TV Mobile hertzienne: la France serait prête pour fin 2008

Régulations

François Loos, ministre délégué à l’Industrie envisage un lancement de la TNT mobile dans deux ans. Pourtant, de nombreuses questions demeurent

Succès de la 3G, la télévision mobile n’en est qu’à ses débuts. Pour le moment diffusée en

streaming (flux constant) sur les réseaux UMTS des opérateurs, la TV mobile téléphonée va très vite se heurter à un mur. En effet, le flux de télévision utilise les réseaux des opérateurs, des réseaux qui risquent de saturer lorsque des millions d’utilisateurs regarderont ces programmes simultanément. D’où l’intérêt de la télévision mobile diffusée qui utilise les ondes hertziennes. Il s’agira en fait de proposer une sorte de TNT mobile. Les industriels testent depuis de longs mois des technologies hertziennes de diffusion. Car l’attente est bien là: selon plusieurs études, les européens sont prêts à débourser jusqu’à 8 euros par mois pour ce service. Sur ce point, la France veut accélérer le mouvement. Et ose un calendrier. “La TV sur mobile aujourd’hui, c’est le stade de l’expérimentation, l’année prochaine ça peut devenir une généralisation sur les grandes villes françaises et fin 2008-2009, ça peut devenir une couverture totale du territoire si les modèles économiques le permettent”, a déclaré François Loos, ministre de l’Industrie lors du Forum Economie Télécoms organisé par Les Echos. Le ministre va un peu vite en besogne. Car de nombreuses questions restent en suspens: technologiques et réglementaires. Jusqu’à il y a peu, tous le monde s’accordait à plébisciter la norme DVB-H, dérivée de la TNT, pour proposer la TV sur mobile. Largement poussée par Nokia, prête technologiquement, cette norme est pour les analystes celle qui sera le plus utilisée à terme. Le DVB-H seul n’est pas la solution Mais cette norme poserait problème pour une diffusion ‘indoor’ où elle est faible (à l’intérieur des immeubles). Or, ce mode de consommation est attendu par les utilisateurs, selon les retours d’expérience des opérateurs qui ne s’attendaient pas à ce résultat. Petit à petit, a donc émergé l’idée d’une technologie alternative combinant le DVB-H et le satellite. Une option défendue par Alcatel et qui semble aujourd’hui s’imposer. “Nous avons en même temps (que le DVB-H) prévu une diffusion satellitaire, qui fait aujourd’hui l’objet de travaux de recherche et développement avec le concours de l’Agence de l’innovation industrielle”, souligne François Loos. “Cette technologie mixte d’accès a fait ses preuves”, souligne Nick Stubbs, directeur général d’Astra France. “Elle permet une meilleure qualité et une meilleure couverture, notamment en ‘indoor'”. Même tonalité pour Olivier Coste, directeur de la stratégie et du développement pour Alcatel Space: “Nous nous orientons clairement vers une proposition mixte, satellite/terrestre qui permet une couverture globale et un nombre plus important de chaînes”. Quid des fréquences ? Autre problème, réglementaire cette fois. Le DVB-H exploite le réseau hertzien analogique UHF qui aujourd’hui est saturé en France. Il le sera tant que les chaînes hertziennes ne basculeront pas de l’analogique au numérique. Ce qui ne se fera pas avant 2011. Faute de fréquences libres, l’offre en chaînes sera limitée. Et le marché ne pourra attendre 2008 pour lancer massivement des offres de TNT mobile. Avant de lancer le DVB-H, les acteurs de l’audiovisuel et des télécoms devront donc obtenir des fréquences, attribuées par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui est dans l’incapacité de le faire dans l’état actuel du droit, fixé par la loi de 1986 sur l’audiovisuel. Le CSA attend dans les semaines qui viennent de recevoir un projet de loi modifiant la loi de 1986. “Le projet de loi n’est pas encore sur la table du CSA et nous nous apprêtons à rendre très vite un avis dès que nous l’aurons”, a déclaré mercredi Philippe Levrier, membre du Conseil. Par ailleurs, se pose la question de la rémunération des fréquences libérées. “Il n’y a aucune raison que les opérateurs ne payent pas un droit d’occupation”, explique Daniel Boudet de Montplaisir, auteur du rapport “Télévision numérique et mobilité”. Enfin, il faudra se mettre d’accord sur la distribution des rôles au niveau de la réglementation. Le contrôle du CSA sera-t-il total ? dans quelle mesure l’Arcep, le régulateur des télécoms, pourra-t-il faire entendre sa voix ? Un succès prévu mais…

Selon le cabinet Informa Telecoms, en 2010 on comptera 124,8 millions d’utilisateurs pour la TV mobile, soit un marché évalué à 8,4 milliards de dollars. Selon l’auteur de ce rapport, la technologie DVB-H, représentera à cette date 60% du marché. Les combinés capables de diffuser de la TV en direct s’écouleront à 83 millions d’exemplaires en 2010 contre 130.000 en 2005. De son côté, Strategy Analytics, estime que le marché devrait compter 50 millions d’utilisateurs à l’horizon 2009, pour un chiffre d’affaires estimé à 6,1 milliards de dollars. Selon différentes études des opérateurs et des fabricants de mobile, l’utilisateur serait prêt à débourser entre 7 et 10 euros par mois pour un service complet de TV mobile. Pour autant, une étude de Selon RBC Capital Markets souligne que 75% des sondés ne voient pas l’intérêt d’un tel service. Peut-être faudra-t-il que les consommateurs testent concrètement la TV mobile avant de savoir si elle répond ou non à un besoin ? Pour autant, cette étude présente des limites. Selon les analystes, la TV mobile intéressera en priorité les moins de 24 ans. Or, les 21-29 ans ne représentent que 15% de l’échantillon de l’étude. Et les moins de 21 ans en sont absents. Ce qui relativise les résultats.


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