Roaming : les opérateurs sont de mauvaise foi -estiment les associations

Régulations

Les premiers affirment que les prix de l’itinérance ont déjà baissé, un
argument rejeté par le Bureau Européen des consommateurs

La régulation du prix des appels mobiles passés à l’étranger (roaming ou itinérance) continue à échauffer les esprits. Depuis plusieurs mois, la Commission européenne menace : Bruxelles veut encadrer les tarifs jugés comme abusifs.

Rappelons que lorsqu’un usager décide de partir en vacances, le téléphone mobile, s’il fait partie du voyage, peut à son retour lui avoir coûté très cher. En effet, la logique des opérateurs veut que le portable soit lui aussi en vacances, et du coup il nous facture gentiment les coûts de ré-acheminement. Et ces coûts sont bien souvent prohibitifs (plus d’1 euro la minute contre 23 centimes en local), ils représentent d’ailleurs 7% du chiffre d’affaires des opérateurs en France.

La Commission entend s’attaquer à toutes les composantes tarifaires de l’itinérance. Elle va plafonner les prix de gros que se refacturent entre eux les opérateurs, mais aussi et surtout les prix de détail. Un plafonnement que les opérateurs pensaient éviter. Objectif, faire baisser de 70% les prix du roaming.

La proposition devra être adoptée par la Commission européenne, avant d’être soumise au Parlement puis au Conseil. Elle prendra la forme d’un règlement directement applicable à l’été 2007.

Mais le lobbying intensif des opérateurs semble porter ses fruits. “On revient peu à peu sur la proposition de la Commission”, s’inquiète le Bureau européen des consommateurs (l’UFC Que Choisir ? en est membre), cité par les Echos.

Le BEC reproche surtout aux opérateurs de mentir sur les chiffres communiqués aux députés européens afin de faire capoter le projet. Pour éviter une régulation trop lourde, les acteurs du secteurs affirment, chiffres à l’appui, que les tarifs du roaming ont déjà baissé de 25% en 2006.

Une affirmation “abusive et fausse” estime le BEC qui a commandé une étude indépendante. Selon ce document, réalisé par le cabinet Altex, les offres lancées par les opérateurs pour alléger la facture du touriste mobile sont en fait “peu intéressantes, contraignantes ou destinées à des niches étroites” .

Par ailleurs, les opérateurs (ainsi que le gouvernement français) estiment qu’une régulation des prix de gros devrait suffire et entraîner mécaniquement une baisse des prix de détails.

Encore faux, estime le BEC. Cinq opérateurs ont ainsi annoncé une baisse du prix de gros en octobre 2006 mais celle-ci n’a pas été répercutée sur le prix de détail.

La régulation du prix de gros et de détail des appels internationaux pourrait coûter 5 milliards d’euros de profits par an au secteur, selon une étude d’impact réalisée par la Commission. Ce qui explique la pression des opérateurs.

Mais la Commission n’est pas soutenue à 100% par les gouvernements, notamment en France. Le gouvernement français estime ainsi que le plafonnement des prix de détail doit se faire en dernier recours. “Agir directement sur les prix de détail laisse peu de place à l’innovation et au jeu de la concurrence. Cela limite également les possibilités de prise en compte de la diversité des profils des clients. Au-delà des difficultés de mise en oeuvre et des effets pervers mentionnés, il semble donc que la régulation d’un marché de détail ne puisse intervenir qu’en dernier ressort”. Et d’expliquer: “Le règlement doit être le moins intrusif possible afin de ne pas enrayer le jeu de la concurrence. Il ne doit pas déstabiliser l’économie du secteur ou aboutir à une surrégulation. Il est également crucial de ne pas désavantager les opérateurs de l’Union par rapport à leurs concurrents extracommunautaires”.

Selon un sondage européen, 81% des personnes interrogées estiment que le coût élevé des appels à l’étranger est un facteur dissuasif.

70% des sondés estiment que “l’intervention de l’UE est nécessaire pour réduire les coûts de l’itinérance au bénéfice des citoyens ordinaires.” 68% sont favorables à une intervention de Bruxelles pour faire baisser les frais d’itinérance pour les SMS.

Par ailleurs, 43% des clients “n’ont toujours pas une idée claire de ce qu’ils paient pour passer ou pour recevoir des appels lorsqu’ils sont à l’étranger.”

Voilà de quoi apporter de l’eau au moulin de Viviane Reding, commissaire européenne à la société de l’information, qui se bat depuis des années pour faire baisser ces prix.


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