Silicon Valley: wifi, stockage virtuel, on-line apps… la pépinière fleurit toujours

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Entre San Francisco et San Jose, le paysage n’a guère changé. Mais la fébrilité des entrepreneurs high-tech et des start-ups ne faiblit pas

San Jose.– Après deux jours de contacts et de rendez-vous ici dans la Silicon Valley, les mêmes questions subsistent mais les réponses se concrétisent. Indéniablement, la sortie de crise est visible.

Le jour où, ce 1er juin, HP annonce que l’activité des services stagne et qu’en conséquence le plan de réduction d’effectifs lié à l’acquisition d’EDS se confirme (9.000 suppression de postes ; cf. notre article HP annonce 9.000 suppressions de postes ), personne ici n’est surpris que HP puisse annoncer, simultanément, le recrutement de… 6.000 ingénieurs ou technico-commerciaux ou autres spécialistes!

Difficile à imaginer, voire impossible en Europe!

Wifi et WiMax sur la baie de SFO

Ce même jour, on apprend que toute la baie de San Francisco va être dotée d’une couverture Wifi / WiMax, avec un marché emporté par Proxim Wireless Corp et opéré par Sunrise Wireless. C’est un marché relativement modeste de 2 millions de dollars, pour une première couverture de 62 milles carrés (milles terrestres, a priori, ici; donc 1.609 mètres contre 1 852 mètres pour le mille marin – soit une zone d’environ 12 par 12 km de côté).

Ce service de connexion sans fil, baptisé SFOWetNet, est destiné prioritairement aux navires marchands (cargos, tankers…), mais aussi aux ferries (et leurs passagers), aux bateaux de plaisance et yachts de croisière, bateaux mouches (accès Wifi) qui sillonnent quotidiennement la baie -en particulier en ces jours de grande affluence sur le Wharf, comme en ce Memorial Day, ce lundi 31 mai.

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Les professionnels bénéficient d’accès Wifi/ WiMax (avec réseaux ‘backhaul‘) mais également les touristes et promeneurs, jusqu’à une distance d’environ un demi-mille des quais (presqu’un kilomètre).

Le besoin et l’idée seraient partis d’un propriétaire de voilier désireux de travailler et développer une activité professionnelle à partir de son bâteau.

Il est intéressant de noter que le patron de SunRise Wireless -un certain Milt Gregory (cité par Computerworld) a développé ce projet dans le plus pur style du ‘business development‘ à la mode Silicon Valley. Il a eu recours à des fonds “familiaux” et il a pratiquement tout réalisé et installé lui-même, jusqu’à la pose des antennes et le déploiement du réseau ‘backhaul‘ de 40 milles (environ 70 km d’épine dorsale, ou réseau fédérateur à haut débit, interconnectant les bornes émettrices/réceptrices). Il lui a fallu négocier et louer 8 “points hauts” (emplacements où poser les antennes) avec six équipements radio sur chacun d’eux.

L’esprit “Silicon Valley”

Tout aussi caractéristique, la démarche employée ici. Le service existe; il a été financé, déployé sans qu’on se soit encore réellement soucié de vérifier comment il sera rentabilisé.

En gros, le raisonnement est le suivant, ici: puisque le service n’existait pas alors que le besoin était réel, ce nouveau service était par définition “disruptive” (rupture qualitative), donc il sera rentable!

Pour le moment, l’accès Wifi est gratuit! Et on estime qu’environ 183.000 bateaux répartis sur 6 ‘counties’ (cantons/communes) vont directement en bénéficier.

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La réponse tient dans cette simple remarque de bon sens qu’un banquier européen n’entendrait pas: “Nous verrons ce qui se vend et ce que le public qui surfe apportera“.

Et si vous poussez plus avant la question, la même confiance et le même esprit d’entreprise l’emportent: “Tous ces bateaux ca fait du monde! Et on verra bien ce qui se passe. C’est sur cet esprit qu’a été construite la Silicon Valley“.

