La déconfiture de Violin Memory, roi autoproclamé du stockage flash

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Don Basile, CEO de Violin Memory

Titre qui s’effondre en bourse, résultats alarmants et une ‘class action’ sur les bras. Rien ne va plus chez l’arrogant chef de file du stockage flash, Violin Memory ! Les pratiques de son fondateur, Don Basile, ne semblent pas étrangères à cette déconfiture d’une des start-up stars de la Silicon Valley.

Nous suivons depuis quelques temps les évolutions de Violin Memory, depuis que nous vous avons fait découvrir cette start-up de la Silicon Valley se présentant comme le chef de file du stockage flash qui allait révolutionner le marché.

Nous avions été plus marqués, à l’époque, par la personnalité arrogante de son fondateur, Don Basile, ancien dirigeant de Fusion-IO, que par les produits du constructeur, pourtant réellement innovants.

Don Basile ne nous avait pas caché son ambition de tout casser en visant une introduction en bourse rapide avec pour cible une valorisation à plus d’un milliard de dollars ! Le retrait de HP, qui a mis fin à la distribution des appliances de stockage flash Violin, a donné un sacré coup aux revenus du fabricant, et assombri ses résultats déjà déficitaires… sans toutefois  réduire les ambitions de son patron.

Une IPO pour le moins ratée

Alors que les pertes de la start-up dépassaient ses revenus, eux même en forte baisse, Violin a lancé son IPO en septembre de l’an passé. Introduit à 9 dollars, le titre a permis de lever 146 millions de dollars, soit l’équivalent de son chiffre d’affaires annuel. Pas de quoi pavoiser ! Surtout qu’à la clôtur,e l’action avait perdu 22 % de sa valeur à 7,02 dollars.

Depuis le titre n’a cessé de reculer, jusqu’au jour de la première publication des résultats trimestriels auprès de la SEC (Security and Exchange Commission), le gendarme de la bourse américaine, le 22 novembre dernier, soit deux mois après l’IPO. L’annonce, même attendue, d’une perte trimestrielle de 34,1 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 28,3 millions, a fait l’effet d’une bombe. Pour rappel, le troisième trimestre 2012 affichait déjà une perte de 25,4 millions de dollars pour un revenu de 20,6 millions !

Don Basile, CEO de Violin Memory
Don Basile, ex-CEO de Violin Memory

L’affirmation par Don Basile que la start-up désormais cotée dispose, via son capital, de 12 mois de réserves pour maintenir son activité n’a pas suffi pour rassurer les investisseurs : pesant alors 6 dollars à l’ouverture, le titre a plongé à 2,56 dollars. Il faudra attendre la mi-décembre, et l’annonce de la démission de Don Basile pour que le titre reprenne un peu de couleur, et remonte à 4 dollars.

Howard Bain III, ancien CFO (Chief Financial Officer) de plusieurs entreprises IT de la Valley, et président du board (conseil d’administration) de Violin depuis la mi-2013, assure actuellement l’intérim.

De l’IPO à la class action

Pour autant, le départ de Don Basile n’a pas calmé les esprits. Pire, la publication des résultats trimestriels a jeté l’opprobre sur les pratiques de la start-up. Au point que le cabinet d’avocats Hagens Berman Sobol Shapiro a lancé une class-action (recours collectif) contre Violin, arguant d’une possible fraude sur les valeurs immobilières.

Un chiffre soulève également l’opprobre, la rémunération de Don Basile pour l’année 2013. Nos confrères de Business Insider ont révélé qu’elle s’élève à 18,9 millions de dollars ! Une sacrée somme pour une start-up déficitaire, et un sacré poids pour la trésorerie de la société.

CTO et COO quittent le navire…

Dernier épisode de cette saga typiquement américaine (!), la démission du COO (Chief Operating Officer) de Violin, Dixon R. Doll Jr., annoncée le 2 janvier. Elle fait suite à la démission de Don Basile (tous deux se suivent de longue date). Ainsi qu’à celle de Jonathan Goldic, CSTO (Chief Software Technical Officer) de Violin, qui a eu l’élégance (!) de précéder de quelques jours celle de son CEO.

