Twitter : les inconnues de l’ère Elon Musk

Pour vivre heureux, vivons cachés ? La question peut se poser à propos de Twitter sous l’ère Elon Musk. Le réseau social a accepté de se vendre à l’intéressé, qui entend boucler la transaction cette année… et orchestrer une sortie de Bourse.

Redevenu une entreprise privée, Twitter serait libéré de certaines obligations. Notamment vis-à-vis de la SEC (Securities and Exchange Commission), gendarme américain des marchés financiers.

Voilà plusieurs années qu’Elon Musk a maille à partir avec la SEC. Celle-ci l’avait poursuivi en 2018, au motif de fraude. En cause : un tweet dans lequel l’homme d’affaires avait affirmé songer à faire quitter la cote à Tesla… en indiquant le montant qu’il était prêt à débourser. L’autorité financière y avait vu une forme de manipulation de cours.

Elon Musk avait négocié un accord. Le milliardaire acceptait, d’une part, de quitter la présidence de Tesla. Et de l’autre, de soumettre au contrôle d’un avocat chacun de ces tweets relatifs à cette même entreprise. Voilà quelques semaines, il est revenu à la charge, saisissant la justice pour tenter de mettre un terme à cette situation. Son levier : le 1er amendement de la constitution américaine, relatif à la liberté d’expression.

Liberté d’expression… anonyme ?

La liberté d’expression, Elon Musk en a justement fait l’un de ses chevaux de bataille pour « redresser » Twitter. Dans son optique, cela impliquera d’assouplir les mécanismes de modération. Au profit d’un renforcement des contrôles a priori. En particulier, en révisant la procédure d’attribution du « badge bleu » et en « authentifiant tous les utilisateurs humains ».

Organisation référente dans la défense des libertés civiles à l’ère numérique, l’EFF (Electronic Frontier Foundation) s’inquiète d’une telle issue. Elle appelle le huitième homme le plus suivi sur Twitter à laisser la place aux comptes anonymes ou tout du moins pseudonymes. Et aussi, entre autres, à mettre en place le chiffrement des messages privés.

Du côté d’Elon Musk, on semble privilégier l’intégration du fameux bouton d’édition de tweets, de longue date objet de spéculations. Sur le volet modération, l’homme dont on estime la fortune personnelle à 260 milliards de dollars se montre moins expressif. En tout cas sur le fond des démarches.

Elon Musk ne veut plus du board

Les choses sont plus claires concernant le conseil d’administration : Elon Musk compte le dissoudre au plus vite. Il le considère comme un poids, non représentatif des intérêts des actionnaires. Dans l’absolu, ses membres ont effectivement des participations limitées au capital. Jack Dorsey se détache, à 2,25 %. Mais il n’a pas caché sa volonté de ne pas chercher à renouveler son mandat, qui prendra fin en mai. Le principal actionnaire au board deviendrait alors Egon Durban de Silver Lake, avec 0,26 %.

Si Jack Dorsey donne sa confiance à Elon Musk, Jeff Bezos se montre plus dubitatif. Le fondateur d’Amazon soulève en particulier le risque que la Chine ait son mot à dire dans la gouvernance de Twitter, vu les intérêts commerciaux de Tesla dans le pays.

Twitter dans le rouge en 2021

Que retenir à court terme ? Twitter publiera bien, le 28 avril, ses résultats trimestriels. Mais sans conférence téléphonique. Il n’y a, pour le moment, pas de licenciements de prévus. Le CEO Parag Agrawal, en poste depuis novembre 2021, devrait y demeurer jusqu’à la validation de la transaction. Au-delà, c’est l’incertitude, a-t-il reconnu auprès des quelque 7000 employés.

En 2021, Twitter a dépassé pour la première les 5 Md$ de revenus. Mais il a accusé une perte de 221 M$. En dépit du lancement de Twitter Blue, un abonnement mensuel qui donne accès à diverses fonctionnalités et options de personnalisation.