Cet entrepreneur peut ensuite vous expliquer avec toute sa fougue que l’opération n’était pas des plus faciles, vu par exemple les coefficients de marée (moins élevés qu’à Seattle ou sur l’Atlantique) qui viennent perturber la propagation des ondes (réglage des émetteurs vers les antennes, vers les bornes, etc. entre pleine mer, basse mer).

Mais comment le dissuader de son entreprise et lui donner tort lorsque le lendemain, vous rencontrez un échantillon (nécessairement représentatif -diront le sociologue et le journaliste…) de cet esprit Silicon Valley?

Zoho, le modèle Google avec du payant optionel…

Zoho est un cas édifiant. Cette start-up a été créée ici par deux jeunes entrepreneurs indiens, francophones, originaires de Chennai (ex Madras) et Pondichéry (Sridhar Vembu et Raju Vegesna).

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Elle a démarré en 1996 et a pris un nom à consonance pertinente: Zoho, allusion à Soho, le marché small office/home office), un nom qui avait déjà été déposé comme nom de domaine mais que l’un des fondateurs était prêt à payer de sa poche, avec sa propre carte bancaire (5.000 dollars!) convaincu que c’était le bon choix!

Zoho s’est positionné sur les applications en ligne, à la mode Google, donc gratuites dans la version ‘mono-utilisateur’ privé, mais payantes pour le monde des PME ( à partir de 3 ou 5 utilisateurs, paiement par mois, a priori).

Cet éditeur qui dispose aujourd’hui d’un portefeuille d’une vingtaine d’applications, a lancé ce 1er juin un produit intéressant: Zoho Search, un moteur de recherche transversal pour applications PC.

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A partir de commandes (avec logique (booléenne, et/ou..), ce moteur de “search” scrute tout ce qui se trouve sur votre poste (y compris les emails, lequels, une fois trouvés, peuvent être activés!) mais également sur les postes des collègues, collaborateurs ou partenaires avec lesquels vous êtes en train de travailler en mode collaboratif.

Les deux compères dirigeants, installés ici à Pleasanton, font développer leurs logiciels en Inde. Ils pratiquent des tarifs volontairement discriminants entre pays riches et pays émergents, en offrant beaucoup de souplesse (“10 dollars par mois, ce n’est rien ici aux Etats-Unis, c’est 10 fois trop cher en Inde…“)

Sur quelque 3 millions d’utilisateurs dans le monde (100.000 nouveaux chaque mois!), ils revendiquent 5 à 10% d’entre eux en mode payant. Mais, étant “privée”, leur société, comme toujours ici aux Etats-Unis, ne divulgue pas son chiffre d’affaires.

Elle compterait 350 “employés”, mais occuperait 1.100 personnes dans le monde autour de 3 lignes de produits. Disposant également de bureaux au Japon et en Chine, cet éditeur compte 350 revendeurs.

Sa technologie est essentiellement dans le monde Linux, les Web-services, avec MySQL, avec son propre “framework”, avec les interfaces de programmation REST-API et ses propres modules d’extension de gestion de fichier. Ses développeurs ont assuré la traduction de l’environnement Microsoft vers Java, y compris pour les requêtes SQL. D’où les possibilités de migration depuis Oracle, Microsoft Access, Office…

(A suivre : les cas Fusion-IO, Nexenta, Coraid…)

Dans l’autre sens, aussi… French Tech Tour 2010

Ce tour, “reportage” dans la Silicon Valley, organisé par Condor Consulting (Philippe Nicolas, ex-Brocade) est à rapprocher d’une initiative réciproque, similaire: Ubifrance (ex CFCE) organise des rencontres entre des entreprises françaises et des entrepreneurs, investisseurs ou groupes américains – et bien évidemment ceux de la Silicon Valley. Ainsi, ActivNetworks (Serge Cuesta), éditeur spécialisé dans l’accélération et l’optimisation des flux Internet, va pouvoir rencontrer Google, Cisco, Symantec ou Apple. La start-up française fait partie des 15 entreprises qui visitent les décideurs de la Silicon Valley entre du 4 au 11 juin ici à San Francisco. Les autres industriels américains souvent sollicités pour ces prises de contact sont notamment AT&T, Nokia US ou encore Sprint.


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