Novell ‘Brainshare’: pourquoi il faut croire en Linux et Open-source…

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En ouverture de ses rencontres professionnelles ‘Brainshare’ à Barcelone, Novell se réjouit des avancées de l’Open Source. Mais il reste beaucoup de promesses à tenir

Barcelone – Novell continue de négocier son virage vers le logiciel libre. L’éditeur de Netware ne s’en cache pas: il fait un pari sur son futur “OpenSuSE”, la version 10.0 de Linux SuSE.

Mais Novell pose ses repères avec le soutien de constructeurs comme HP (le premier constructeur à avoir proposé Linux -SuSE- sur les PC portables), Unisys ou encore l’un de ses principaux actionnaires: IBM. A l’ouverture des journées européennes ‘Brainshare’ qui se tiennent du 12 au 14 septembre en la capitale de la Catalogne, les responsables de Novell ont réaffirmé leurs convictions ‘Open-source’. Ils n’hésitent pas à citer les témoignages de grands comptes enthousiastes comme la banque irlandaise AIB Group, le groupe de chaînes de télévision britannique ITV, la compagnie d’aviation TAG, le canton de Genève (Suisse)… Novell s’enorgueillit de compter 13.000 clients en Europe. Explication: “Nous sommes clairement une alternative à Microsoft.” Le déclin de Netware -le pionnier des systèmes réseaux d’entreprise (propriétaire mais standard ‘de facto’ de IPX, jusqu’à la généralisation de TCP/IP fin des années 90) était prévu, prévisible et quasiment programmé. Seulement voilà, il n’est pas encore suffisamment compensé par les ventes de licences et de services autour de SuSE Linux. Les revenus ont baissé au 3è trimestre (au 31 juillet, 290 millions contre 305 l’année précédente). Le président, Jack Messman, qui a prévenu qu’il ne répondra aux questions financières, tient pourtant à préciser: “Ce sont les chiffres d’un trimestre. Ils ne sont pas significatifs de notre situation en général“. Et d’expliquer, en substance, que les migrations de licences ne se font pas en quelques semaines. C’est un processus que Novell a enclenché depuis plus 18 mois et qui prendra encore 2 à 3 ans dans certaines entreprises. Car c’est une question quasiment philosophique: faut-il migrer vers l’Open-source, et quand? Les managers de Novell gardent confiance: “Les revenus en provenance de Linux se sont élevés à 44 millions sur ce trimestre“, confirme J. Messman. Sur ces 44 millions, 31 millions provenaient d’Open Enterprise Server (OES) et 8 millions de SuSE Linux Enterprise Server (SLES). C’est autant qu’en 2004. Au global, toujours sur les 290 millions de ce 3è trimestre, ce sont les services de maintenance qui ont fait le gros du chiffre d’affaires: 244 millions (légèrement inférieurs aux 247 millions de l’an passé) contre 45,6 millions seulement en provenance des licences logicielles (57 millions en 2004). “Novell est toujours engagé à se réinventer comme fournisseur de logiciels et de services Open-source. C’est une ambition mais également une transition complètement nécessaire dans ses activités. Les revenus de ses produits propriétaires ne dépasseraient pas 1,6 million de dollars“, commentait récemment David Bradshaw, un analyste du cabinet Ovum. Alors sur quoi repose le pari de Novell? Sur 5 lignes d’activité: 1-“Novell for desktop“: selon l’éditeur,il y a une carte à jouer avec Linux sur les postes de travail, en cautionnant les ‘standards’ GNOME, KDE et OpenOffice. “Non pas sur tous les postes“, explique Greg Mancusi-Ungaro, directeur du marketing. “Nous sommes convaincus qu’il y a un potentiel de 10 à 15% des utilisateurs, par exemple, ceux des centres d’appel, ou dans les applications techniques, qui ont déjà pris ou vont choisir l’option Linux – sans oublier les utilisateurs à leur compte, ceux qui sont séduits par Mozilla FireFox“. La motivation principale ici, c’est diminuer les coûts du ‘hardware’ et du ‘software’. D’où les perspectives réalistes de Novell dans les régions émergentes (Chine, Asie du Sud-Est, Amérique Latine…). A noter que Novell travaille sur NetMail (ou projet ‘Hula’) visant les travailleurs sans poste de travail (accès à partir de bornes Internet, ou mobiles). 2-“Novell for the data center“: on rejoint ici les orientations d’IBM, ou d’Unisys notamment, et le marché des grandes organisations publiques, ministères ou collectivités; Unix, avec ses différentes licences, toutes “propriétaires”, peut céder la place à Linux, sans drame; Les développements en cours sur Novell Enterprise Server portent sur l’authentification Kerberos, la supervision distribuée, un support généralisé à tous les processeurs x86 jusqu’aux 64 bits et, au début 2006, Virtualized NetWare, lequel, comme ZENworks, repose sur le standard de virtualisation ‘XEN’: c’est le principe d’un “shell” (coquille) qui permettra de faire fonctionner les “derniers” Netware sur Linux SuSE. La base installée Netware perdure: elle pèse le même poids aux Etats-Unis qu’en Europe, “mais c’est aux Etats-Unis que notre base installée subit la plus forte pression de la part de Microsoft“, observe J. Messman. 3-“Novell resource management“: c’est notamment l’offre ZENworks, une ‘suite’ qui permet de contrôler le cycle d’exploitation des configurations Linux, y compris, avec la version 7.0, les immobilisations informatiques; une offre qualifiée de “solide” par les entreprises utilisatrices; 4-“Identity and access management“: outre le succès de son module ‘single sign on’ (une procédure d’identification unique par utilisateur, répliquée automatiquement sur plusieurs serveurs d’un même domaine), Novell a construit un ensemble de procédures de sécurisation des accès (authentification, cryptage, etc.) Novell annonce la version bêta de “Novell Access Manager” (qui supporte jusqu’à 10.000 identités d’utilisateurs, en étant conforme aux protocoles standard Liberty Alliance et SAML, apportant notamment le “federated provisionning“) La version 3 de Novell Identity Management qui sera introduite “avant la fin 2005” apportera la représentation d’organigrammes renseignés. 5-application collaborative ou “workgroup“: Novell compte beaucoup sur la version 7 de “GroupWise” -son arme de guerre pour rivaliser avec Exchange de Microsoft et Lotus Notes d’IBM: l’éditeur de SuSE revendique près de 20% de part de marché face à ses deux rivaux qui détiendraient 30 à 35% chacun. GroupWise 7 (livré depuis août), apporte, entre autres nouvelles fonctions, le calendrier multiple, la messagerie instantanée… Enfin, durant ces trois jours, nul doute que l’on en saura un peu plus sur la version 10.0 de SuSE (“OpenSuSE”) qui avait été annoncée pour le 6 octobre. Rappelons qu’elle s’appuie sur le ‘kernel’ 2.6.13 de Linux. Pour Novell, c’est la confirmation de son virage stratégique, consistant à ouvrir son code à la communauté des développeurs Open-Source. Encore un pari. Un modèle économique qui se cherche encore

