Tristan Nitot (Mozilla Europe) : «Il faut se focaliser sur la qualité de Firefox»

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Agacé par notre traitement d’une actualité ne se rapportant finalement pas directement à Mozilla, Tristan Nitot a souhaité rencontrer Silicon.fr. L’occasion de faire le point sur les projets de l’éditeur de Firefox.

Dans un billet publié sur son blog, Tristan Nitot reprochait à Silicon.fr de citer ses propos dans le cadre d’un article inspiré par les déclarations d’Eric Schmidt, le patron de Google, relatives aux questions de la vie privée. Le président de la fondation Mozilla Europe a tenu à nous rappeler que les opinions exprimées sur Stanblog étaient personnelles et ne reflétaient pas forcément celles de ses employeurs, ce dont nous convenons effectivement. La polémique enterrée, nous avons profité de la rencontre pour évoquer quelques points d’actualités chez Mozilla. Cette fois, c’est bien au nom de l’éditeur de Firefox que Tistan Nitot s’exprime.

Internet Explorer et ballot screen

« Nous ne sommes pas satisfaits du règlement de l’affaire par la Commission européenne », se désole Tristan Nitot en évoquant la solution proposée par les instances bruxelloises pour tenter de casser l’exclusivité d’Internet Explorer sur Windows et sa domination anticoncurrentielle. L’accord signé entre Bruxelles et Microsoft prévoit de proposer un « écran de choix » à l’utilisateur l’autorisant à sélectionner son navigateur par défaut parmi les principaux du marché.

Pour tenter de mettre sur un pied d’égalité tous les éditeurs face à l’utilisateur, il a ainsi été décidé que les navigateurs s’afficheraient de manière aléatoire sur cet écran qui apparaîtra à la première installation de Windows 7 ou suite à une mise à jour. Mais pour Tristan Nitot, ce n’est pas encore l’idéal. « Il aurait fallu mesurer l’efficacité du procédé par des tests, car les gens ne savent pas ce qu’est un navigateur. » Une méconnaissance qui peut les pousser à effectuer un choix essentiellement visuel. Et dans ce cadre, le logo d’IE qui accompagne Windows depuis des années reste familier et, donc, avantagé. Même si, reconnaît Tristan Nitot, le panda roux autour du globe terrestre qui sert de logo à Firefox commence à être reconnu.

Tristant Nitot fait d’ailleurs remarquer que la campagne de publicité massive lancée par Google autour de Chrome à travers des affichages publics et des pleine pages dans la presse n’est probablement pas innocente. La mise en avant d’un visuel (le logo de Chrome) qui se retrouvera nécessairement dans l’écran de choix des navigateurs de Windows a en effet toutes les chances de porter ses fruits.

La concurrence de Chrome et les relations de Mozilla avec Google

Pour le moment, Chrome est encore loin d’égaliser Firefox en part de marché. En décembre, le navigateur de Google n’accapare qu’un « petit » 4,6 % de part de marché, loin derrière les 24 % de Firefox (et les 62 % d’IE) selon Netapplications. Mais Chrome affiche un dynamisme étonnant qui, en à peine plus d’un an, lui a permis de ravir la troisième place à Safari d’Apple.

La concurrence de Chrome pourrait néanmoins poser un problème à la fondation Mozilla qui tire environ 90 % de ses revenus de son partenariat avec Google. Un partenariat qui court jusqu’à novembre 2011 que Google pourrait donc ne pas renouveler. Une perspective sombre à laquelle ne croit pas Tristan Nitot. « Il s’agit d’un contrat commercial pas d’un sponsor », rappelle-t-il. Google reverse en effet une part des revenus générés à partir du trafic que lui amène Firefox par les requêtes effectuées depuis l’outil de recherches du navigateur. « Un trafic monstrueux », selon le porte-parole de Mozilla Europe dont Google n’a donc pas intérêt à se passer. « Je ne suis pas inquièt pour le contrat », rassure-t-il. La stratégie de Mozilla va donc passer par une poursuite de sa conquête du marché afin de rester attractif aux yeux de Google. A ce jour, Mozilla revendique 350 millions d’utilisateurs. Une belle progression face aux 300 millions évalués en septembre.

Firefox

La stratégie est simple : « Il faut se focaliser sur la qualité du produit » L’évolution de Firefox passera donc par la sortie très prochainement de la version 3.6, légèrement en retard sur le calendrier, et s’enchaînera avec les versions 3.7 et 4.0 dans le courant de l’année. « On met la gomme sur Firefox avec un cycle de ‘releases’ accélérées ».

Mozilla ne nous avait effectivement pas habitué un rythme aussi soutenu. Cette accélération des sorties visera surtout à faire évoluer plus fréquemment les fonctionnalités de Firefox plutôt qu’une « grosse » mise à jour annuelle au mieux. « Un travail de fond est réalisé sur la vitesse, aussi bien au niveau du démarrage que des onglets et de la barre d’adresse, de la sécurité, et de l’intégration de HTML 5 et CSS 3 », rappelle Tristan Nitot.

Parmi les nouveautés, Firefox 3.6 introduira Personas qui permettra de personnaliser l’apparence de Firefox de manière dynamique depuis le site get.personas.com. La version 3.7 bénéficiera d’Electrolysis, qui gérera les processus indépendamment les uns des autres, y compris les plugins (ce qui devrait renforcer la stabilité de l’application). La fonctionnalité Weave Sync synchronisera l’historique entre plusieurs instances de Firefox hébergées sur différentes machines. Les développeurs apprécieront le support de Jetpack qui simplifiera l’écriture des extensions. Quant à Firefox 4.0, il s’oriente vers un rafraîchissement de l’interface utilisateur avec, peut-être, le déplacement des onglets de navigation au-dessus la barre d’adresse à la manière de Chrome. Mais rien n’est à ce jour arrêté, prévient Tristan Nitot.

Firefox Mobile

Enfin, 2010 signera l’arrivée de la version mobile de Firefox. Jusqu’alors connue sous le nom de code Fennec, le navigateur actuellement en version 1.0 RC1 devrait être lancé sous l’appellation ‘Firefox for’ suivi du nom de la plate-forme hôte. Dans l’immédiat, ce sera ‘Firefox pour Maemo’, nom du système qu’embarque le Nokia N900. Firefox pour Android suivra puis, probablement, Windows Mobile ou BlackBerry mais pas iPhone tant qu’Apple refusera d’ouvrir sa plate-forme.

Mozilla redémarre de zéro sur le marché du mobile et il ne sera pas facile à Firefox de s’imposer parmi les ténors du secteur. Tristan Nitot n’en est pas moins confiant : « Les utilisateurs veulent du vrai web depuis leur ‘ordiphone’. Il ne s’agit pas seulement d’une question de marque mais surtout de services, notamment d’interaction entre poste fixe et mobile. » D’où l’importance du projet Weave Sync qui permettra à l’utilisateur de garder un lien avec son bureau ou son domicile depuis son smartphone en toute simplicité. Si les développements de Firefox et sa version mobile sont menés par des équipes différentes, Mozilla n’en installe pas moins une vision cohérente entre les deux produits qui se reflètera dans les usages que ne manqueront pas d’en faire les utilisateurs. 2010, une année charnière dans l’évolution de l’éditeur du plus célèbre des navigateurs alternatifs à IE.

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