Affaire Prism : fronde des mathématiciens contre les services de renseignement

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Est-il acceptable d’un point de vue éthique pour un mathématicien de collaborer avec des organismes de renseignement qui piétinent les lois et les droits des citoyens ? Non estime Tom Leinster de l’université d’Édimbourg.

Tom Leinster, mathématicien à l’université d’Édimbourg aux Royaume-Uni (en Écosse pour être plus précis), vient de publier un billet d’opinion sur le média NewScientist. Il appelle la communauté des mathématiciens à prendre ses responsabilités vis-à-vis de l’espionnage de masse opéré par les agences de renseignement américaines (NSA) et anglaises (QCHQ).

« Ces organisations sont accusées d’avoir violé la loi à une échelle industrielle et sont maintenant l’objet d’une indignation généralisée. Comment la communauté des mathématiques a répondu ? En grande partie en l’ignorant », explique-t-il.

La NSA employeur numéro un de mathématiciens

Et pourtant, rappelle Tom Leinster, la NSA affirme être le plus gros employeur de mathématiciens aux USA. Chose qui vaut probablement pour le GCHQ sur le territoire britannique et pour nombre d’autres agences de renseignement de par le monde. « Certains mathématiciens travaillent pour ces organismes à temps plein. D’autres le font pendant les vacances d’été ou dans le cadre de congés sabbatiques de leurs emplois universitaires », précise-t-il.

C’est bien entendu dans le domaine du chiffrement des données que les mathématiciens sont le plus souvent utilisés par les agences de renseignement. Principalement en aidant à affaiblir les algorithmes de chiffrement employés sur la Toile.

« Les mathématiciens sont rarement confrontés à des questions éthiques. Nous apprécions le sentiment que ce que nous faisons est séparé du monde réel. […] Cette idée ne tient plus. Les mathématiques ont clairement des applications pratiques qui sont très pertinentes dans le monde moderne, et pas seulement pour le chiffrement sur Internet. »

Les mathématiciens doivent-ils continuer à collaborer ?

Tom Leinster en appelle à une discussion au sein de la communauté des mathématiques. Il appuie également la position d’Alexander Beilinson, mathématicien à l’université de Chicago, en faveur d’un changement culturel visant à rendre la collaboration avec les agences de renseignement « socialement inacceptable »… de la même façon que travailler pour le KGB était devenu socialement inacceptable en URSS.

Un mouvement de fond qui a par ailleurs largement été initié par la fronde anti-NSA, laquelle est venue en réponse aux révélations d’Edward Snowden (voir « Ce que les espions de l’Amérique savent de nous… » et « NSA : les 5 enseignements des dernières révélations de Snowden », ainsi que notre dossier « Tout sur l’arsenal secret des espions de la NSA »).

« Il faut toutefois reconnaître que ce choix est le nôtre. Nous somme en premier des êtres humains et en second des mathématiciens. Si nous n’aimons pas ce que les services secrets font, nous ne devrions pas coopérer. »

Crédit photo : © Vasilius – Fotolia.com


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