OPA de Broadcom sur Qualcomm : Intel en embuscade ?

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Intel est très attentif à la tentative d’acquisition de Qualcomm par Broadcom. A tel point que, selon le Wall Street Journal, la firme de Santa Clara évaluerait l’option d’acquérir ce dernier, même si un démenti a été opposé à une telle spéculation.

Alors que Broadcom poursuit inlassablement son offensive sur Qualcomm, l’équation gagne maintenant encore en complexité avec l’entrée en lice d’Intel et du CFIUS (Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis).

Intel étudierait en effet, selon le Wall Street Journal, depuis la fin 2017 l’option de mettre la main sur la firme basée à Singapour au cas où elle parviendrait elle-même à acquérir Qualcomm.

Pour le groupe dirigé par Brian Krzanich, il s’agirait d’éviter de voir surgir un nouveau sérieux concurrent dans le domaine des semi-conducteurs, alors que la firme de Santa Clara a déjà cédé sa première place à Samsung en 2017(une première en 20 ans). L’allégation du WSJ démontrerait, si elle se confirme, à quel point le géant de la micro-électronique se sentirait menacé par un possible rapprochement entre Broadcom et Qualcomm, sachant que ce dernier vient de finaliser l’acquisition de NXP.

Intel inquiet

En disgrâce auprès d’Apple, Qualcomm pourrait bien à nouveau se rapprocher de la firme de Cupertino si elle entre dans le giron de Broadcom. C’est probablement un des sujets d’inquiétude pour Intel. Si le groupe n’est pas parvenu à pénétrer le marché des SoC (System on Chip) mobiles, Intel a réussi à se positionner dans le domaine des modems cellulaires, arrivant même à trouver une place dans les iPhone.

L’inquiétude principal d’Intel concernerait justement la 5G, la connectivité cellulaire de cinquième génération. Domaine dans lequel, le groupe entend bien jouer un rôle dominant et où Qualcomm est aux avant-postes.

En filigrane, Intel souhaiterait avant tout que Broadcom ne parvienne pas à mettre la main sur Qualcomm. En plus d’étudier différentes options relatives au rapprochement de Qualcomm et de Broadcom, c’est donc toutefois bien une acquisition de la nouvelle entité qui serait évaluée par le géant des semi-conducteurs.

Focus sur ses dernières acquisitions

Si Intel n’a pas directement démenti cette possibilité, la firme de Santa Clara a toutefois déclaré que ses priorités portaient sur ses dernières acquisitions.

Nous avons réalisé d’importantes acquisitions au cours des 30 derniers mois – dont Mobileye et Altera – et nous nous concentrons sur l’intégration de ces acquisitions et leur réussite pour nos clients et nos actionnaires“, a ainsi déclaré Intel, rapporte Reuters.

Le groupe américain a en effet jeté son dévolu l’an dernier sur Mobileye, le spécialiste de la technologie pour véhicules autonomes, et sur Altera, fabricant de puces programmables (ASIC pour application-specific integrated circuit), fin 2015.

Si d’aucuns estiment qu’une acquisition de Broadcom par Intel reste peu probable, d’autres sons de cloche se font entendre.

Ainsi, Linley Gwennap, président de The Linley Group spécialisé dans les questions de concurrence, estime qu’Intel pourrait probablement convaincre les régulateurs américains de lui permettre de prendre le contrôle de Broadcom, malgré sa taille. En effet, les portefeuilles de puces de Broadcom, Qualcomm et Intel sont suffisamment différents.

Les autorités américaines également inquiètes

Pour l’heure, afin de réussir sa tentative de méga-OPA (la plus grosse dans l’histoire des semi-conducteurs), Broadcom tente crânement de convaincre les autorités de régulation américaine.

Dans cette entreprise de séduction de celles-ci, Broadcom va déjà déplacer son quartier général aux Etats-Unis dès mai prochain.

Par ailleurs, dans une lettre ouverte au congrès américain publiée vendredi 9 mars, Hock Tan, président et P-DG de Broadcom, a déclaré que Broadcom s’engageait à créer un nouveau fonds de 1,5 milliard de dollars axé sur l’innovation pour former et former la prochaine génération d’ingénieurs RF aux États-Unis. Broadcom assure également qu’aucun actif relevant de la sécurité nationale ne sera vendu à des sociétés étrangères.

Ce dernier élément est un point de crispation outre-Atlantique, les Etats-Unis craignant que la Chine n’en profite pour tirer profit de l’acquisition de Qualcomm par Broadcom dans le domaine de la 5G en particulier.

A tel point que le CFIUS s’est penché sur le problème, Broadcom étant considéré comme un groupe étranger, avec son siège social à Singapour. Première mesure : l’assemblée annuelle des actionnaires de Qualcomm, prévue pour le 5 avril, a été reportée de 30 jours.

(crédit photo : @Intel)


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