La recherche et le développement sont réparties au sein de la “communauté”, explique Jack Messman, p-dg. “Si nous estimons que cela n’avance pas assez vite, nous lançons le ou les développements. Mais en prenant garde de ne pas aller trop vite, en veillant à ne pas prendre trop d’avance” [pour ne pas risquer de perdre le contact avec la communauté des développeurs]. Novell sait que Linux sur les postes de travail ne procurera pas des revenus colossaux. “Mais cela constituera un marché potentiel par agrégation“. Bref, les dirigeants savent que ce modèle n’est pas systématiquement générateur de chiffres d’affaires sauf sur certains créneaux de marché, comme celui des “data centers” où Novell est légitime (et revendique 5 millions de licences O.E.S. -Open enterprise software). Ainsi Novell dit enregistrer une moyenne de 5.000 téléchargements par jour de son Linux SuSE (soit un ‘download’ toutes les 18 secondes!). Et 4.500 développeurs seraient déjà enregistrés ; ils auraient déjà contribué à identifier, gratuitement, 500 bugs sur la version OpenSuSE (10.0) attendue! RedHat est certes actif mais son poids et son influence sur le marché, notamment auprès des grands comptes, ne seraient pas aussi percutants. Mais alors qui fait de l’argent dans ce monde Linux/ Open-source? IBM Global Services, HP ou Unisys -ou les integrateurs, Capgemini et consorts? “Peut-être, c’est vrai qu’ils sont bien placés mais nous aussi Novell, nous tenons des leviers efficaces pour accroître le nombre de nos “subscribers” (adhérents) à Linux SuSE surtout.” Il est également vrai que, comme mentionné plus haut, Novell tirent encore l’essentiel de ses revenus de la maintenance. Ce qui l’incite à tendre quelques perches, comme la gratuité de 20 heures de formation en ligne!


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