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10G, 40G, 100G : bien choisir son réseau

À l’heure où les volumes de données stockées et échangées explosent, concevoir une infrastructure réseau et un datacenter qui resteront performants dans 5/10 ans est un vrai défi. Maitrise des coûts et besoin de préparer l’avenir reste une alchimie complexe.

Dans les datacenters « hyperscale » des GAFA, il n’y a plus vraiment de débat : la fibre est maintenant partout. Soumis à des contraintes en termes de performances et de bande passante, les grands acteurs du Cloud et des réseaux sociaux sont désormais passés au full-fibre, comme le confirme Thierry Besrest, responsable commercial Data Center France chez Rosenberger OSI : « Le cuivre ne représente plus que 3 % à 5 % des équipements réseau de ces grands acteurs. Il y a 5 à 10 ans, on avait encore 80 % de cuivre dans un datacenter. Aujourd’hui, dans les datacenters de nouvelle génération, cette proportion s’est complètement renversée, avec 80 % à 90 % de fibre optique et 10 % à 20 % de cuivre uniquement. »

Ces acteurs savent que les capacités de chacun de leurs nouveaux datacenters seront saturées à terme. Ils investissent donc massivement sur les infrastructures réseau les plus performantes du moment et le 40 Gbit/s et 100 Gbit/s y règnent en maître.

Non, le cuivre n’est pas mort, mais…

Pour les entreprises aux poches moins pleines et qui gèrent elles-mêmes leurs salles informatiques, les responsables des infrastructures doivent arbitrer entre le coût des équipements optiques nouveaux et la réutilisation de l’existant.

Thierry Besrest, Rosenberger OSI« Le cuivre n’est pas mort. Il peut aujourd’hui porter du 40 Gbit/s, car la normalisation a évolué de ce côté-là, explique Thierry Besrest. Le 10GBase-T est supporté par les câbles de catégorie 6a alors qu’arrive la catégorie 8.1 qui permet de supporter le 40Gbase-T. Le débit possible sur le cuivre augmente donc, même s’il n’y a pas encore de solution 100 Gbit/s sur cuivre. Mais des groupes de travail planchent dans cette direction. Néanmoins, la limite du 40Gbase-T est de 30 mètres, soit 26 mètres permanents et 2 mètres de cordon de chaque côté. »

 

Si le passage au 40 Gbit/s sur cuivre est intéressant, cette contrainte forte sur la longueur des segments pousse les entreprises à limiter le cuivre au niveau des rangées de baies, les « In-Rows ». La fibre interconnecte les rangées, tandis qu’on passe au cuivre au bout de la rangée de racks ou en partant du milieu de la rangée (middle-row) – en connectant chaque baie en partant de ce point. « Le cuivre se cantonne aujourd’hui sur le In-Row et plus du tout au niveau inter-rangées ou inter-salles où l’on ne trouve plus que de la fibre optique », confirme l’expert.

La fibre progresse aussi dans les « petits » datacenters

Les datacenters de taille plus réduite utilisent beaucoup la fibre multimode, les entreprises abandonnant peu à peu l’OM3 pour aller de plus en plus vers l’OM4, alors que l’OM5 est aujourd’hui normalisé. Les nouvelles technologies nous amènent des solutions plus économiques et plus pérennes.

Les fibres monomodes plus performantes en matière de portée restent plus chères à l’achat, même si les investissements massifs des grands acteurs du Cloud tirent les prix des matériels actifs vers le bas. « Certains estiment que demain il y aura de la fibre monomode partout. La fibre multimode reste intéressante sur des liaisons courtes, dans des datacenters de taille raisonnable, de quelques milliers de m2. Le prix des technologies est divisé par deux tous les 24 mois, et c’est vrai aussi sur l’optique. Plus le marché grandit, plus les matériels actifs, plus les fibres sont produites en volumes importants et plus cela devient acceptable pour les entreprises économiquement parlant. »

Multiplier le nombre de fibres pour préparer l’avenir

Alors que le cycle de renouvellement des serveurs et systèmes de stockage est de l’ordre de tous les 3 ans, le cycle de construction/rénovation d’un datacenter est beaucoup plus lent et l’infrastructure réseau d’un centre de données doit être capable d’encaisser une montée en puissance des applications qui va parfois bien au-delà des prévisions.

L’infrastructure calculée aujourd’hui doit pouvoir rester pertinente dans 4/5 ans et parmi les variables d’ajustement à la disposition des architectes réseau figurent le multifibre et la connectique MTP.

« Quand on a déployé sur 2 fibres pour faire du 10G, il reste possible de faire évoluer l’infrastructure optique sans devoir tout casser. Cela nécessite de mener une vraie réflexion autour de l’installation existante et définir ce qui pourra amener à faire évoluer cette infrastructure vers le 40 Gbit/s ou le 100 Gbit/s. Si on part directement sur 24 fibres, prendre 12 fibres pour faire 6 canaux à 10G ou bien faire 3 liaisons à 40G. On va jongler sur la mise en place d’un certain nombre de fibres optiques pour faire du x fois 10G puis x fois 40G ou x fois 100G en travaillant par multiples de 8 fibres, avec des multiples de 2 pour le 10G, des multiples de 8 pour le 40G. C’est tout l’intérêt de mettre une quantité importante de fibres optiques. »

Quant au coût initial d’une telle quantité de brins, notre intervenant souligne que les frais d’installation représentent 60 % du budget d’installation du réseau d’un datacenter, contre 40 % pour le coût du matériel. Les responsables ont donc tout intérêt à anticiper les besoins avec la mise en place d’un nombre de fibres important pour optimiser le coût de mise en œuvre et préparer l’avenir.