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Règlement IA : les GAFAM haussent le ton

« Combien l’AIA coûtera-t-il à l’Europe ? » Une étude signée du Center for Data Innovation. Derrière cette organisation à but non lucratif de droit américain, il y a un géant du lobbying tech : l’ITIF (Information Technology and Innovation Foundation). La liste de ses soutiens financiers comprend tous les GAFAM… et bien plus.

L’AIA, c’est l’Artificial Intelligence Act. C’est-à-dire la proposition de « règlement IA » que la Commission européenne a publiée au mois d’avril. Il ne s’agit que d’une première ébauche, mais les grands axes sont tracés. Parmi eux, une nomenclature à quatre échelons pour caractériser le niveau de risque des systèmes d’intelligence artificielle : inacceptable, élevé, limité ou minime.

Que dénoncent les « Big Tech » ? Essentiellement les obligations a priori qui pèseraient sur les développeurs et les exploitants de systèmes à risque « élevé ». Et le coût financier des mesures à prendre en conséquence.

On aura constaté les multiples croisements et projections sur lesquels repose l’étude. Pour lui donner du crédit, le Center for Data Innovation explique, à plusieurs reprises, qu’elle se fonde – entre autres – sur l’analyse d’impact de la Commission européenne. Il laisse par ailleurs entendre que les chiffres indiqués pourraient être plus défavorables, certains aspects n’étant pas pris en compte. Par exemple, les effets dissuasifs sur l’investissement dans les start-up, la « fuite des cerveaux » et le ralentissement de la numérisation de l’économie.

Les GAFAM dressent l’addition

Dans les grandes lignes, le raisonnement peut se découper ainsi (chaque liste à puces correspondant à une grande idée) :

  • Bruxelles vise, pour 2030, un taux de 75 % d’entreprises européennes utilisant l’IA
  • En 2020, les investissements dans l’IA en Europe se sont chiffrés à 19 milliards d’euros
  • À l’heure actuelle, 7 % des entreprises européennes (hors secteur de la finance, ce qui n’est pas directement clarifié) utilisent l’IA
  • Il faudrait donc investir plus de 200 milliards d’euros par an pour atteindre l’objectif des 75 %
  • Dans ce cas, le coût global de mise en conformité avec l’AIA s’élèverait à 34 milliards d’euros par an à l’horizon 2030

D’où sortent ces 34 milliards ? Ils découlent vraisemblablement d’une estimation faite dans l’analyse d’impact : les travaux de mise en conformité occasionneraient une augmentation moyenne de 17 % des investissements IA.

  • Une PME européenne dégage en moyenne 10 % de marge bénéficiaire
  • Pour une PME qui déploie un système IA à risque « élevé », les coûts de mise en conformité pourraient « aller jusqu’à 400 000 € »
  • Partant, pour une PME réalisant 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’AIA pourrait induire une réduction de 40 % de la marge bénéficiaire

Un quart du PIB européen touché par l’AIA ?

Sur le volet macroéconomique, l’argumentation contre l’AIA peut se synthétiser ainsi :

  • Le PIB de l’UE s’élève à 13 300 milliards d’euros
  • Environ un quart de ce PIB (3 400 milliards) est issu de secteurs qui relèvent de la catégorie des risques « élevés » (santé, éducation, finance, IT, infrastructures critiques…)
  • Si on se base sur un taux d’usage de l’IA à 7 %, environ 230 milliards d’euros de PIB tombent à l’heure actuelle sous le coup de l’AIA ; dont environ 20 % (46 milliards) en R&D IT
  • Si l’objectif des 75 % est atteint, 25 000 milliards d’euros de PIB – dont 5 000 milliards en R&D IT – seront soumis à l’AIA en 2030

Ces éléments mis bout à bout, on arrive à un chiffre que le Center for Data Innovation place au premier rang de son étude : un coût de 31 milliards d’euros pour l’économie européenne d’ici à 2025. Cela correspond au déficit d’investissement potentiel.

Illustration principale © ktsdesign – Adobe Stock

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