Open source, projet Chorus…: Y. de Talhouët, p-dg d’Oracle France commente

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Dans un entretien exclusif à Silicon.fr, le président d’Oracle France revient sur le logiciel libre: “Nous optons pour une approche amicale envers l’Open Source et pour une cohabitation constructive entre ‘logiciels libres’ et ‘solutions commerciales’ : une coexistence pacifique !”

Dans le dossier Chorus (équipement de l’administration en nouveaux logiciels financiers, cf. notre article), vous contestez la procédure de l’appel d’offres remporté par SAP. Pourquoi? Concernant ce dossier, il faut laisser à la justice le temps de statuer sereinement. De plus, tout commentaire serait malvenu de ma part à quelques jours de l’annonce de nos résultats du troisième trimestre fiscal. Je tiens à souligner que la plate-forme applicative de la LOLF est bâtie sur des solutions Oracle. Nous faisons en effet partie des acteurs qui ont contribué à la réussite de ce projet qui concerne directement 7.000 collaborateurs satisfaits. Des félicitations nous ont été adressées par les responsables techniques et politiques les plus impliqués. Nous espérons bien poursuivre notre collaboration et satisfaire toujours les pouvoirs publics français en leur simplifiant la gestion quotidienne des données administratives, et en facilitant la lecture et la compréhension de ces masses d’information. En ces périodes d’endettement important, les restrictions budgétaires représentent une contrainte majeure. Or, je suis convaincu que l’administration française limite fortement les dépenses publiques en investissant sur nos technologies. Il y a quelques jours, Larry Ellison lançait à des journalistes américains : « Permettez-moi de citer les sociétés qui ont développé Linux : IBM, Intel, Oracle ? et non pas une communauté de personnes qui pensent que tout devrait être gratuit. L’open source n’est pas un mouvement communiste. » Quelle est la philosophie d’Oracle en matière d’Open Source ? Plus qu’une philosophie, le respect des standards ouverts relève de notre constitution génétique chez Oracle. Il incarne même le facteur essentiel de notre réussite, couplé à la portabilité de nos solutions sur de multiples systèmes d’exploitation. Ainsi, nous adoptons naturellement Java pour le développement, les services Web et l’architecture SOA pour le middleware, ou encore la modélisation BPEL? Cette philosophie nous rapproche naturellement de L’open Source. La meilleure preuve pour illustrer ce propos est l’attitude de Microsoft ou SAP qui conservent des approches propriétaires. Chez Oracle, nous optons pour une approche amicale envers l’Open Source, en faveur d’une cohabitation constructive entre les ?logiciels libres? et les ?solutions commerciales? : une coexistence pacifique ! Larry Ellison explique essentiellement que l’entreprise privée est préférable aux modèles des communautés Open Source pour assurer le développement et la pérennité des technologies. À nous de prouver à nos clients que notre valeur ajoutée justifie le prix des licences. Et, il ne faut pas oublier que l’Open Source contribue activement à l’innovation. Nous ajustons donc constamment notre approche de l’Open Source. Je tiens à rappeler qu’Oracle a fait don de dizaines d’années/homme de développement aux communautés Open Source. Ces échanges et cette coexistence peuvent donc se révéler bénéfiques pour tous. Nos clients réclament plus de simplicité, moins de fournisseurs, et des solutions plus intégrées pour simplifier le déploiement et la maintenance. À nous de trouver le juste équilibre et d’intégrer pertinemment la dynamique Open Source. Il semble tout de même que les modèles économiques du logiciel et du service sont en pleine mutation ? Oracle a-t-il des projets sur cette évolution ? En fait, on ne constate pas réellement de bouleversement majeur des modèles économiques. Les sociétés qui réussissent dans l’Open Source proposent des tarifs annuels pour la maintenance et le support. Finalement, le gratuit devient bien payant. La solution est juste “packagée” de façon différente, sans vente de licences. Actuellement, nous étudions de près différents modèles, dont celui-ci. Nous réfléchissons également sur le développement de la mensualisation, à la demande, au forfait, etc. Nous examinons de multiples modèles. Ainsi, notre Offre ASP, baptisée Oracle On Demand, connaît un succès croissant en France aussi pour de la location applicative que pour des besoins ponctuels lors de phases de transition ou de projets pilotes. Nous pensons développer rapidement des offres CRM via ce canal. Le coût des licences représente moins de 10 % des budgets informatiques. Ne serait-il pas plus judicieux de chercher à optimiser les 90 % restants ? Les entreprises réclament des équipements moins chers, mais fiables et disponibles. C’est pourquoi nous développons la technologie du ‘Grid Computing’. En second lieu, réduire les coûts d’intégration nécessite de diminuer les jours/hommes nécessaires à ces projets. Nous proposons donc des solutions pré-packagées et intégrées simplifiant l’intégration et assurant une interaction optimale, avec des modélisations de type BPEL. Il faut également s’attaquer au poste budgétaire pesant de la maintenance applicative. Comment concilier ces réductions de tarif et répondre aux multiples demandes d’évolution des clients ? Chez Oracle, nous pensons que l’architecture SOA permet de fragmenter les applications comme des pièces de puzzle qui s’imbriquent. Il suffit alors de modifier ou de remplacer une ou quelques pièces, sans intervenir sur toute la plate-forme, ou sur l’ensemble d’un logiciel. Le socle applicatif prend alors tout son sens, avec une dimension fortement évolutive. Quelle est votre stratégie en matière de logiciels décisionnels face aux alliances d’IBM avec Cognos et Business Object, ou aux ambitions de Microsoft et de SAP ? La bataille du décisionnel ne fait que commencer. Nous revenons en force sur ce terrain en misant fortement sur Business Analytics de Siebel qui vient avantageusement enrichir notre offre très intégrée. Ce logiciel nous permet d’adresser le marché de la BI au niveau du pilotage applicatif et métier, des technologies qui bénéficient de notre base de données à la fois relationnelle et multidimensionnelle OLAP. Nous comptons bien retrouver une place de leader sur ce segment en pleine croissance de la Business Intelligence ! Quelles seront les prochaines évolutions de vos offres, et vos prochains rachats ? Nous poursuivons le mouvement de verticalisation métier de nos solutions applicatives. Notre politique d’acquisition consiste généralement à acquérir des expertises complémentaires nous permettant de couvrir l’ensemble d’une problématique, comme la sécurité par exemple avec le rachat d’Oblix pour la gestion des identités [cf. article]. Plus précisément, nous étudions de près le marché de la BI en termes d’acquisition. Des annonces pourraient bien arriver dans quelques mois. Biographie

Avant de rejoindre Oracle en septembre 2004, Yves de Talhouët était, depuis 2002, vice-président Europe du Sud, Middle East and Africa, en charge des activités de conseil et d’intégration de systèmes de Schlumberger Sema (racheté en 2003 par Atos Origin). De 1997 à 2002, chez Sema Group, il a occupé les fonctions de directeur de la branche Réseaux et Communications. En 2001, il devient Président de l’activité Transport de Schlumberger Sema. En 1989, Yves de Talhouët crée et dirige la société Devotech, spécialisée dans le conseil en télécommunications et l’ingénierie des centres appels, qu’il vendra à Sema Group fin 1996. De 1983 à 1989, Yves de Talhouët a résidé aux Etats-Unis où il a travaillé successivement pour les sociétés Telenet (devenue Sprint), Extrema (start up) et la Banque Mondiale.


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