Olivier Nora, Sogeti : «L’Internet des objets va transformer des pans entiers de l’économie»

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Olivier Nora, directeur des offres et alliances chez Sogeti

Dans son nouveau rapport VINT, Sogeti s’attaque à l’Internet des objets et à la manière dont l’entreprise doit appréhender ce nouveau secteur. Le point avec Olivier Nora, directeur des offres et alliances de la filiale de Capgemini.

L’Internet des objets (IoT pour Internet of Thing) constitue la thématique centrale du nouveau rapport VINT (Vision – Inspiration – Navigation – Trends) que Sogeti déclinera au fil des prochains mois à travers quatre opus. Livré hier, mardi 12 novembre, le premier est téléchargeable depuis cette page. Olivier Nora, directeur des offres et alliances de la filiale de Capgemini, revient pour Silicon.fr sur les grandes lignes du rapport et la vision de Sogeti en matière d’objets communicants.

Silicon.fr : Rappelez-nous dans quel cadre est réalisé ce rapport ?
Olivier Nora : Ce premier des quatre rapports, « Things — Internet of Business Opportunities », réalisé par notre trendlabs VINT vise à apporter une compréhension d’un domaine et voir comment une rupture va ouvrir des opportunités de business à travers l’usage de nouvelles technologies pour les entreprises. Sur le même modèle, notre précédent rapport se rapportait au Big Data.

En 2013, Sogeti aborde l’Internet des objets à travers quatre rapports. Ce premier chapitre pose la problématique dans son ensemble et sera suivi des trois autres, lesquels approfondiront des points précis : le Wearable Computing, l’Industrial Internet et les Smart Cities.

Sa réalisation s’appuie sur quatre sources principales : notre centre de R&D en Hollande, le comité de pilotage industriel clients de Sogeti, notre réseau d’experts dans les différents pays du groupe Sogeti et Capgemini, et nos alliances stratégiques avec de grands éditeurs (dont IBM et Microsoft). L’ensemble est reconsolidé pour définir comment les entreprises vont réfléchir à l’appréhension des technologies, des usages et en terme de roadmap.

L’idée est de reprendre ce qu’est l’IoT et voir de quelle manière les entreprises peuvent l’appréhender pour transformer la manière d’apporter de nouveaux services en direction des utilisateurs.

Quelles sont les grandes lignes de ce premier volet ?
Le cœur du rapport tourne autour du waste, le gaspillage, et comment l’Internet des objets peut aider à réduire les pertes, notamment en matière d’énergie, pour l’entreprise ou les collectivités.

Des exemples d’applications ?
Oui, plusieurs. La ville de San Francisco a connecté ses parkings à Internet pour optimiser le temps d’accès aux places libres des automobilistes depuis leurs smartphones ce qui fluidifie le trafic, réduit la consommation de carburant et, au final, rend service au citoyen qui accepte mieux le paiement des places et améliore les ressources de la ville.

Autres exemples, en Hollande, l’IoT optimise la vie quotidienne d’une laiterie en assurant le suivi à distance de la santé des vaches pour adapter leur régime alimentaire, prévenir les soucis, etc. Ou encore, dans le domaine médical, un pilulier connecté accompagne le patient dans le suivi de la prise de médicament, ce qui évite oubli et rupture de traitement et ses potentielles conséquences dommageables.

Ces exemples illustrent deux choses : comment l’IoT simplifie la vie quotidienne et comment il permet d’éviter la surconsommation par l’optimisation.

Le rapport essaye de trouver les cas d’usages des entreprises et d’évaluer comment les expérimenter, comment utiliser l’approche dans la conquête de nouvelles parts de marché, notamment du côté des pays émergents. L’objectif est d’identifier les services et objets les plus efficaces pour lutter contre le gaspillage.

Quels marchés Sogeti vise-t-il en particulier à travers l’IoT ?
Pour le moment on reste dans une logique d’innovation et de découverte des marchés. Néanmoins, si les pronostics sont liés à la créativité et ouvre de nombreuses perspectives, on distingue quatre grands domaines : les véhicules connectés, l’énergie (smartgrid), la médecine (suivi du patient à distance, accompagnement dans les traitements), et les objets personnels portés sur soi, le wearable computing.

Que préconise le rapport aux entreprises qui veulent se lancer dans l’IoT ?
Nous avançons cinq recommandations :

  • vérifier que tous les composants existent, montrer des choses démontrables, rendre les choses tangibles ;
  • procéder par expérimentation, faire des essais ;
  • apporter des choses nouvelles, ne pas hésiter à aller vers des parties novatrices et éviter de reproduire ce qui a déjà été fait;
  • raisonner par des allers-retours, en imaginant les services innovants et redescendre sur l’objet pour le redéfinir. Par exemple, en Afrique un projet vise à utiliser le micro des smartphones comme capteurs de pluie afin de développer des applications de mesure météorologique qui permettront à leur tour de développer de nouveaux capteurs ou appareils de mesures à l’échelle de l’économie locale. Il faut introduire un dialogue entre le service et l’objet.
  • Et, enfin, se concentrer sur l’optimisation de la vie de tous les jours, la chasse au gaspi et faire les choses de manière plus « smart ».

L’IoT est un mix entre l’Internet, plutôt axé sur les services, et l’industrie, plutôt tournée vers les objets. Le rapport suggère par exemple d’utiliser des capteurs de type Lego pour créer des services et redescendre sur l’objet.

L’IoT est-il dissociable du Big Data et du Cloud ?
Non. L’IoT provient clairement de la tendance social media dont il est totalement indissociable à travers les usages. Mais aussi de l’analytique pour le traitement massif des données et du Cloud qui apporte un modèle économique soutenable à cet ensemble. L’IoT tire son sens de l’ensemble de ces techniques.

Le marché de l’IoT est-il quantifiable ?
L’IoT est la nouvelle révolution devant nous. Le rapport indique que l’Internet des objets est aussi révolutionnaire que l’invention du plastique en son temps. On ignore dans quel ordre de grandeur mais on sait que tous les secteurs vont être impactés. L’IoT va transformer des pans entiers de l’économie.

D’un côté Cisco parle de 50 milliards d’objets connectés d’ici 2020, de l’autre l’Idate évoque 80 milliards (et Gartner a avancé le chiffre de 30 milliards depuis l’entretien), comment justifier ces différences ?
50 milliards d’objets connectés en 2020 ou 80, ça ne change pas grand-chose, c’est un même ordre de grandeur pour l’industrie informatique. Dans le monde du PC, on comptait environ 1 milliard de personnes connectées. Chiffre passé à plus de 5 milliards avec l’émergence des mobiles. Avec l’IoT, on est dans un facteur x10 tout en s’affranchissant de la distance.

Tous ces objets vont avoir besoin d’un réseau solide pour communiquer. L’IPv4 et sa pénurie d’adresses ne constitue-t-il pas un frein au développement de l’IoT ?
Avec l’IoT, on est plus sur une problématique de mise en route des services que d’infrastructure de l’Internet. Les freins aujourd’hui se situent plutôt du côté de l’usage, de l’accès à des capteurs facilement déployables et économiques, ainsi que du côté de la sécurité (avec les risques d’attaques des réseaux d’énergie par exemple) et de la vie privée (à travers la surveillance des utilisateurs). L’IPv6 ne figure pas sur le radar à court terme et ne constitue pas aujourd’hui un point de blocage.


Voir aussi
Dossier : Internet est-il prêt pour l’Internet des Objets (M2M) ?


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