OpenStack : le framework Open Source du Cloud paré pour l’entreprise ?

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A l’heure où Paris accueille l’OpenStack Summit, le framework a-t-il atteint l’âge de la maturité ? Certes, le logiciel Open Source se diffuse dans les entreprises, comme socle des Cloud hybrides. Mais certains défauts de jeunesse freinent encore les déploiements.

C’est dans une ambiance un peu foutraque, où des hipsters côtoient les costumes trois pièces des représentants des grandes sociétés de l’IT, que s’est ouvert hier l’OpenStack Summit parisien, au Palais des Congrès de la Porte Maillot. Pas moins d’une semaine de rendez-vous et de conférences, pour laquelle on compte 4 600 inscrits issus de 59 pays. On est évidemment très loin des débuts de cette convention : en 2010, le sommet OpenStack réunissait tout juste 250 personnes à San Antonio.

Ces chiffres illustrent la montée en puissance du framework Open Source. Percée qui s’explique largement par l’appui qu’apportent des grands noms du secteur au projet. Parmi les sponsors platinium de l’organisation, on retrouve HP, Red Hat, IBM, Suse, Rackspace, Ubuntu, et Intel qui vient de faire son entrée dans ce club très fermé. Mais Cisco, Juniper, Dell, VMware, NetApp ou encore Hitachi sont également très engagés dans la fondation. Cette ruée vers le framework est logique : avec OpenStack, la plupart de ces acteurs espèrent disposer du futur standard permettant de créer des Cloud hybrides, le mode de déploiement privilégié des grandes entreprises. Une façon de couper la route aux deux autres environnements de Cloud hybrides, tous deux propriétaires (Microsoft et VMware). Et de contrer l’offensive des géants du Cloud public – AWS et Microsoft Azure en tête – sur les DSI.

La fondation OpenStack va même plus loin, voyant dans le framework un des piliers de « l’économie définie par le logiciel » (software-defined economy). « Dans les modèles économiques d’aujourd’hui, la valeur dérive du logiciel. Or l’Open Source est en train de dévorer le monde du logiciel », a expliqué sur scène Jim Zemlin, directeur exécutif de la fondation Linux.

Façon de dire qu’OpenStack va s’imposer comme le standard de fait du Cloud hybride, soutenu par l’existence d’infrastructures IaaS bâties sur ses fondations (Rackspace, SoftLayer ou encore les Cloud souverains Numergy et Cloudwatt). De facto, les mises en production se multiplient. Selon les chiffres de la fondation OpenStack, 46 % des entreprises qui travaillent sur le framework l’utilisent aujourd’hui en production.

openstack summitAxa et deux grandes banques françaises

Selon Raphaël Ferreira, Pdg et co-fondateur d’eNovance, société d’intégration spécialiste d’OpenStack et Ceph qui a récemment été rachetée par Red Hat (pour la bagatelle de 70 millions de dollars), Axa mène aujourd’hui un projet à grande échelle sur le framework et deux très grandes banques françaises sont également en cours de déploiement. « En ce moment, nous travaillons avec une dizaine d’entreprises du CAC 40 sur le sujet, assure Raphaël Ferreira. Deux secteurs d’activité sont particulièrement moteurs : la finance et les télécoms. Pour les opérateurs, OpenStack est en effet non seulement une façon de développer des services Cloud pour leurs clients, mais également une voie pour construire des architectures NFV (architectures de réseau virtualisé, NDLR) s’affranchissant de toute dépendance au hardware. »

Si OpenStack semble bien figurer sur l’agenda des DSI, le framework a encore quelques défauts de jeunesse à gommer. Le manque de compétences spécialisées d’abord, les projets OpenStack restant difficiles à mettre en œuvre. La ruée des grands noms de l’IT vers les petites sociétés spécialisées (Metacloud repris par Cisco, CloudScaling par EMC et eNovance par Red Hat) en témoigne. Comme l’explique Raphaël Ferreira, au sein de Red Hat, ses objectifs consistent « à accompagner les grands déploiements et à préparer le réseau de distribution pour les déploiements futurs ». Façon de dire qu’il va falloir démultiplier les compétences. Mirantis, autre société spécialisée sur le framework et qui vient de lever 100 millions de dollars, entend elle aussi investir dans le développement de son réseau de partenaires, a expliqué Adrian Ionel, son Pdg dans un entretien avec la rédaction.

« Nous voulons plus de stabilité »

Autre défi : adapter le rythme des sorties de produit à celui de l’entreprise. Comme l’explique le Dr Stefan Lenz, responsable des datacenters du constructeur automobile BMW, « la chose qui nous gêne le plus, c’est l’importance des changements entre une version et une autre. Nous avons besoin de plus de stabilité ». BMW fait fonctionner un cluster OpenStack de 100 nœuds, essentiellement dédié au développement des compétences internes sur le framework. Pour l’instant, le cycle de sortie des nouvelles versions – une tous les six mois – constitue un facteur bloquant pour les DSI.

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Raphaël Ferreira

Enfin, en raison des grands noms qui se pressent à son chevet, le projet OpenStack devra très probablement faire face à des risques d’éclatement. Des forks en langage Open Source, enrichis de « composants entraînant une dépendance », pour Raphaël Ferreira, qui ajoute que Red Hat s’est engagé à reverser 100 % du code produit autour du framework à la communauté. Le rachat d’Eucalyptus, société qui développait un framework concurrent d’OpenStack, par HP, un des contributeurs majeurs du projet, suscite ainsi des inquiétudes. Ex-Pdg d’Eucalyptus, aujourd’hui à la tête des activités Cloud de HP, Marten Mickos reconnaît que l’une des priorités pour OpenStack consiste à trouver un équilibre entre des sociétés concurrentes sur le marché. « Mais le besoin de collaborer autour du framework est supérieur aux forces centrifuges », assure-t-il.

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