Stéphane Richard (Orange) : «Sans nous, il n’y a pas d’Internet»

Réseaux

Le président de France Télécom profite du e-G8 pour tenter de faire entendre sa voix sur le cofinancement des réseaux par les fournisseurs de contenus. Pas gagné.

Le trafic vidéo croissant fera-t-il « exploser » les réseaux ? Ce mythe n’est pas encore tombé et se trouve même entretenu par les opérateurs télécoms qui continuent de faire circuler l’idée qu’un effondrement est possible et que cette ressource est « rare ». Stéphane Richard, P-DG de France Telecom/Orange, l’a ainsi démontré lors du sommet e-G8 à Paris, le 24 mai dernier.

« Les opérateurs de télécommunications ne sont pas spontanément considérés comme des opérateurs de l’Internet, ce qui est surprenant. Sans nous il n’y a pas d’Internet, sans nous, sans nos réseaux, il n’y a pas de Facebook, pas de Google. Tout ça n’est possible que parce que les opérateurs investissent pour construire les réseaux qui permettent à ces communications de s’établir, qu’elles soient fixes ou mobiles », a déclaré le dirigeant comme le rapporte le blog FTV spécial eG8, selon ITespresso.fr.

En France, le discours n’étonnera personne puisqu’il n’est pas nouveau et martelé depuis plusieurs mois par Stéphane Richard. L’homme a récidivé lors d’une interview accordée à All Things Digital, le blog high-tech du Wall Street Journal, où l’on voit au passage que le fossé se creuse de plus en plus entre éditeurs de contenus, constructeurs de smartphones et opérateurs qui n’arrivent plus à suivre. « Internet c’est aussi une question d’argent, pas seulement de grands principes. Il faut générer de la croissance, créer des emplois. Trouver le bon équilibre. Or aujourd’hui un fossé se creuse entre ceux qui investissent et les revenus générés », a prévenu Stéphane Richard. Une mise en garde adressée à Apple, Google, YouTube et consorts.

Pour essayer de défendre son point de vue, le P-dg de France Telecom a glissé que le volume de données téléchargées sur le réseau mobile parisien augmente de 5 % chaque semaine. L’exemple est quelque peu orienté puisque l’on devine que cette augmentation est logique dans une zone ultra-dense comme l’Ile-de-France.

Comment faire alors? La réponse est limpide : cela passe par la mise à niveau des capacités de collecte et de transport des données, à l’instar de SFR qui entend profiter du déploiement du FTTH pour connecter ses antennes radios (BTS) en fibre optique et ainsi offrir une meilleure qualité de service à ses abonnés. Le transport vers le cœur du réseau évolue également avec l’arrivée progressive du 100 gigabits. Enfin, la commutation IP en cœur évolue également avec la croissance des débits, comme l’a démontré Cisco avec l’arrivée de son routeur CRS-3.

Dès lors, on comprend que l’argumentaire technique d’une prétendue saturation tient difficilement debout. Peu importe, Stéphane Richard ne veut plus financer seul les évolutions de son réseau, dont l’évoluti on est pourtant censée être couverte par les revenus de ses abonnés. « Nous sommes supposés investir massivement dans les tuyaux afin de fournir la capacité nécessaire pour répondre à l’explosion de la consommation, et du trafic de données sur nos réseaux. Dans le même temps, les sites qui créent ce trafic n’entendent pas gérer le réseau d’une manière appropriée et globale. Il y a donc un déséquilibre dans le système », rétorque le dirigeant dans son interview à All Things Digital.

Lors du Forum e-G8, Stéphane Richard n’a pas manqué de faire savoir qu’il avait rencontré le co-fondateur de Google, Larry Page, pour évoquer ces sujets avec lui. Le milliardaire se serait montré « ouvert », sans pour autant dire s’il comptait réellement participer au financement des réseaux d’accès de milliers d’opérateurs à travers le monde. « Personne n’échappera à la nécessité de monétiser les trafics », relève Stéphane Richard. L’adage qui veut que la valeur se trouve dans l’abonné se vérifie au passage.

Si l’on suit le raisonnement d’Orange, les offres segmentées devraient arriver progressivement sur le marché, et mettrons fin à l’internet mobile « illimité » (limité à un « fair use » de trafic mensuel). Un retour en arrière qui pourrait mettre en péril la sacro-sainte règle de l’équité laissant penser que seuls les clients les plus fortunés auront un internet de qualité. Sans parler de la neutralité du Net qui volerait en éclats…


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