Numericable-SFR plombé par l’activité mobile

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Victime du ralentissement de l’activité mobile, le premier résultat annuel du groupe Numericable-SFR subit un fort recul de ses chiffre d’affaires et bénéfices.

Numericable-SFR vient de publier ses premiers résultats annuels en tant que nouveau groupe. Des résultats essentiellement portés par l’activité de SFR alors que la fusion officielle des deux entreprises date de fin novembre. Des résultats proforma, incluant Numericable Group, SFR mais aussi Virgin Mobile et Telindus, en retrait.

A 11,4 milliards d’euros, le chiffre d’affaires annuel recule de 5%. Tous les segments sont touchés : résidentiel (-4,5%), entreprise (-6%), wholesales (-6%). Les bénéfices (Ebitda) s’en ressentent, notamment impactés par les frais financiers de l’opération de fusion et les intérêts à payer sur l’endettement. A 3,1 milliards, ils reculent de 11%. Les mesures d’économies sur les coûts de fonctionnement mises en place par la nouvelle équipe dirigeante, n’ont pas suffi à compenser les reculs des activités.

Le mobile plonge

Et notamment celle du mobile. Avec 22,94 millions au 31 décembre, le nombre total de clients baisse de 1,2%. Dans les détails, les utilisateurs direct de SFR (hors MVNO et entreprise) reculent de 4,7% à moins de 16,24 millions. Essentiellement sous l’influence de l’abandon continu du segment prépayé (-14%) que SFR ne parvient visiblement pas à capter pour les transformer en forfaits. Du coup, ces derniers reculent à leur tour de 1,9% à 13 millions de clients. La baisse impressionnante de l’Arpu (revenu moyen mensuel par abonné) n’arrange rien. Il tombe à 22,5 euros (-5,9%).

Sur l’offre fixe, Numericable-SFR revendique 6,6 millions d’abonnés. La part du très haut débit (30 Mbit/s et plus) a progressé de 4,5% à 1,55 million de nouveaux raccordements. La part ADSL tombe à 5 millions d’abonnés et recule de 1,4%. « La décroissance du parc ADSL va se poursuivre en 2015 au bénéfice d’une migration de ces clients vers le réseau THD du Groupe », indique l’opérateur qui applique en toute logique sa stratégie de couper au plus vite les liens ADSL (lignes téléphoniques) aujourd’hui louées à Orange au profit de l’infrastructure de Numericable. Une progression qui pèse néanmoins sur l’Arpu. A 34,1 euros, il baisse très légèrement de 0,6%, « en raison d’une politique de forte remise de SFR sur le FTTH », justifie le groupe.

6,4 millions de lignes très haut débit

Au total, Numericable-SFR compte 6,4 millions de lignes très haut débit (plus de 30 Mbit/s). S’il ne détaille pas la répartition entre la fibre de bout-en-bout (FTTH) et jusqu’en pied d’immeuble/tête de quartier (FTTLA), le groupe s’inscrit comme le premier acteur du THD en France. Sur l’année, il a déployé 800 000 nouvelles lignes THD à plus de 100 Mbit/s et maintient ses ambitions d’atteindre les 12 millions fin 2017 et 15 millions fin 2020. Ce qui pourrait passer par un basculement de tout ou partie des 8 millions de lignes en Docsis 2.0 (entre 30 et 100 Mbit/s) vers le Docsis 3.0 (100 Mbit/s et plus) qui équipe aujourd’hui 5 millions de lignes.

Côté investissements, le groupe a dépensé plus de 1,78 milliard d’euros sur l’année. En baisse de 8% malgré les annonces de Patrick Drahi, patron de la maison mère Altice, d’investir plus. La moitié des investissements a été consacré à la rénovation et au déploiement mobile. Si Numericable-SFR a réussi à atteindre son objectif de couvrir 50% de la population en 4G fin 2014, c’est notamment grâce au projet de mutualisation du réseau mobile mené à travers les accords précédemment signés avec Bouygues Telecom, reconnaît l’entreprise. Selon nos informations, le partenaire Bouygues assurerait 10% de l’itinérance. « Cet effort d’investissements dans les réseaux fixe et mobile du Groupe sera poursuivi en 2015 », indique l’opérateur dans son communiqué. Des investissements qui entendent l’amener à couvrir 70% de la population en 4G pour fin 2015.

Transformation du SI

L’infrastructure ne sera pas le seul chantier de Numericable-SFR en 2015. Son directeur général, Eric Denoyer (en photo), poursuivra ses efforts sur la simplification des offres (la refonte des tarifs mobiles est notamment attendue avant mai prochain), l’amélioration de la distribution en boutique, l’interconnexion des réseaux (10 000 liens devraient être retirés de chez Orange générant 80 millions d’euros d’économies, selon nos informations), la cession du réseau DSL de Completel (imposée par l’Autorité de la concurrence), la révision du modèle de sous-traitance (avec une réinternalisation maximale des services, notamment grâce à l’expertise de Telindus) ou encore la transformation des systèmes d’information.

Sur ce dernier point, les méthodes de la nouvelle direction risquent de se heurter à la vigilance des syndicats. Lors d’un projet de réorganisation de la DSI présenté par la direction aux syndicats le 18 février dernier, la CFDT votait une résolution s’opposant au projet. Si le CE SFR opérateur se félicitait « de la volonté de la direction de ré-internaliser certaines tâches, plutôt que de poursuivre cette fuite en avant vers l’externalisation à outrance de nos compétences », il craint que la réorganisation ne se fasse aux dépens des salariés. Sur les 798 postes concernés, 236 devraient bénéficier d’un plan de formation pour évoluer en compétences, 40 devraient être réaffectés sur une même zone géographique, 37 seront supprimés et « mis en mobilité » dans le groupe. « Cela ressemble furieusement à ce que faisait France Télécom dans ses heures les plus sombres… », considère un porte-parole de la CFDT. Notons que 54 postes devraient être créés.


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