RFID: tout est loin d’être rose

Régulations

Alors que Wal-Mart va ajouter 200 fournisseurs à son système RFID en janvier, tandis que le Department of Defense américain s’y convertit, force est de constater que tout n’est pas rose dans ce Landerneau

Certains problèmes demeurent. Quid du filtrage des données en provenance des étiquettes? Quid aussi de leur analyse et des décisions qui immanquablement devront être prises pour les sauvegarder et les archiver (ou non). Quid encore des problèmes de lecture (eh, oui, tout comme pour le vocal, qui pourtant marche très bien, le taux de reconnaissance n’atteint pas les 100 %), quid encore de l’amélioration des procédures établies lors du pilote et qui s’avèrent (souvent) médiocres à l’usage.

Et puis, contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, tout n’est pas RFIDisable ! Ainsi de Gillette, chantre s’il en est de cette technologique, qui aujourd’hui fait un demi pas en arrière en se concentrant sur les articles à forte rotation (rasoirs) et sur les articles qui marchent le mieux lors des promotions. Bref, on assiste aujourd’hui (preuve que ce marché mûrit) à un reciblage des approches. Ainsi, par exemple de l’industrie du DVD qui, au niveau des fabricants, préfère désormais n’utilier l’étiquetage RFID que pendant les premières semaines promotionnelles ou au moins pendant les premiers mois de la sortie d’un nouveau titre. Par ailleurs, certains, tels FedEx et UPS, ne voient toujours pas de modèle pratique pour une généralisation de l’emploi de la RFID, là notamment où le code-barre gère impeccablement la traçabilité du colisage. Comme dit le dicton, on ne change pas une équipe qui gagne au milieu du gué (surtout, lorsque, comme dans le cas du code barre, la technologie coûte des clopinettes et est parfaitement rôdée). Moralité, si la RFID s’implante (et c’est indéniablement le cas) ce n’est pas à la manière d’une déferlante balayant tout sur son passage. Kimberly-Clark, par exemple, n’a toujours pas intégré ses données RFID dans son ERP. L’entreprise préfère, pour des raisons pratiques, “ne pas mélanger les torchons avec les serviettes“, et continue à stocker les données RFID dans une base de données distincte. Ce qui présente toutefois un avantage immédiat, celui de disposer alors d’un instrument de mesure directe du retour sur investissement de la RFID sans noyer le ratio obtenu dans une dilution qui ne manquerait pas de survenir si tout s’intègrait (mais à quel prix ?) dans l’ERP. Comme le souligne d’ailleurs le directeur du projet, Mike O’Shea : “ceci nous permet d’apprendre comment régler les problèmes de mise en conformité (n’oublions pas que les données des étiquettes peuvent servir de preuves dans un litige commercial), comment affiner notre architecture et aussi comment améliorer les performances du système“. D’autres se frottent pourtant à l’intégration RFID/SAP, ce qui ne semble pas une partie de campagne puisqu’on s’aperçoit très vite que les formats de données ne sont pas compatibles, sans même parler des interfaces avec le middleware. Ainsi, chez Pacific Cycle, un fabricant de vélos de la Côte Ouest, une personne est dédiée à temps plein à la recherche des données incohérentes sur les quelque 50 réclamations qu’elle reçoit hebdomadairement des revendeurs de la marque. Principal problème : les données dupliquées du fait de multiples lectures du même produit (eh oui, on ne pense pas toujours à dédoublonner sa base, surtout lorsqu’on fait la bêtise de travailler avec des codes génériques !). Bref, les migraines dues aux difficultés d’intégration n’ont pas encore trouvé de remède miracle. Ce qui explique aussi en partie la position d’AMR Research qui estime que le marché des systèmes et des services associés (qui pèsera quelque 1,9 milliards de dollars en 2006) poursuivra sa croissance pour frôler les 4,2 milliards en 2009. Mais, dans cet envol, ce ne sont pas les produits de grande consommation qui tiennent la vedette, mais plutôt les produits rares et chers. De fait, les entreprises préfèrent adopter une approche similaire à celle d’une gestion de risques, ce qui les amène à dépenser en moyenne quelque 662.000 dollars par projet et non pas les millions de dollars prédits par Gartner. En somme, chacun y va, mais en faisant le minimum d’efforts pour que cela marche…. a minima. Mais cela ne résoud nullement le problème du ratio de lecture. Ainsi d’Anin & Co, une vénérable maison commerciale affichant haut et fort ses cent cinquante ans d’existence (158 pour être plus précis) et qui espérait être compatible Wal-Mart dans les temps. Toutefois, ô monde cruel, il lui a fallu déchanter devant les taux de lecture obtenus en utilisant EPC (40 % dans certains cas, 100 % dans d’autres). Ce qui a amené l’entreprise à revoir avec Wal-Mart toutes les procédures, dont notamment celles liées à la lecture des étiquettes avant la sortie de l’entrepôt (il est en effet préférable de vérifier que le tag marche bien avant de l’apposer sur une caisse !!!). D’où l’installation d’un tunnel pour effectuer cette vérification et en même temps permettre la lecture en un seul et même scan de toute la palette. Ce problème de taux de lecture, on le retrouve d’ailleurs dans la plupart des entreprises RFIDisées. Wal-Mart, encore eux, lequel espérait un taux de 100 %, doit aujourd’hui reconnaître que celui-ci oscille gentiment entre 50 et 90 % selon les palettes. Ceci tient pour partie à la vitesse de transmission des signaux RFID, pour partie à la saturation des lectures et enfin aussi aux collisions entre données qui ne sont pas toujours parfaitement réglées par les quelques protocoles anticollision proposés. Et l’on aboutit alors au paradoxe qui oblige à un positionnement précautionneux des colis sur la palette avant toute lecture/expédition, ce qui fait… perdre un temps considérable et n’est vraiment pas rentable, loin s’en faut ! D’autant que certains problèmes sont inhérents à une technologie dont la résilience physique, bien que grande, n’est pas absolue. En effet, bon nombre de problèmes de lecture s’avèrent liés aussi à un défaut physique de l’étiquette (plus particulièrement de l’antenne). Ceci explique d’ailleurs pourquoi environ un cinquième des étiquettes sur un rouleau de 500 présente des difficultés de lecture. Mais d’autres problèmes sont également constatés, notamment au niveau des lecteurs lorsque deux lecteurs sont trop proches l’un de l’autre et interfèrent. Et de rechercher alors comme le Saint Graal ou le Quinté la combinaison gagnante associant la bonne étiquette avec le bon portique, le bon lecteur, le bon middleware, etc. Ceci explique pourquoi Pacific Cycle en est à sa troisième combinaison en deux ans, le tout pour un coquet investissement d’un million de dollars, et pour arriver à un taux de lecture… de 80 % dans le meilleur des cas ! Certes, cela va changer avec les nouvelles étiquettes EPC Gen2 qui affichent un allègre débit de 640 Kbps, mais cela ne sera pas avant 6 mois. Puisque nous y sommes, parlons un peu des standards ! De ce côté, malgré les prises de bec que suscite EPC (format trop court, standard propriétaire, inadapté à de nombreuses applications RFID, y compris dans la distribution qui voudrait travailler d’office en plus de 300 bits…), cela avance plutôt bien. Et c’est d’ailleurs au niveau des quelque 50 procédures métier développées pour utiliser EPC de façon efficace dans la distribution que les progrès les plus importants peuvent être consacrés. Reste le problème du coût. Mais nombreux sont ceux qui considèrent désormais que c’est un faux problème. Ouf, on a eu chaud !


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