Tristan Nitot (Mozilla) : « Le nouveau modèle de développement de Firefox finira par forcer les entreprises à revoir leur stratégie »

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Avec son nouveau cycle de développement rapide, les innovations de Firefox arrivent plus rapidement entre les mains des utilisateurs. Retour sur ce virage radical.

Une semaine après la sortie de la mouture définitive de Firefox 5, nous sommes revenus avec Tristan Nitot, président de Mozilla Europe, sur le nouveau mode de développement de ce butineur. « Firefox 5 est la première version à appliquer ce modèle, précise notre interlocuteur. Nous nous félicitons d’avoir pu le sortir dans les temps, ce qui n’était pas évident à priori, le navigateur étant disponible sur quatre plates-formes (Windows, Mac OS X, Linux et Android, NDLR) et en plusieurs dizaines de langues. »

« Derrière ce changement se trouve une transformation en profondeur de notre outil de production. C’est un sacré challenge de faire évoluer cette chaine de production. Il y a aura nécessairement des ajustements à effectuer. Par exemple, le channel switcher a finalement été abandonné, car peu s’en servaient. C’était une fausse bonne idée, les testeurs préférant utiliser plusieurs versions de Firefox en parallèle, en mettant en œuvre des profils différents. » Le concept des quatre canaux – stable, bêta, aurora et nightly – reste toutefois d’actualité : « C’est un curseur qui permet de choisir entre une stabilité maximale ou un degré d’innovation plus important. »

Le passage du modèle précédent (nightly, alpha, bêta, stable) à l’actuel (nightly, aurora, bêta, stable) n’est pas seulement un changement de façade : « Les fonctionnalités ajoutées aux versions alpha étaient présentes dans les bêtas. Dans aurora, il y a des fonctionnalités qui sont intégrées et testées, mais qui ne seront pas forcément validées pour la bêta. Nous nous autorisons ainsi à retirer des fonctionnalités. Les développeurs qui ont respecté les règles du jeu voient leurs nouveautés arriver dans les mains des utilisateurs. Ceux qui ont raté le train prendront le suivant, ce qui n’est pas grave, ce dernier passant six à douze semaines plus tard. » Au final, la fondation Mozilla espère réduire le temps requis entre l’arrivée d’une nouvelle technologie et sa mise à disposition auprès des utilisateurs. Le rythme de six semaines devrait devenir la règle pour les futures moutures de Firefox. « Nous nous autorisons toutefois jusqu’à douze semaines, à titre exceptionnel », précise Tristan Nitot.

Récemment, la décision de ne plus supporter Firefox 4, remplacé purement et simplement par Firefox 5, a inquiété certaines entreprises. En effet, celles qui valident leurs solutions web pour ce butineur se retrouvent dans l’obligation de recommencer tout leur travail. « Difficile de dire aujourd’hui si les prochaines versions de Firefox suivront le même modèle. Nous nous gardons la possibilité de revenir sur cette décision. Toutefois, il faut noter que cette révolution en terme de cycle de développement (issue du monde des applications web, qui évoluent en continu) finira par forcer les entreprises à revoir leur stratégie. » Idéalement, les professionnels ne devraient donc plus certifier leurs applications pour un logiciel précis, mais se conformer à des standards et laisser les logiciels les implémentant évoluer à leur rythme. C’est exactement le même message que celui tenu par certains acteurs du cloud pour justifier l’évolution continue de leurs plates-formes (par exemple, Microsoft avec Windows Azure).


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