Sun et IBM vont collaborer sur les serveurs, à commencer par Solaris

Régulations

Les ennemis de longue date vont collaborer désormais sur les technologies de
serveurs

L’actualité apporte parfois son lot de surprises, généralement imposées par l’évolution des marchés. Ainsi, alors qu’ils s’opposaient sur le marché des serveurs, IBM et Sun viennent d’annoncer qu’ils vont collaborer.

Pour le moment, la première réelle confirmation de ce rapprochement porte sur l’adoption du système d’exploitation Solaris, l’Unix de Sun, par IBM qui le portera sur les serveurs ‘x’Series et BladeCenter. IBM en la matière n’évolue pas en aveugle, Solaris est déjà supporté sur une sélection de serveurs BladeCenter !

Ne sont donc concernés que les serveurs IBM x86 qui tournent sous l’OS libre Linux et Microsoft Windows. Mais les mainframes pourraient bien, dans un temps plus lointain, profiter eux aussi du performant et sécurisé système multipostes multitâches de Sun, d’autant plus qu’il est aujourd’hui proposé sous une licence gratuite.

Marché de dupe ou stratégie gagnante ? Et pour qui ?

A qui va profiter l’accord ? Il est difficile de faire aujourd’hui un diagnostique, tant les conséquences de l’accord peuvent être multiples?

IBM y gagne un accès à la base installée des serveurs Sun sous Solaris. Ce dernier pourrait bien y perdre des plumes, les utilisateurs pouvant être tentés de basculer des serveurs Sun vers les serveurs IBM, même si Sun reste plus agressif en termes de tarification.

La migration inverse – des clients IBM qui grâce à l’adoption de Solaris basculent vers Sun – est autrement plus incertaine?

Mais dans le même temps, Sun confirme sa lente migration vers le software (logiciel) et surtout les services, même si le serveur reste une vitrine du groupe. En ouvrant le code de Solaris et en le proposant sous licence gratuite, de même qu’en rendant open source la majorité de ses logiciels, Sun a adopté agressivement un nouveau modèle économique, le support.

L’accord avec IBM devrait permettre à Sun d’élargir sa base installée et donc sa capacité à vendre du service et du support !

Pour les deux protagonistes, l’accord représente également une opportunité sur le progiciel. Tous deux disposent d’une offre logicielle plus ou moins concurrente. Les utilisateurs de Solaris pourront disposer d’un accès certifié aux applications IBM, et à l’inverse les clients IBM pourront accéder aux applications Sun sous Solaris.

Rappelons que la plate-forme Solaris supporte plus de 3.000 applications x86, dont Websphere, Lotus, DB2, Rational et Tivoli, applications majeures d’IBM. Big Blue a d’ailleurs reconnu la position de Solaris sur les applications Web et les déploiements tiers de données.

Cet aspect de l’accord pourrait bien avoir de multiples conséquences, positives tant pour IBM que pour Sun.

Et la concurrence ?

La portée de l’accord est beaucoup plus significative du côté des concurrents de Sun et d’IBM sur les serveurs. A commencer par HP. Certes ce dernier supporte une version téléchargeable de Solaris sur ses serveurs. Mais il lui manque la dimension partenariale qui au-delà de l’OS crée une ouverture sur le logiciel.

L’accès d’IBM à Solaris certifié par Sun donne un avantage au géant bleu qui lutte au coude à coude avec HP pour occuper la première place sur le marché stratégique, et encore rémunérateur, des serveurs. IBM et HP sont crédités chacun de 29 % de parts de marchés selon IDC.

Même constat pour Sun et Dell. Après la montée en puissance de Dell, jusqu’à occuper la troisième place, les difficultés internes de ce dernier cumulées avec le spectaculaire et agressif retour de Sun donnent un avantage à ce dernier que l’accord avec IBM ne peut que confirmer. Dell et Sun sont crédités chacun de 11 % de parts de marchés selon IDC.

Vers des développements conjoints ?

La grande incertitude, à laquelle les informations publiées ne répondent pas, porte sur l’existence probable d’un volet plus technologique à l’accord signé entre IBM et Sun.

Sur le logiciel, tout d’abord. Une version plus spécifiquement adaptée aux serveurs IBM, en particulier aux mainframes, sera-t-elle développée ? Très certainement. Des accords de codéveloppement sur les applications Unix vont-ils suivre ? Là aussi, et compte tenu de la migration de Sun vers le service, une réponse positive est probable.

Mais qu’en est-il du hardware ? IBM, qui dispose d’un outil industriel et de R&D de premier plan, mise sur le codéveloppement des semi-conducteurs, à l’exemple de l’accord signé avec AMD sur les technologies x86 ou de celui avec Freescale sur l’architecture Power.

Quant à Sun, il dispose d’une performante mais encombrante technologie serveur avec Sparc et demain Rock, qu’il pourrait bien être enclin à partager, comme il le fait déjà avec Fujitsu. Un accord avec IBM, même s’il porte sur des technologies de ce dernier, pourrait bien sur ce plan soulager les finances de Sun?

Un vainqueur ? Jonathan Schwartz !

En conclusion, et quelque soit le scénario qui domine, il faudra attendre les mois, voire les années à venir, pour déterminer l’apport pour Sun comme pour IBM d’un accord aussi inattendu.

Le seul vainqueur, s’il faut en désigné un, c’est l’étonnant et fort peu médiatique Jonathan Schwartz, patron de Sun. Le successeur du tonitruant mais versatile Scott McNealy a permis à Sun de quitter sa stratégie de dinosaure. Mais à quel prix ?

Cette stratégie de rupture, dont la principale marque est l’adoption risquée d’un modèle économique agressif ? des serveurs à prix cassés aux logiciels en open source – est sans doute nécessaire pour sauver le mammouth, mais elle doit encore faire ses preuves.

L’accord avec IBM, pour conforme qu’il soit avec la stratégie décalée de Jonathan Schwartz, devra faire ses preuves. En la matière, rien n’est gagné?

Reste une dernière hypothèse, le rachat de Sun par IBM ?


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