Sun et Fujitsu s’allient autour de Sparc, Solaris, Java…

Régulations

Les trois groupes ont annoncé ce 2 juin une méga alliance: Fujitsu fera la promotion de Solaris et des solutions Java, tandis que réciproquement Sun Microsystems commercialisera des configurations de son nouvel allié

L’annonce n’est pas minime. Pour Sun, elle est stratégique à l’heure où ses chiffres, alarmistes, ne rassurent guère Wall Street. Pour rappel, le 3è trimestre, au 28 mars dernier, accusait une perte nette de 760 millions de dollars… Les deux groupes ne se contentent pas de déclarations d’intentions. Pas tout à fait. Ils annoncent la création d’une ligne de produits commune, baptisée (”

provisoirement“) ‘APL’ (pour Advanced product line). “Cette ligne de produits va combiner les points forts des deux groupes“, a expliqué un responsable de Sun. Cette ligne “hardware” expoitera le système d’exploitation Solaris de Sun, mais également toute la panoplie de l’environnement Java: Jazz, JES (Java enterprise system)… Les deux groupes sont également convenus de marier leurs technologies Cmos en matière de processeurs, dont les Sparc de Sun. En fait, Sun adopte l’Ultrasparc 64 de Fujitsu, développé par le japonais sous licence gratuite, qui viendra s’insérer dans la gamme des serveurs Sun à la place des projets abandonnés UltraSparc V. L’apport technologique principal de Fujitsu portera sur l’approche ‘classe mainframe‘, et donc d’intégrer sur des serveurs ‘blade’ des fonctionalités issues des mainframes. Se rapprocher des systèmes de calcul HPC, mais au profit du traitement de gros volumes d’informations. Côté Sun, l’apport prend une double tournure: architecture et communication d’un côté, et logiciels avec Solaris et Java, de l’autre. De quoi sans doute retarder la sortie de Solaris 10 afin d’adopter des technologies que Sun va devoir maîtriser. APL se présente donc comme un ‘system design où chacun apporte ses compétences et partage la distribution. Selon les pays, et les méthodes de distributions adoptées (direct ou distributeurs), les deux groupes vont discuter priorités. Passé l’accord technologique, Sun va donc devoir négocier avec Fujitsu-Siemens en Europe pour définir les règles de ‘distribution conjointe‘. Par contre, les futurs développements de Sparc bénéficieront d’un cofinancement des deux protagonistes, une aubaine pour Sun dont les finances sont loin d’être au beau fixe. Les serveurs coproduits remplaceront à terme les Sun Fire et Prime Power. Lors de l’annonce, il a été question d’un horizon mi-2006, “mais la collaboration démarre immédiatement“. Pour Sun, ce serait une opportunité forte: doubler le périmètre actuel de la base Solaris. Et pour Fujitsu-Siemens la possibilité de s’y développer, évidemment, avec tout l’héritage de la base installée et des intégrateurs Solaris. Vers un mariage fusion?

Sans présager d’un futur proche indéfini, plusieurs hypothèses courent déjà s’agissant de ce rapprochement stratégique entre les deux géants. On voit bien ce que Sun apporte dans la corbeille de la mariée. Côté Fujitsu, c’est tout un héritage des environnements “mainframe”. Donc une forte complémentarité. Mais la question est à l’horizon des prochains mois: Sun subsistera-t-il en tant que tel? Après des mois, voire des années de revirements et d’indécisions, le constructeur pourrait se voir contraint de coller ses wagons au train du japonais s’il souhaite que survivent ses technologies, et peut-être même s’il souhaite survivre tout court! C’est un lourd chantier qui attend le nouveau CEO de Sun, dont le moindre des travaux n’est pas de succéder au par trop bouillonnant et versatile Scott McNealy.


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