Richard Stallman : «Il faut légaliser le partage»

Logiciels

De passage à Paris, Richard Stallman est venu prêcher la bonne parole. Du logiciel libre, évidemment, devant une salle pleine.

A l’occasion de la sortie de sa biographie*, revue, corrigée et enrichie par ses soins, Richard Stallman tenait une conférence, mardi 12 janvier, au siège des éditions Eyrolles à Paris. L’occasion pour ce personnage controversé de revenir sur plusieurs épisodes de sa vie mais, surtout, de rappeler son point de vue sur nombre de sujets chers à ses yeux qui dépassent le seul enjeu des technologies de l’information. Morceaux choisis.

Logiciels libres

« Nous avons plus ou moins réussi, se félicite Richard Stallman, le système GNU marche plutôt bien en combinaison avec le noyau Linux et nous avons de belles interfaces graphiques, des outils bureautiques… ». Pour lui, le logiciel libre est une question de respect de la liberté de l’utilisateur, pas de prix. « Pensez à la liberté de la parole pas à la bière gratuite », lance-t-il avec un humour qui l’accompagnera tout au long de la conférence. Et d’associer à la Liberté du logiciel libre l’Egalité (« personne n’a de pouvoir sur personne ») et la Fraternité (« nous encourageons la collaboration entre utilisateurs »). Des notions droit de l’hommiste sur lesquelles Richard Stallman insiste.

Même si, d’un point de vue technique, le logiciel libre n’est pas forcément de meilleure qualité que le logiciel «privateur», il reste supérieur car « il y a toujours l’option de pouvoir l’améliorer », contrairement au logiciel propriétaire aux seules mains de son éditeur. Le pape de l’open source déclare alors préférer utiliser un logiciel libre imparfait qu’un logiciel propriétaire parfait. « Parfois la liberté exige des sacrifices. »

Hadopi, Dadvsi, licence globale…

La liberté des logicielle passe donc par la liberté de partager. « C’est pourquoi les lois DADVSI et Hadopi sont injustes car leur but est d’interdire la fraternité en privant la liberté de partager. » Sans surprise, l’initiateur du projet GNU GPL s’oppose à l’usage des DRM, ces verrous numériques qui interdisent à l’utilisateur d’utiliser comme il l’entend du contenu numérique et, donc, l’échange culturel. « Il faut légaliser le partage », lance-t-il en contrepoids.

Le créateur de l’éditeur de texte Emacs n’en appelle pas moins à soutenir les artistes. Et Internet constitue dans ce cadre un formidable outil à ses yeux. « Si chaque utilisateur disposait d’un bouton pour envoyer directement 1 euro (plus ou moins selon l’économie du pays) à l’artiste, beaucoup le feront. Beaucoup le font déjà malgré les difficultés. » Selon lui, « des artistes ont déjà gagné des centaines de milliers de dollars comme ça », sans pour autant citer lesquels.

Un système de paiement volontaire à ne pas confondre avec le principe de redevance généralisé proposé à travers la licence globale « car l’argent va aux entreprises pas aux artistes ». le créateur de la Free Software Foundation milite plutôt pour le mécénat global proposé par Francis Muguet (subitemment disparu le 14 octobre 2009) qui permet à l’internaute de décider lui-même de la répartition de la somme versée.

La menace SaaS

Intransigeant, Richard Stallman ne goûte guère les services applicatifs placés dans le nuage internet tels Google Apps et autre Salesforce.com. « Même ceux qui ont vu la menace du logiciel ‘privateur’ ne voient pas la menace du service [en ligne], même si le serveur est sous licence libre. Car cela ne suffit pas à respecter la liberté de l’utilisateur, du logiciel et du serveur, il y a une perte du contrôle de l’informatique. Il faut le rejeter comme on rejette le logiciel privateur. »

Même les netbooks équipés de Linux ne trouvent pas bonheur aux yeux du gourou. « Un constructeur m’a proposé un netbook. Au démarrage, le système a affiché une licence utilisateur incompatible avec le libre. A la question si je les acceptais, j’ai répondu ‘non’ et la machine s’est éteinte. » Rires dans la salle. Pourtant, il reconnaît implicitement devoir faire des concessions, notamment sur la question du BIOS, le premier programme, généralement propriétaire, que lance la machine au démarrage. Pour toute réponse à ce problème, Richard Stallman propose de « chercher des solutions libres ».

L’inertie sociale obstacle au libre

Mais le plus grand obstacle est peut-être l’inertie sociale qui favorise les logiciels propriétaires. « Les entreprises et l’école utilisent Windows. Chacun attend que l’autre change donc personne ne change. » La solution? « L’école doit probablement commencer car elle a une mission sociale. » En attendant, les éditeurs privés profitent de cette inertie en fournissant gratuitement aux établissements d’enseignement leurs logiciels, rappelle le conférencier. Et de faire, avec son style humouristique propre, l’analogie avec la dépendance à la drogue. « La première dose est toujours gratuite. »

* Richard Stallman et la révolution du logiciel libre, Editions Eyrolles, disponible à partir du 21 janvier.


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