire que l’annonce tombait au plus mal avec la faillite de plusieurs banques américaines.

Après avoir déjà supprimé 4.000 emplois au cours des trois dernières années, une nouvelle restructuration est à l’ordre du jour. Des nouvelles suppressions d’effectifs sont à prévoir (en France le groupe emploie 800 personnes). Surtout, Nortel doit revoir sa stratégie produits et marché afin de résister à la tempête.

Dans le marché de l’optique et du transport (12% du chiffre d’affaires), Nortel va fortement réduire la voilure. “L’activité est très fragmentée avec beaucoup d’acteurs, volatile et constitue un marché en définitive restreint. Nous allons donc désinvestir tout en maintenant nos engagements actuels”,souligne le patron de la zone EMEA.

Du côté du mobile, la situation est contrastée. Dans la 2G, où Nortel est un des principaux fournisseurs d’infrastructures, les opérateurs commencent à réduire leurs investissements, se concentrant sur le haut débit mobile (3G/3G+). Mais pour Nortel, la 2G est faite pour durer encore un bon moment. “Le GSM devrait perdurer jusqu’en 2015, nous nous engageons donc dans la durée, la technologie n’est pas prête de mourir même avec la large bande”. Sauf que les investissements opérateurs baissent assez rapidement.

Pour compenser ce repli, impossible de se positionner sur la 3G, Nortel ayant cédé cette activité à Alcatel-Lucent; Dès lors, l’équipementier a misé sur une évolution de la technologie Edge, appelée Evolved Edge. Un choix perdant.

Malgré des atouts certains (débits confortables et surtout coûts bien inférieurs à la 3G puisqu’il s’agit d’une évolution logicielle des réseaux), Evolved Edge ne convainc ni les opérateurs et encore moins les fabricants de terminaux. Encore stratégique il y a quelques mois, Evolved Edge devrait être abandonné. “La technologie est prête mais le passage du HSDPA dans la bande des 900 MHz a minimisé l’avantage d’Evolved Edge et les fabricants de mobiles ne s’y intéressent pas. Rien ne sera possible dans ces conditions. Néanmoins, nous pensons que les conditions de marché futures pourraient favoriser cette technologie.”,regrette Michel Clément.

Désormais, Nortel entend se concentrer dans la 4G avec la technologie LTE. Des expérimentations vont avoir lieu avec Verizon Wireless aux Etats-Unis et un opérateur en Europe.“Nous sommes à la recherche d’alliances car tout va aller très vite”,souligne le p-dg. Une vision à vérifier compte tenu du contexte économique, notamment aux Etats-Unis.

Restent deux terrains mobiles sur lesquels Nortel peut tirer son épingle du jeu. Dans le GSM-R, le mobile ferroviaire, Nortel multiplie les contrats dont quatre en Algérie pour 200 millions de dollars. Dans le WiMax, Nortel s’est associé au géant Alvarion mais les opérateurs sont encore attentistes à cause des retards dans la normalisation..

Finalement, c’est bien sur le marché Entreprises (25% du chiffre d’affaires) que Nortel cherchera ses relais de croissance. “Ce marché progresse de 20% par an, surtout il est moins volatile que les autres. Notre objectif est de monter rapidement en puissance, pourquoi pas à travers des opérations de croissance externe très ciblées”, explique Michel Clément.

Surtout, Nortel entend capitaliser sur ses solutions de communications unifiées proposées en partenariat avec Microsoft et IBM. Le partenariat avec Redmond, baptisé ICA ‘Innovative Communications Alliance‘ monte en charge, affirme Nortel “Ce n’est pas de l’interfaçage mais bien de l’intégration de la téléphonie dans l’OCS -Office Communication Server-.On se coule dans la solution de Microsoft”.

Les communications unifiées sont une priorité pour les entreprises, reste que Nortel est un partenaire ‘parmi d’autres’ pour Microsoft… Par ailleurs, les perspectives sombres de l’économie mondiale risquent de peser sur les investissements. Sans ce moteur de croissance, Nortel risque de se retrouver dans une solution plus que délicate.


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