TRIBUNE: Les grandes écoles de la République ont-elles un avenir ?

Régulations

A l’heure où la recherche française se pose de graves et sérieuses questions (pas seulement métaphysiques: cf. les espoirs de la nouvelle directrice du CNRS), où vont nos chères grandes écoles?

Derrière les innovations technologiques, se cachent de redoutables problèmes théoriques qui, pour la plupart, sont résolus grâce à un de complexes formalismes mathématiques. C?est la raison pour laquelle cette matière est au c?ur des concours d’entrée dans les grandes écoles d’ingénieurs. Malheureusement, les mathématiques, comme la musique, sont des matières difficiles qui rebutent de nombreux élèves.

Sachant que ces derniers désormais participent à “l’évaluation des enseignants“, comme des clients consommateurs d’un savoir ou d’un séjour au Club Méditerranée, on réduit les programmes des composants jugés trop complexes, on écarte des professeurs prestigieux qui élaborent des problèmes jugés difficiles, on introduit et on brade des diplômes par crainte d’une contestation devant les tribunaux administratifs. Nous savons tous que ce ne sont pas les élèves qui sont mauvais, mais les professeurs… Il y a quelques années, n’importe quel élève ingénieur de dernière année, était en mesure de résoudre le fameux théorème de Hartmann Grotman dit de “la tasse café“. On est en droit, aujourd’hui de se demander si ces mêmes étudiants sont en mesure de comprendre le problème posé. C’est ce que l’on appelle la vision libérale de l’exellence à la française! Cette situation, qui se développe dans de nombreuses grandes écoles, n’a cependant que des avantages : – les élèves sont certains d’entrer dans un processus “cool” avec un diplôme garanti à la sortie, – les directeurs de grandes écoles vont recruter des enseignants moins brillants, donc moins coûteux et plus malléables, – les industriels, qui recherchent des individus de haut niveau pour développer de nouvelles technologies, vont délocaliser leurs travaux de recherches aux Indes ou en Chine, et ils vont ainsi faire des économies substantielles, – les éditeurs de logiciel, comme Microsoft, vont proposer des enseignants presque gratuits, qui vont former les esprits des futurs décideurs dans le sens de leurs (bonnes) affaires, – les Universités, qui ont une mission de service public et qui sont, pour l’instant, insensibles aux bénéfices du consumérisme en cette matière, se frottent les mains, car elles vont récupérer ainsi les meilleurs élèves. Ne nous réjouissons pas trop vite, il existe un projet pour rendre autonome les universités. PS.: Pour ceux qui sont sceptiques sur ce tels propos, nous ne saurions que recommander la lecture de ‘La fabrique ès crétins‘, de J.P. Brighelli. ____ (*) b>Bertrand Bruller , Professeur, chargé de cours, École Centrale Paris


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur