Vinod Kumar (Tata Communications) : « Nous avons vraiment une vision à long terme »

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D’opérateur local à entreprise mondiale, Tata Communications n’en est qu’au début de son développement, comme nous l’explique son PDG Vinod Kumar qui revient sur les dernières opérations du groupe et les stratégies à venir.

« Nous ne sommes pas une compagnie indienne, mais une compagnie mondiale avec des racines indiennes. » Rencontré dans le cadre du Global Media and Analyst Summit (GMAS) de Dubaï, le 21 mars dernier, Vinod Kumar a le sens de la formule pour décrire la raison d’être de Tata Communications, l’entreprise qu’il dirige en tant que PDG depuis 2011, après y être entré en 2004. Une ascension fulgurante pour ce jeune dirigeant de 47 ans qui a successivement été chargé des opérations internationales (acquisition des câbles Tata Global Network (TGN) et de l’opérateur canadien Teleglobe en 2005), puis mondiales tout en supervisant la division Global Data.

Une ascension à la mesure de l’entreprise passée d’opérateur de télécommunication local en Inde à fournisseur mondial de capacité en moins de 10 ans et qui affiche, aujourd’hui, un chiffre d’affaires de 2,56 milliards de dollars. « Quand nous avons acquis les câbles en 2004, cela a été considéré comme une folie, mais aujourd’hui je vois que nous avons fait le bon choix ». Si Tata Communications s’appuie sur les marchés émergents « qui grossissent au-delà de leur marché vers le marché mondial » en équipant 100 des 500 premières entreprises de ces régions, le développement se poursuit dans les offres de services (convergence IP, solutions, cloud, services managés, applications pour l’industrie…). Des offres soutenues par 42 datacenters dans le monde où sont traités 3,2 pétabits de données par mois.

« Nous faire connaître »

« Aujourd’hui les entreprises demandent des services disponibles n’importe quand, n’importe où. C’est un concept qui peut être étendu au réseau. » Après avoir investi le secteur bancaire (en dressant des ponts numériques pour les établissements financiers occidentaux souhaitant se développer en Asie notamment), Tata Communications se tourne aujourd’hui vers les entreprises de l’énergie. « Nous avons un rôle à jouer pour le futur en développant les services aux entreprises, confirme sans détour Vinod Kumar. Nous avançons progressivement et devenons un fournisseur privilégié pour les banques européennes, car les opérateurs locaux n’investissent pas dans les marchés émergents. »

Le dirigeant rencontre-t-il des difficultés à investir les marchés occidentaux, notamment des cas de protectionnisme nationaux ? « Notre boulot est de connecter les pays entre eux pas de les investir. Nous n’en avons pas les moyens financiers. Sur les marchés occidentaux, nous sommes plutôt petits, donc, non, nous ne rencontrons pas de difficultés de cet ordre. » Tata Communications, société du groupe mondial Tata qui génère 82 milliards de chiffre d’affaires, a bien l’intention de gagner des points sur le terrain médiatique. « C’est notamment pourquoi nous avons signé le partenariat avec Formula1. Aujourd’hui, le défi est plutôt de faire connaître Tata Communications. », indique Vinod Kumar qui rappelle néanmoins que le contrat avec la F1 est avant tout du business (fourniture de capacités de communication sur tous les circuits du championnat et hébergement du site web).

Une entreprise en transformation

« Tata Communications est une entreprise en transformation, insiste le PDG, nous allons poursuivre les investissements, cela fait partie de notre stratégie de croissance. » Dernier en date, la finalisation des câbles sous-marins TGN-EA et TGN-Golf pour relier l’Europe à l’Asie et au Golfe persique. Le prochain ? Peut-être l’acquisition de Cable & Wireless Worldwide. Quant à l’Amérique du Sud où l’entreprise est peu présente, « nous explorons les opportunités pour arriver sur le marché, la demande est là, mais je ne nous vois pas comme acteur intégral ».

Et d’ajouter : « Nos investissements sont importants, mais prévus sur le long terme, 20, 50 ans. Si l’on prend l’exemple des câbles transatlantiques, ils ont été posés il y a 25 ans environ, mais leurs exploitants continuent à en tirer profit. On peut faire le parallèle avec les datacenters. Les entreprises les utiliseront pour longtemps. »

Une capacité à changer

Mais pourquoi Tata Communications semble réussir à l’échelle mondiale comme aucune autre entreprise ? « Je pense que la culture est différente. Dans bien des manières, nous avons vraiment une vision à long terme pas une course aux résultats année après année. Nous croyons vraiment aux partenariats à long terme, pas à court terme. Je pense que c’est ce qui nous différencie. Le défi aujourd’hui, tant pour Tata Communications que pour les autres entreprises en général est que si vous n’évoluez pas, si vous ne diversifiez pas vos activités, votre activité va piétiner et vous mourrez. Ce que Tata Communications a prouvé, c’est sa capacité à changer. Et ça, c’est très important. Nombre d’entreprises parlent de changer, mais n’y parviennent pas. » Un risque qui n’est pas d’actualité chez Tata Communications à ce jour.


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