NTIC: la croissance est là mais les interrogations demeurent

Régulations

L’édition 2006 du rapport ‘DigiWorld’ de l’Idate fait le point sur les marchés des nouvelles technologies dans le monde. Malgré une reprise, le marché des télécoms inquiète les analystes de l’Institut. Dans le même temps, les géants du Web, de plus en plus diversifiés, pourraient bouleverser le marché

Le DigiWorld va plutôt bien. Sous cette appellation, l’Idate rassemble les marchés des télécoms, de l’informatique et des médias. Et selon l’édition 2006 de son célèbre rapport (qui vient d’être publié aux éditions Dunod), la croissance du DigiWorld a été vigoureuse:

+6% à 2.504 milliards d’euros. Après plusieurs années dans le tunnel, les marchés des NTIC se sont repris en 2004, une reprise confirmée l’an dernier. Mais évidemment, ce chiffre masque d’importantes disparités et interrogations. Globalement, si la croissance est bien au rendez-vous, elle demeure en ligne avec la croissance des économies en général. Ni plus ni moins, souligne l’Idate qui rappelle qu’avant la bulle internet, le marché des NTIC progressait deux fois plus vite que les PIB des nations. En 2005, les marchés DigiWorld ont représenté 7,5% du PIB mondial. Europe et Etats-Unis se rejoignent puisqu’ils ont généré respectivement 806 milliards d’euros et 798 milliards de revenus. Le marché a été porté par l’explosion de l’électronique grand public, du haut débit et de la téléphonie mobile. Mais l’institut observe que certaines innovations peuvent se traduire par des destructions de valeur. Dans le même temps, d’autres “nourrissent de multiples interrogations sur les modèles économiques”, explique Didier Pouillot, coordinateur du rapport. Les opérateurs vont-ils investir ? Illustration avec les télécoms. Certes, le marché global progresse: 1.003 milliards d’euros en 2006 contre 949 en 2005 et 900 milliards en 2004, mais de façon de plus en plus lente. La pression sur les prix et le tassement des marchés vont peser. Et l’essor de la téléphonie mobile, qui risque de s’essouffler dès cette année, ne pourra pas compenser la chute de la téléphonie fixe de plus en concurrencée par la VoIP. Cette configuration du marché va amplifier le phénomène de concentration des opérateurs, prévoit l’Idate. “La hiérarchie mondiale a été bouleversée et on assiste à une recomposition des monopoles”, souligne Didier Pouillot. Le constat est encore plus inquiétant pour les équipementiers télécoms. Là encore, le marché progresse après voir connu l’enfer au début des années 2000. Selon l’Idate, il devrait représenter 194 milliards d’euros en 2006 contre 188 milliards en 2005 et 174 milliards en 2004. Mais les perspectives sont incertaines. “On assiste à un rebond technique mais les années glorieuses sont bel et bien derrière nous”, observe l’institut. La pression sur les prix, l’arrêt des déploiements ‘historiques’ et l’émergence de la concurrence asiatique vont peser sur les résultats. Surtout, l’Idate s’interroge sur l’ampleur de la reprise des investissements des opérateurs confrontés à une quasi stagnation de leurs chiffres d’affaires. Il n’y a pas de relance ou de rupture souligne le rapport, et ce malgré de grands projets comme celui de modernisation de BT ou de Dutsche Telekom. Là encore, l’Idate prévoit la poursuite de la consolidation du secteur après la reprise de Lucent par Alcatel ou le rachat de Marconi par Ericsson. Les prétentions des géants du Web Si les télécoms inquiètent, l’informatique rassure. La reprise, sur les marchés des logiciels et des services, s’est confirmée avec respectivement +6,3% et +5,5%. “Les perspectives restent très positives pour 2006”, souligne le rapport. Mais pour l’Idate, l’événement marquant des années 2005-2006 est l’arrivée tapageuse des géants du Web dans les marchés traditionnels. En effet, Yahoo, Google, MSN, eBay ou encore AOL multiplient les incursions dans la téléphonie, la télévision, l’électronique et établissent des passerelles entre ces univers. Et ces incursions sont loin d’être marginales. “Même si l’impact en termes de revenus est encore limité, ils constituent une menace claire pour les acteurs traditionnels car ils génèrent de la destruction de valeur pour ces entreprises ‘historiques’. Ils ont en effet vocation à intervenir sur toute la filière”, explique Didier Pouillot.


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