Windows Phone 7 : Microsoft protège ses arrières

Steve Ballmer l’a martelé à l’occasion de la conférence de présentation officielle de Windows Phone 7, lundi 11 octobre en direct de New York : « Nous avons construit, avec nos partenaires, un téléphone d’un genre nouveau. » On l’aura compris, la rupture est plus qu’assumée et les regards se tournent désormais vers ce nouveau téléphone et son lot d’innovations. Il est clair que Windows Phone 7 n’a rien à voir avec Windows Mobile 6.5. « On est parti d’une page blanche », insiste Eric Boustouller, président de Microsoft France.

La principale nouveauté se traduit par une personnalisation désormais possible de l’écran d’accueil. Mais plutôt que de miser sur un espace d’accès aux applications qui tendent à s’accumuler sur l’écran tactile, Microsoft joue la carte des usages par profil. A la manière d’une surcouche à la Sense de HTC, Phone 7 invite à centraliser la gestion du téléphone autour de ses contacts. Ainsi, la mise à jour de son statut informera automatiquement ses contacts de la situation de l’utilisateur, comme l’a démontré Nicolas Petit, directeur de la division mobilité chez Microsoft France.

Dans la même idée, Microsoft propose la création de «Hub» qui regroupe les applications par thématiques. Ainsi, un seul écran présente les statuts des différents contacts dans Facebook, LinkedIn, Twitter, etc. Autre exemple, accéder aux flux d’actualité d’un contact depuis sa fiche de profil. « Une expérience panoramique qui agrège, dans un seul univers, vos applications, vos web, vos contacts pour être plus efficace et à moins jouer avec vos applications », soutient Nicolas Petit. Autres innovations, la capacité à gérer et distinguer les usages privés des usages professionnels, tant dans les contacts que dans l’agenda (avec gestion des conflits d’emploi du temps) ou encore la capacité à afficher toutes les photos, locales, en ligne et partagées depuis Facebook.

Microsoft met les opérateurs dans sa poche

Sans oublier l’intégration du lecteur multimédia Zune et de son offre d’abonnement musical en ligne. Une offre pour le moment indisponible aux utilisateurs d’Apple en l’absence de la compatibilité de l’application Zune sous environnement Mac OS. L’équivalent Microsoft de iTunes servira également de plate-forme de mise à jour de Windows Phone 7. D’une manière générale, en se synchronisant avec les services en ligne (Zune, Xbox Live, Office, Windows Live, Bing…), Windows Phone 7 joue le concentrateur de l’environnement Windows.

Pas moins de neuf terminaux seront disponibles sur le marché lors de la commercialisation des offres aux Etats-Unis chez HTC, Dell, Samsung, LG, a précisé Steve Ballmer. En France, il faudra s’en contenter de cinq dans un premier temps mais avec de l’avance par rapport à nos voisins américains. Les trois opérateurs seront de la partie à travers des offres disponibles dès le 21 octobre. A différents degrés d’engagement. C’est Orange, partenaire de longue date de Microsoft, qui présente l’offre la plus riche avec l’exclusivité sur le smartphone HTC Mozart et une avant première de six semaines sur le LG Optimus 7. Pas d’exclusivité sur le Samsung Omnia 7 qui est également présent dans l’offre de SFR aux côtés du HTC Trophy. Bouygues Telecom avance timidement sur le terrain avec un seul modèle : le HD7 de HTC (décidément très dynamique dans l’offre Windows Phone 7).

A noter qu’Orange proposera ses terminaux Windows Phone 7 personnalisés de quatre applications maison : Orange et moi (accès à l’univers d’Orange), TV Orange, Orange Daily (actualités) et retransmissions des rencontres de Ligue 1. De quoi se distinguer de la concurrence. « Orange cible les ‘mass market’ », justifie Alice Holzman, directrice marketing d’Orange qui prévoit que les smartphones représenteront 40% des téléphones vendus par Orange en fin d’année contre 20% aujourd’hui. « La quasi totalité des clients sont actifs sur leur téléphone, ajoute-t-elle. Tout faire depuis le smartphone est une réalité aujourd’hui. »

Une réalité largement initiée par l’iPhone d’Apple dont l’arrivée de Windows Phone 7 permettra à Orange (et, plus largement, à ses concurrents) de minimiser la dépendance. Une vraie bouffée d’air frais que Microsoft compte bien insuffler de tout son poids. Notamment en partageant ses revenus. Une partie (non précisée) des revenus issues des ventes d’applications (dont 70% réservés aux développeurs) reviendra aux partenaires de l’éditeur de Redmond, dont les opérateurs. « Il nous semble logique de contribuer aux autoroutes à 8 voies que l’on demande aux opérateurs de construire », argumente le patron de Microsoft France.

Il reste néanmoins à Microsoft de proposer un nombre suffisant d’applications (et donc de développeurs) pour espérer attirer de nouveaux utilisateurs (ou, au moins, arrêter d’en perdre). En l’espèce, l’éditeur la joue modeste. « Nous n’entrerons pas dans la course à la quantité, prévient Eric Boustouller qui fait allusion aux quelques 250.000 applications pour l’iPhone, nous visons les 10 ou 20.000 meilleures applications du marché. »

Encore faut-il attirer les développeurs. Microsoft se félicite d’avoir déjà convaincu 300 éditeurs en France qui devraient mettre à disposition prochainement quelques 200 applications certifiées. Avec quelques exclusivités, comme Meetic, mises en avant par l’éditeur. Mais aussi Elle.fr ou Vente-privé dont l’application gère jusqu’à la transaction depuis le mobile. Assassin Creed d’Ubisoft représentera l’un des titres phares du Marketplace. « On s’attend à un best seller », argumente Nicolas Petit. Microsoft reste très optimiste quant à ses capacité à séduire les développeurs. Le SDK, disponible gratuitement depuis mars 2010, a été téléchargé 500.000 fois au niveau mondial, annonce Redmond.

25% du marché des smartphones en 2015?

Si les opérateurs trouvent leur compte à adopter Windows Phone 7 (ne serait-ce que comme matière de négociation avec Apple) et que les développeurs se laissent attirer par le nouveau système (et la facilité affichée à développer une fois leurs applications pour tous les «écrans» Windows : PC, Xbox/TV, téléphone), il ne reste plus qu’à convaincre les utilisateurs dont bon nombre ont basculé chez Apple ou Android pour les usages individuels ou BlackBerry pour les entreprises.

A défaut de la jouer modeste, Microsoft reste dans le flou tout en laissant entrevoir la lumière. « Si, dans les prochaines années, nous parvenons à capter 100, 200 ou 300 millions des 1,2 milliard de smartphones vendus dans le monde chaque année, nous aurons largement gagné notre pari », déclare Eric Boustouller. Ce qui laisse de la marge à interprétation. Microsoft vise-t-il les 25% du marché mondial des smarphones d’ici 2015? Dans tous les cas, le chemin sera long et ardu. Le cabinet Gartner prévoit pour 2014 à moins de 4% la part de marché de Windows Phone après une pointe à 5,2% en 2011. Des estimations qui ne préoccupe pas, en apparence, la direction de Microsoft. « Windows Phone s’inscrit dans la durée », insiste Eric Boustouller.

Windows Phone 7 évoluera début 2011 avec la première mise à jour (qui sera, à la manière de l’iPhone, disponible depuis l’application Zune, par update de ROM). La gestion du copier-coller y sera introduite ainsi que la recherche localisée depuis Bing. Quant au support du format Adobe Flash, il est prévu dans les développements mais sans avance de calendrier pour ce point.