Opteron 6000 (Magny-Cours): AMD fait son joli 12 coeurs

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Avec l’Opteron 6100, premier processeur x86 12 coeurs, AMD s’attaque aux plates-formes bi-socket surpuissantes pour conquérir de nouvelles parts de marché.

Après son escapade sur Ebay*, Magny-Cours débarque officiellement sur le marché. Avec cette nouvelle série, la plate-forme Opteron 6000, AMD est le premier constructeur du marché à proposer un processeur 12 coeurs. Magny-Cours se se décline également en 8 coeurs selon les modèles. A noter que la nouvelle puce est un assemblage de 2 fois 6 coeurs (ou 2 x 4 coeurs), un procédé utilisé en son temps par Intel sur ses premiers Xeon hexacoeurs (les Dunnington).

La nouvelle puce bénéficie toujours des technologies AMD64 apparues avec les premiers Opteron en 2003 et enrichies au fil du temps: compatibilité 32/64 bits, contrôleur mémoire intégré, architecture Direct Connect (aujourd’hui en 2.0) avec bus HyperTransport (3.0), technologie d’économie d’énergie (Cool Speed), 1 Mo de cache de niveau 3 (mémoire d’échange) par cœur, 512 Ko de niveau 2…

Nouveau socket G34

Depuis Istanbul et Shanghai, un nouveau canal mémoire est apparu portant leur nombre à 4. Ce qui offre jusqu’à 12 emplacements mémoire DIMM (3 par canal) par processeur. Soit 48 Go de mémoire DDR3 1333 supportés par puce ou 96 Go sur les plates-formes bi-socket. De même, la vitesse de communication entre les processeurs augmente de 33%. De quoi pouvoir monter un grand nombre de machines virtuelles d’autant que AMD a optimisé ses chipsets en ce sens autorisant désormais des échanges à 5,2 gigatransferts contre 2 précédemment avec des solutions Nvidia ou Broadcom.

Autant de changements qui imposent un nouveau format de socket LGA: le G34 et ses 1944 contacts succèdent au Socket F pour, au moins, deux générations de puces, assure-t-on chez AMD. Au final, plus de 1,8 milliard de transistors composent Magny-Cours sur une surface de 346 mm2. A noter que le procédé de fabrication reste en gravure 45 nanomètres.

Ces quelques changements architecturaux ne créent pas de rupture applicative. « Magny-Cours conserve une grande proximité avec Istanbul, en assurant notamment une facilité de migration des machines virtuelles entre Istanbul et Magny-Cours, et inversement, ce qui se révèle utile dans les opérations de maintenance ou les cas critiques »

Jusqu’à 119% de performances en hausse

Les performances sont évidemment à la hausse. Selon AMD, un Magny-Cours à 2,2 GHz améliore de 88% les calculs «fixe» (typique des bases de données, opérations de virtualisation…) et de 119% le «flottant» (calculs scientifiques) par rapport à Istanbul à 2,6 GHz. A vérifier dans les faits. Côté consommation, AMD réussi l’exploit de limiter l’enveloppe thermique (TDP) à 80° C. contre 75° pour Istanbul. Une augmentation de 5° C. pour un nombre de cœur doublé, soit 6 Watt ACP** par cœur. Trois des 10 modèles d’Opteron 6100 (série HE) se déclinent en 65 W, y compris une version 12 coeurs mais à 1,7 GHz (pour le 6164 HE à 744 dollars) tandis que le haut de gamme 6176 SE atteint les 2,3 GHz mais en TDP de 105 W. (1386 dollars). En résumé, la nouvelle gamme évolue entre 1,7 et 2,3 GHz pour 266 dollars (le 6128 à 8 coeurs à 2 GHz) à 1386 dollars.

L’Opteron 6100 se destine aux serveurs haut de gamme pour solutions de virtualisation, de gestions de base de données, de calculs hautes performances, etc. AMD vise essentiellement les plates-formes bi-socket qui constituent 75% du marché des serveurs, selon ses propres estimations. Les ventes des solutions quadri et octoprocesseurs se limitent à 5% tandis que le mono socket atteint les 20%. L’idée étant bien sûr de ramener la puissance de quatre processeurs sur deux et de réaliser des économies sur les licences des applications. Avec Shanghai et Istanbul, AMD abandonne d’ailleurs le marché du 8 sockets (même si, techniquement, cela reste réalisable).

Le chiffrement des machines virtuelles au prochain tour

Si le marché de la consolidation s’accentue, et ses problématique abec, notamment en terme de sécurité, l’Opteron 6100 n’intègre pas encore les fonctionnalités de chiffrement et de RAS (Reliability, Availability and Serviceability) au niveau des instructions de virtualisation, contrairement à Intel sur les Xeon 5600. Cela reste cependant prévu mais pour la génération Bulldozer (le 12/16 coeurs Interlago et le 6/8 coeur Valencia) attendue en 2011.

De même, la puce se contente toujours d’un thread par coeur car le jeu n’en vaut pas la chandelle aux yeux de l’entreprise de Sunnyvale. « On n’y croit pas car le rendement sur un cœur est de 30% maximum », justifie Bernard Seité, ingénieur chez AMD France. AMD n’est visiblement pas enclin à adopter la technologie qui multiplie les coeurs logiques par cœur physique.

Le catalogue d’AMD s’étoffera dès le mois de mai prochain avec l’arrivée de l’Opteron 4000 (Lisbon) en 4 et 6 coeurs dans une architecture équivalente à Magny-Cours mais sous une approche d’optimisation de la consommation énergétique (et, là encore, sur un nouveau socket C32). A travers ses deux gammes, AMD n’en vise pas moins le rapport performance/Watt le plus élevé du marché toujours dans une fourchette tarifaire très compétitive. « On ne cherche pas à élargir le marché mais à prendre des parts de marché », souligne Bernard Seité. Le message est clair. Il restera à voir comment Intel défendra son pré-carré face à un concurrent décidément très innovant sur le papier.

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* Des échantillons de Magny-Cours s’étaient brièvement retrouvés sur le sites de vente en ligne début mars, en toute illégalité évidemment.

** AMD se référence à l’ACP, Average CPU Power, la puissance moyenne par processeur, tandis qu’Intel indique le TDP, Thermal Display Processor, la puissance maximale qui s’affiche, au mieux, à 10 W. par coeur sur certainsXeon 5600. Deux bases de référence différentes qui rendent difficile la comparaison, sur le papier, de la consommation énergétique des uns et des autres.

(Article mis à jour le 30 mars 2010.)

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