Opinion : le sommet qui tombe à pic

Big DataRégulations

On ne pouvait rêver meilleure préparation au sommet européen sur le numérique que la succession de révélations sur les écoutes de la NSA.

On ne pouvait rêver meilleure préparation de nos dirigeants pour le sommet européen dédié au numérique, qui s’ouvre ce jeudi à Bruxelles. Souvent présentés comme peu au fait des enjeux du secteur, deux des dirigeants les plus influents de l’Union européenne, Angela Merkel et François Hollande, ont eu droit à une révision express… grâce aux révélations de la presse sur les programmes d’écoute de la NSA.

Rappelons que Le Monde a révélé cette semaine que l’agence américaine écoutait les communications des Français. Et ce, dans des proportions que même les experts du sujet n’imaginaient pas jusqu’alors. Outre-Rhin, le gouvernement allemand, jusqu’alors plutôt adepte de l’understatement concernant l’affaire Prism, soupçonne la NSA d’avoir espionné jusqu’au portable de la chancelière, suite à une enquête de Der Spiegel. Deux affaires qui ont poussé Angela Merkel et François Hollande à appeler Barack Obama pour lui demander des explications.

La France veut un marché unique des Big Data

Cette dramatisation peut servir de catalyseur au sommet européen, si tant est que ces affaires n’occupent pas tout l’espace politique. Car la réunion va se pencher sur deux sujets majeurs : la protection des données crées dans l’espace européen (et les conditions de leur transfert hors de l’Union) et l’émergence de champions européens. Deux thématiques éminemment liées puisque les conditions d’exploitation des données européennes sont susceptibles de favoriser – ou au contraire de ralentir – l’éclosion de champions européens. Notamment dans le Big Data. Un domaine où, justement, la France a prévu de proposer une initiative pour favoriser l’émergence d’un marché unique des Big Data, selon nos confrères de La Tribune.

Le contexte – les écoutes « industrielles » de la NSA, leur déballage sur la place publique, l’obligation faite aux dirigeants de s’emparer du sujet – suffira-t-il à sortir des compromis inopérants qui caractérisent habituellement ce type de sommets ? Rappelons que la Grande-Bretagne – dont le service de renseignement est étroitement associé à la NSA -, les Pays-Bas et l’Irlande – deux pays fiscalement attrayants pour les grands noms de l’IT – ont déjà manifesté leurs réserves par rapport à un durcissement des positions européennes.

Sans attendre, le Parlement européen a, lui, déjà voté ce qui apparaît clairement comme les premières mesures de rétorsion contre les Etats-Unis : un encadrement plus sévère du transfert de données vers les pays hors UE et la suspension de l’accord Swift, par lequel les Etats-Unis accèdent aux données de transactions bancaires de la chambre de compensation européenne.

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