Une démission qui pourrait bien soulever une nouvelle interrogation sur les pratiques de Violin Memory. En effet, Dixon Doll est l’un des dirigeants de BizzBlizz… un client de Violin co-fondé par lui même, avec Carlos “Art” Nevarez, un des piliers de Violin, et surtout Don Basile en personne. Un sacré panier de crabes qui devrait intéresser tant la SEC que les avocats à l’origine de la class-action.

Que reste-t-il à Violin Memory ?

Coté équipes en place, les figures à l’origine de Violin Memory commencent à se réduire. Jon Bennett, l’homme qui est à l’origine de Violin et de sa technologie, est toujours là, et pourrait endosser la charge de CTO. En compagnie de Som Sikdar, co-fondateur de GridIron, une start-up spécialisée dans l’optimisation des performances de stockage en environnement Oracle, acquise en 2012 par Violin. Coté COO, c’est John Kapitula, actuellement vice-président en charge des opérations, qui devrait logiquement succéder à Dixon Doll. Reste à savoir qui succèdera à Howard Bain pour mettre fin à son intérim ?

Autre acteur qui pourrait bien mettre son grain de sel dans les affaires de Violin, Toshiba. Le japonais entretient une relation historique avec la start-up, à qui il fournit les mémoires qui équipent ses appliances de stockage. Également principal investisseur des divers tours de tables qui ont alimenté les caisses de la start-up au cours de ses développements, Toshiba demeure le premier actionnaire de Violin.

Restent les partenaires de Violin. Symantec qui fournit sa suite Storage Foundation depuis la mi 2012. Mais la suite est incomplète, Violin ne propose pas, par exemple, de solution de déduplication native. Fonctionnalité que ses concurrents, eux, n’ont pas oublié.

La start-up a certainement cherché à combler ce vide en s’associant mi 2013, avec FalconStor, ce dernier développant la technologie NSS (Network Storage Server). Mais FalconStor va mal, ses résultats sont décevants, ce qui a poussé son CEO à la démission !

Quant à Microsoft, l’éditeur développerait une version de Windows Storage Server pour les appliances de stockage flash de Violin. Mais les développements de Microsoft dans le stockage, même s’ils progressent, souffrent encore d’une mauvaise image, le stockage de données n’étant pas le point fort de l’éditeur…

Les pratiques de quelques individus

Ce qui est rassurant dans cette affaire, c’est que l’accumulation des prises de décisions douteuses, des erreurs stratégiques parfois grossières, des attitudes arrogantes, et des déclarations péremptoires vient démontrer qu’il s’agit plus d’un problème d’hommes que de marché.

Les conditions économiques dans lesquelles évolue la start-up, ainsi que la personnalité de son fondateur, Don Basile, n’auraient pas dû permettre à Violin de forcer la porte de l’IPO. Celle-ci était vouée à l’échec, la situation actuelle n’est donc pas une surprise.

Les doutes qui pèsent aujourd’hui sur les pratiques de Violin ne viennent que renforcer le questionnement qui s’impose autour de la start-up, et surtout impliquer plus fortement encore les hommes qui l’ont créée et qui la dirigent.

Au final, les déboires de Violin sont presque rassurants ! Car ce n’est pas le marché du stockage flash, ni plus généralement celui de l’IT, qui sont en cause, mais bel et bien les pratiques de quelques individus.

Les spécialistes du stockage flash candidats plus ou moins confirmés à l’IPO que sont Pure Storage, Nimble Storage, et dans une moindre mesure Coraid, peuvent sereinement se préparer, la vague Violin, qui aurait bien pu les emporter, ou tout du moins abaisser le ticket d’entrée et le potentiel de levée de fonds, risque de se retirer d’elle même. Dévoilant au passage des motivations bien peu vénérables…

Violin écarté du scope des investisseurs, c’est une voie royale qui devrait s’ouvrir devant ses concurrents les plus sérieux… à la condition qu’ils sachent éviter l’attitude arrogante et les pratiques peut-être douteuses – la suite de l’histoire nous le dira – des dirigeants de Violin !

Crédit photo Auto-Boxe-Fotolia


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