P2P: 83% des internautes français accepteraient une redevance

Régulations

Un sondage mené pour l’Adami remet une nouvelle fois sur la table l’hypothèse d’une redevance ‘peer-to-peer’ incluse dans l’abonnement Internet afin de financer les maisons de disques et les artistes

L’Adami revient une nouvelle fois à la charge avec sa (bonne) idée de redevance sur les abonnements Internet. Cela fait plus d’un an que la Société civile pour l’administration des droits, des artistes et des musiciens interprètes tente de convaincre les maisons de disque et les FAI avec cette solution: elle pourrait satisfaire tout le monde, les artistes, les ayants-droit, les ‘Majors’.

Concrètement, quelques euros seraient prélevés sur chaque abonnement à Internet haut débit. Et pour rendre cette proposition encore plus crédible, la même société a commandé un sondage à Ipsos auprès d’un échantillon d’internautes représentatif. Les résultats sont sans appel. Premier enseignement, malgré le discours des maisons de disques, l’usage du P2P ne baisse pas. Au contraire. Les menaces de sanction et la peur du gendarme sont largement compensées par l’explosion des abonnements ADSL et haut-débit en France (+100% en 2004). Selon ce sondage, 45% des internautes interrogés ont eu recours à un logiciel de ‘peer-to-peer’ (55% des moins de 35 ans) et 29% utilisent les messageries instantanées pour échanger des contenus musicaux ou autres. Ce type de logiciels devient donc aujourd’hui la deuxième source d’échange de fichiers… Or, le phénomène semble totalement échapper aux maisons de disques… Jusqu’à 88% d’adhésion chez les moins de 35 ans! Surtout, 83% des internautes plébiscitent la proposition d’une redevance sur l’abonnement aux fournisseurs d’accès. Ce pourcentage atteint même 88% chez les moins de 35 ans. A l’inverse, 17% sont d’accord avec la volonté des maisons de disques d’empêcher les échanges gratuits, y compris en poursuivant les internautes en justice. L’Adami souligne donc que “les internautes sont prêts à accepter le principe de la fin de la gratuité en contrepartie de la faculté d’échanger des fichiers à des fins non commerciales dans un cadre régulé”. Précisément, le montant moyen qu’ils sont prêts à payer pour cette solution est de 5,20 euros pour de la musique seulement et de 9,10 euros pour du téléchargement de musique et de films. Selon les analystes, ce type de rémunération rapportée au nombre d’utilisateurs permettrait à chacun d’y trouver son compte. La mesure est par ailleurs soutenue par des associations de consommateurs comme l’UFC Que Choisir, de nombreux artistes et même des personnalités politiques. Sauf que les principaux acteurs concernés rejettent en bloc cette proposition. Les maisons de disques semblent vouloir concentrer leurs efforts sur la répression et la promotion des plate-formes légales de téléchargement. Pour mieux trouver ce qu’ils cherchent… Or leurs plates-formes sont encore incomplètes: 46% des internautes interrogés ont déjà visité un site légal mais une fois sur deux ils n’ont pas trouvé ce qu’ils cherchaient. Du côté des FAI, on estime que cette mesure serait inapplicable: comment faire payer ceux qui n’utilisent pas le P2P? arguent-ils. Un faux argument, qui dissimule en fait leur crainte de voir s’effriter leurs parts de marché avec des tarifs d’abonnements revus à la hausse. Cette position de blocage pourrait évoluer avec le temps. Car cette redevance, basée sur le modèle de la licence légale payée par les radios pour diffuser de la musique, permettrait de régler une fois pour toute le problème du P2P et éviterait de “criminaliser” des utilisateurs dont les droits, et notamment ceux de la copie privée pour usage personnel, sont de plus en plus rognés.


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