SkySQL : « Nous sommes le Red Hat du monde MySQL »

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Entretien avec le directeur commercial Europe de SkySQL à propos de l’activité de sa compagnie, qui nargue ouvertement – et avec un certain succès – Oracle.

Nous l’avons vu il y a quelques jours, SkySQL AB démarre son activité en fanfare. Voilà donc une occasion rêvée de faire le point sur les débuts de cette compagnie avec Michael Carney, son directeur commercial Europe.

Il nous précise tout d’abord que le chiffre d’affaires réalisé par l’entreprise dépasse le million d’euros (et non de dollars) et qu’il a été enregistré en moins de douze semaines, l’activité ayant démarré le 15 octobre 2010. Et ce n’est qu’un début : « Un certain nombre de gros clients nous testent avec un premier projet. En France, Canal+ nous a ainsi adoptés sur trois projets. » Après cette phase de test, nombre de ces grosses compagnies pourraient donc signer des contrats plus importants avec SkySQL.

Pourquoi ce succès ?

Si les entreprises adoptent aussi rapidement les offres de SkySQL, cela est dû en grande partie au fait que les membres de la compagnie sont en majorité d’anciens de MySQL. « Les investisseurs sont les fondateurs de MySQL. L’exécutif, le commercial, l’ingénierie… tout le monde vient de MySQL. Je suis moi-même le créateur de la branche française de MySQL, lancée en 2003. Aujourd’hui, 60 % des employés de MySQL France travaillent au sein de SkySQL. »

Mais il y a également une autre raison à ce basculement rapide : « Nous avons créé SkySQL, car nous avons senti une énorme frustration de la part de certains clients face à Oracle. Une frustration, mais aussi des doutes sur le fait qu’il s’agisse de la bonne compagnie pour s’occuper de MySQL. De plus, la firme veut mettre MySQL face aux offres de Microsoft et rien d’autre. Les commerciaux d’Oracle chargés de distribuer ce produit ne font ainsi pas grand-chose pour aller vers certains marchés, comme le datawarehouse par exemple. »

Dernier point, la hausse des prix imposée par la compagnie n’a pas été du goût de tout le monde. « Les clients sont pris à la gorge. En fin d’année nous avons ainsi décroché un important contrat pour un gros client allemand du secteur des télécommunications, au nez d’Oracle. Oracle aurait pu négocier ; ils ont choisi d’attaquer. En appliquant les mêmes tarifs qu’à l’époque de MySQL nous proposons une vraie alternative à Oracle, qui pratique des prix parfois doubles ou triples. »

Un modèle basé sur le service.

Mais que propose au juste la compagnie ? « À l’époque de MySQL, notre chiffre d’affaires se partageait entre le service (70 %) et la vente de licences pour les OEM (30 %) ne souhaitant pas voir leurs produits contaminés par la licence GPL, un marché qui nous est pour le moment inaccessible. Nous nous concentrons donc sur le service. À cet effet, nous avons dupliqué l’offre d’Oracle, en proposant des solutions équivalentes, à des prix plus bas et formés de composants open source. »

Ce modèle est donc proche de celui de Red Hat, qui vend du service autour d’une distribution comprenant divers produits, développés en interne ou non. « Nous sommes le Red Hat du monde MySQL ! », ironise Michael Carney. D’autres offres devraient ainsi être mises en place, telle une architecturée autour de Drizzle, un dérivé de MySQL dédié au monde du web et du cloud. Bien évidemment, SkySQL propose également du service pour MariaDB.

Quel avenir pour MySQL?

Concernant le développement de la base de données, la participation est importante : « Sur les 70 personnes de Monty Program AB et de SkySQL AB, plus de la moitié contribuent au code de MySQL. Aujourd’hui, parmi les dix plus importants développeurs de MySQL, sept sont chez Monty contre seulement trois chez Oracle. À ce rythme, nous ne savons pas si d’ici cinq ans la version officielle de MySQL viendra encore d’Oracle. »

Tout dépendra donc de l’attitude de la firme vis-à-vis de ce projet open source. « Nous avons assisté à l’arrêt brutal d’OpenSolaris, au procès contre Google à propos de Java et aux ennuis qu’a rencontrés la communauté d’OpenOffice.org. Aujourd’hui, MySQL semble épargné, mais Oracle se devait de faire attention suite à l’enquête de la Commission européenne. »

Si l’incertitude est donc maximale concernant Oracle, le temps semble au beau fixe pour SkySQL : « Nous nous sommes initialement concentrés sur les gros marchés historiques de MySQL que sont l’Allemagne et la France. Nous nous positionnons actuellement aux USA et en Asie. Nous allons par la suite embaucher rapidement, avec comme objectif de doubler notre taille d’ici juin 2011. »


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