Tristan Nitot (Mozilla) : « Firefox OS recense une infinité d’applications »

Poste de travail
Mozilla France, Tristan Nitot

Tristan Nitot, responsable de Mozilla France, revient sur la stratégie Firefox OS de s’appuyer sur la plate-forme web et le HTML5 pour apporter l’Internet au plus grand nombre.

Mozilla s’est entouré de nombreux partenaires pour le lancement de Firefox OS, une démarche inhabituelle…

Fédérer les partenaires est une condition du succès de Firefox OS. Il faut des partenaires qui connaissent le marché, qui ont des boutiques, qui donnent l’accès au réseau… tout ce que Mozilla ne peut pas faire. Et leur grand nombre [23 aujourd’hui, NDLR] démontre que toute l’industrie soutient notre initiative.

Mozilla a-t-il vocation, à terme, à concevoir ses propres smartphones ?

On a un partenariat avec Geekphone pour fournir des téléphones aux développeurs, mais nous n’avons pas l’optique de cannibaliser les constructeurs et opérateurs.

À ce sujet, les terminaux seront bientôt proposés à la vente depuis le site de Geekphone. Le plus tôt sera le mieux afin que les développeurs testent réellement leurs applications sur un terminal d’entrée de gamme et pas seulement à travers l’émulateur de Firefox.

Parmi les opérateurs partenaires, aucun n’est français. Avez-vous initié des discussions avec eux ?

L’optique de Mozilla avec Firefox OS est d’attaquer le marché par le bas. Nous visons les 2 milliards d’utilisateurs de features phones qui veulent évoluer vers du smartphone avec des terminaux très compétitifs. On parle d’offres autour de 100 dollars, mais il faudra confirmer auprès des constructeurs.

Les terminaux Android à moins de 100 dollars se multiplient aussi, y compris en France… N’est-ce pas ambitieux de vouloir lutter ainsi contre le numéro 1 du marché ?

Il faut regarder ce que veulent les opérateurs. Lesquels se sentent exclus de la relation avec le client. Parmi l’offre Firefox OS, il y a la facturation par l’opérateur qui s’adressera notamment à des gens qui n’ont pas de cartes de crédit. Et la possibilité de construire leur propre App Store pour distribuer les applications sans avoir à passer nécessairement par le market place de Mozilla.

Ce que propose Mozilla fait que les opérateurs nous écoutent. Et ils restent maîtres de leur stratégie de distribution de Firefox OS.

Mozilla s’est-il fixé des objectifs de parts de marché ?

Non. Il faut comprendre que, derrière Google et Apple, la troisième place, s’il en reste une, et plus encore la quatrième, va être difficile à décrocher. Microsoft a du mal en tout cas. Il est inutile d’avoir la même approche, comme le fait BlackBerry également.

La stratégie consiste donc à avoir une approche reposant sur les standards du web et d’ouvrir l’écosystème à tous. À commencer par les développeurs qui sont toujours plus nombreux à programmer en HTML5 et utilisent un wrapper comme Phonegap pour soumettre un binaire aux stores d’Apple et Android avec un seul développement.

L’approche de Mozilla est celle de privilégier les applications natives en HTML5. Du coup, ce ne sont pas 500.000 développeurs, mais 8 millions de développeurs de sites web dans le monde que nous rassemblons. Donc, potentiellement, une infinité d’applications.

À l’image du web il y a 20 ans, l’ouverture sur le mobile va ajouter de la pression sur les systèmes propriétaires. Nous nous situons dans cette étape d’après en nous appuyant sur le libre et l’open source, avec le HTML5, pour attaquer le marché.

Google est complètement exclu de Firefox OS, y compris dans la recherche qui pointe directement sur des pages web (dynamiquement présentées sous forme d’applications). Ne craignez-vous pas de vous couper d’une ressource financière stratégique ?

Je ne peux pas prédire de notre avenir commercial avec Google, mais on leur vend de l’audience et tant que nous aurons cette audience, il n’y a pas de raison que notre relation commerciale cesse.

De plus, nous n’avons pas forcément de vision claire du modèle économique de Firefox OS, mais je ne suis pas inquiet sur notre capacité à trouver d’autres sources de financement. On est dans un fonctionnement à but lucratif, pas dans la maximisation des profits. Et nous avons un fonds de réserve alimenté qui nous permet de voir venir.


Voir aussi :
Démonstration de Firefox OS par Tristan Nitot de Mozilla


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