Tribune : le PLM démocratisé par le cloud, un mariage de raison complexe voire inaccessible

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La gestion du cycle de vie des produits n’échappe pas à la vague du cloud, et tend par ce biais à se démocratiser. Mais le PLM est-il réellement accessible à toutes les entreprises ? Une tribune signée Yves Grandmontagne

Un produit industriel, de sa conception à son retrait, en passant par sa documentation, sa localisation, sa production et son évolution, est un concentré de complexité élargi à un environnement concurrentiel qui s’internationalise, réduit son « time to market » ainsi que sa durée de vie tout en multipliant les cycles. Si les outils de conception facilitent singulièrement la création du produit et sont largement répandus, des solutions existent également pour accompagner la gestion du produit sur la durée de sa vie : elles appartiennent au monde du PLM (Product Lifecycle Management) ou gestion du cycle de vie du produit, et couvrent la conception, la fabrication, la maintenance, la gestion des partenaires et des fournisseurs, l’approvisionnement, la qualité et la conformité.

Le PLM est un outil puissant mais qui se révèle complexe, quoi qu’en disent les éditeurs, et cher, ce qui le réservait jusqu’à présent aux grandes entreprises qui en ont les moyens tant humains que financiers, ou à quelques industriels de taille plus réduite en pointe sur leurs process. Mais cette réalité élitiste pourrait bien changer… En effet, les éditeurs spécialisés dans les outils de conception des produits – citons le trio de tête Dassault Systèmes, Autodesk et PTC -, logiquement et majoritairement à l’origine des grandes solutions de PLM, adoptent le cloud en proposant leurs solutions en mode SaaS (Software as a Service), destinées tout autant aux grandes entreprises qu’aux petites industries.

A chaque cible sa vision du PLM

Ne nous trompons pas cependant, selon la cible l’objectif est différent et impose des moyens qui peuvent être considérables. Pour les grandes entreprises, le PLM dans le cloud est un outil de partage des données produit avec leur écosystème, consultants, sous-traitants, partenaires, distributeurs, intégrateurs, clients, utilisateurs… En prérequis, sauf peut-être pour la seule visualisation et en 3D si possible, chacun de ces acteurs doit posséder les solutions nécessaires à la lecture, voire au traitement des données partagées sur le nuage. Ciblant les petites entreprises, l’objectif est plutôt de leur offrir la possibilité d’accéder en ligne et à un coût étalé (donc réduit), et sans investissement initial à l’exception de disposer de la plateforme de base (station de travail) à une solution de PLM adaptée à leurs besoins, tout en profitant des avantages du cloud, en particulier le partage des données.

Cloud et industrie, un complexe mariage de raison

Qu’il s’agisse de la DSI, des métiers ou de l’industrie, les bénéfices annoncés par l’accès au PLM dans le nuage, comme le propose Autodesk, sont identiques : coûts d’acquisition et d’exploitation (plus) faibles ; pas d’investissement, de déploiement ou de maintenance ; sécurité, mise à jour et sauvegarde automatisées… et assurées. Ces avantages restent cependant dans beaucoup de cas à démontrer, en particulier sur la durée.

Cette vision du cloud s’applique bien évidemment au PLM, mais notre dernière remarque se fait également plus incisive. Certes, ces solutions s’imposent car elles participent à l’optimisation de l’ensemble des processus industriels liés au produit, de sa conception à sa disparition, en particulier pour l’identification, la valorisation et la conservation des connaissances et des savoirs faire. En revanche, le déploiement d’une solution de PLM demeure une opération complexe, parfois traumatisante pour les équipes en place appelées à modifier leurs usages, qui demande une analyse profonde du fonctionnement de l’entreprise et de ses processus, l’implication de ses métiers et de son écosystème, ainsi que sur un plan plus technologique à s’assurer de l’interopérabilité de ses systèmes.

Conséquence, si le portage du PLM sur le cloud est un gage d’accessibilité de la technologie au plus grand nombre, en particulier aux petites entreprises, la capacité de ces dernières à maitriser ces outils complexes est encore loin d’être acquise. La réussite des projets d’adoption du PLM par le plus grand nombre ne tiendra pas à leur portage dans le nuage, mais bien à la capacité des éditeurs à les rendre accessibles, voire compréhensibles, et à celle des entreprises à se former et à maîtriser ces outils. Sans quoi le PLM dans les petites entreprises restera un doux rêve industriel et nuageux…


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