Nouvelle charge d'experts contre le cloud computing

Après Larry Ellison, patron d’Oracle et Richard Stallman, fondateur de la Free Software Foundation, c’est au tour d’un certain nombre d’experts IT de partir en croisade contre le très tendance cloud computing.

Ces derniers demandent de faire preuve de prudence quant à l’adoption des services hébergés sur le Web au moment où une nouvelle vague de distributeurs dévoile ses initiatives en « nuage ». Le cloud computing consiste à héberger des ressources sur un “nuage » externalisé plutôt que dans ses propres locaux.

Le système offre aux entreprises une alternative à bas prix à l’achat et à la maintenance d’une infrastructure informatique. Il permet aux utilisateurs d’accéder aux applications depuis leur PC ou mobile, de n’importe où et à n’importe quel moment. Cependant, les inquiétudes s’amplifient quant à la protection des données et aux problèmes de régulation et d’interopérabilité.

Un certain nombre d’éditeurs ou de distributeurs a annoncé des offres de cloud computing ces dernières semaines comme Amazon, Google et Oracle, suivis de près par le lancement du nouvel outil de réseau social d’IBM, appelé Bluehouse. Plusieurs cabinets d’études IT conseillent aux sociétés d’adopter ce système avec prudence.

Attention à la législation sur la protection des données

Par exemple, la société britannique Consultancy Global Secure Systems (GSS) estime que les entreprises devraient revoir leurs dispositions sur la sécurité de leur système IT avant de se jeter, même à l’essai, dans le monde du cloud computing.

David Hobson, directeur de GSS, a fait référence aux clauses du Data Protection Act qui obligent les entreprises à dire où elles stockent les données de leurs clients. Cette loi dit également que les sociétés ne peuvent pas conserver leurs données en dehors de l’Union européenne.

Le problème lorsque l’on signe avec un fournisseur de “cloud computing” est que les données de l’entreprise peuvent être conservées presque n’importe où dans le monde. En effet, les fournisseurs doivent copier les données un peu partout sur la planète pour leurs propres dispositifs de récupération et de sauvegarde, selon David Hobson.

“Notre prudence ici à GSS ne fait en aucune manière du tort à l’intégrité des nouveaux services de « cloud computing” », a-t-il déclaré. « Elle met simplement en évidence le fait que les règlements des directions d’entreprises et, bien sûr, la législation sur la protection des données doivent s’adapter à la réalité ».

Des problèmes d’interopérabilité

Richard Stallman, fondateur du projet GNU et de la Free Software Foundation, a exprimé de plus grandes inquiétudes quant à la permission allouée à un tiers d’héberger des données privées. Il conseille aux entreprises de garder avec elles les documents privés « au nom de votre liberté ».

Richard Stallman a également remarqué des problèmes de flexibilité provenant du fait que les entreprises se retrouvent liées à un fournisseur unique. « Si vous utilisez le serveur de quelqu’un d’autre, ce dernier en prend le contrôle », a-t-il confié à Vnunet.com.“C’est aussi grave que d’utiliser un programme propriétaire, et pire, parce que même l’option pénible de réparer le code binaire est ici inexistante ».

L’analyste du Butler Group, Roy Illsley a, pour sa part, soulevé des problèmes techniques plus profonds pour le cloud computing. “Nous somme toujours en train de travailler sur un modèle pour le cloud computing et en réalité nous en sommes toujours au stade de l’infrastructure”, a-t-il déclaré. Selon lui, un certain nombre de problèmes d’interopératibiltés doivent être abordés avant que les entreprises investissent dans une infrastructure de stockage en « nuage ».

Il a cité l’exemple de VMotion, le produit de Vmware, qui permet la migration d’une machine virtuelle en fonctionnement, d’un serveur physique vers un autre sans que celle-ci ne s’arrête. Pour que cela fonctionne dans le “nuage”, l’éditeur du service devra utiliser la même génération de puce et le même fournisseur que le client. “Même si vous pouvez désormais, passer d’une génération à l’autre avec les puces Intel, vous ne pouvez toujours pas le faire entre Intel et AMD,” a-t-il précisé.

Richard Edwards du Butler Group conseille aux entreprises de réfléchir à leur stratégie pour le passage au cloud computing. “Songez à la méthode que vous choisirez si vous devez réintégrer vos données dans vos locaux” a-t-il déclaré. « Est-ce que l’éditeur du logiciel vous rend la tâche facile et combien cela vous coûtera-t-il ? »

Des inquiétudes infondées pour Salesforce

Si les entreprises décident que le cloud computing est un système qui leur convient, Salesforce.com, un fournisseur de service en Saas (Software as a service), en détaille les avantages. Woodson Martin, vice président de la stratégie chez Salesforce.com, a déclaré : “facilité d’utilisation, flexibilité, évolutivité et réduction des frais de gestion et d’infrastructure sont les bénéfices du système pour les sociétés de toutes tailles. Avec le cloud computing, les entreprises peuvent utiliser ce dont elles ont besoin et ne paient que ce qu’elles utilisent. »

D’après Woodson Martin, les inquiétudes quant à la perte de contrôle sur les données sont infondées car beaucoup d’entreprises exercent par ailleurs un contrôle faible sur leurs données en local. “Beaucoup d’entreprises, ne savent même pas combien de PC sont connectés à leur réseau, et encore moins quelles données sont conservées sur ces ordinateurs et comment y accéder, les utiliser ou les transporter », a-t-il dit. « Les équipes IT des sociétés sont déjà à bout et ne peuvent simplement pas faire tout elle-même avec un niveau aussi élevé que les sociétés spécialisées ».