Reporters sans frontières s’attaque aux éditeurs d’outils de filtrage

Régulations
Censure, filtrage © Ollyy - Shutterstock

RSF pointe du doigt les “mercenaires de l’ère digitale”. Ceux qui développent des logiciels pouvant être utilisés pour la surveillance en ligne et la cybercensure.

Hier se tenait la journée mondiale contre la cybercensure. L’occasion pour Reporters sans frontières (RSF) de publier un rapport dédié à la surveillance… et de s’attaquer par la même occasion aux éditeurs d’outils de filtrage.

L’organisation recense les États menant une politique de surveillance en ligne systématique associée à de graves violations des droits de l’homme, explique ITespresso.frEt les infractions portant à l’atteinte de la liberté de la circulation de l’information dans le monde sont nombreuses.

À la date du 12 mars 2013, 1800 « Net-citoyens » sont détenus pour leurs activités d’information en ligne (journalistes, citoyens-journalistes et dissidents).

Pour cette édition 2013, RSF considère que cinq pays sont à considérer comme les pires ennemis de l’Internet en raison des moyens électroniques d’espionnage mis en place visant à réprimer l’opposition et la dissidence politiques : Syrie, Chine, Iran, Bahreïn et Vietnam.

Des États traditionnellement réputés pour la censure exercée localement.

Lutter contre les mercenaires de l’ère digitale

Plus original, RSF publie pour la première fois une liste de cinq entreprises qui sont considérées comme des « mercenaires de l’ère digitale » ayant contribué à l’espionnage d’État par voie électronique.

On y trouve cinq fournisseurs de solutions de filtrage de contenus Internet : Gamma (Royaume-Uni), Trovicor (Allemagne), Hacking Team (Italie), Blue Coat (États-Unis) et Amesys (filiale du groupe français Bull).

À l’origine, ses outils sont légitimes pour des clients d’entreprise. Mais lorsqu’ils tombent dans les mains de régimes autoritaires, ils deviennent des armes de répression contre la contestation.

Et la question est de savoir dans quelle mesure ces fournisseurs de solutions IT étaient conscients de la finalité des outils mis en place.

Un exemple concret : Amesys

Le magazine Alternatives Economiques a récemment publié une enquête sur le « marché profitable de la cyber-répression ».

Il rappelle qu’en septembre 2011, après la chute du colonel Kadhafi en Libye, on a découvert dans les quartiers généraux de l’ancien dictateur un contrat signé en 2007 avec la société française d’ingénierie informatique Amesys.

En particulier un système d’interception des e-mails et de surveillance des messageries instantanées telles que MSN. Ce dispositif, baptisé Eagle, aurait permis l’arrestation de milliers d’opposants.

Ce contrat avec Amesys portait sur la vente de ce moyen de contrôle et de répression des citoyens libyens, mais aussi sur un support d’assistance technique.

Des organisations comme la FIDH et la LDH ont porté plainte contre Amesys pour « complicité de crimes de tortures » au profit du régime libyen de Mouammar Kadhafi. En mai 2012, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris.

Précisons que deux mois plus, Bull annonçait qu’il avait signé « un accord d’exclusivité pour négocier la cession des activités de sa filiale Amesys relatives au logiciel Eagle, destiné à construire des bases de données dans le cadre d’interception légale sur Internet ».

Jugeant que « cette activité n’est pas stratégique pour le groupe » (sic).

Un autre exemple : Blue Coat

RSF s’intéresse à l’autre cas de la Syrie : les solutions de type analyse approfondie des contenus (Deep Packet Inspection ou DPI en anglais), développées par l’éditeur IT américain Blue Coat, favorisaient l’espionnage de dissidents et opposants au régime de Bachar al-Assad.

Les lignes bougent sur le front politique en France et en Europe. En présentant récemment sa feuille de route pour le numérique, le gouvernement a assuré qu’elle contrôlera l’exportation des outils de surveillance et de contrôle d’Internet.

« La France a déjà proposé à ses partenaires européens que l’exportation de tels outils soit soumise à autorisation en les inscrivant sur la liste des matériels contrôlés au titre de la réglementation européenne relative aux biens à double usage, et le Gouvernement français y travaille activement », peut-on lire dans le dossier de presse.

De son côté, à la fin de l’année dernière, le Parlement européen préconise que l’UE « interdise l’exportation de technologies de l’information vers des régimes répressifs susceptibles de les utiliser pour censurer l’information, mener des actions de surveillances de masse et traquer les déplacements des individus ».

Reste à savoir comment ces mesures vont se concrétiser dans la réglementation.

Crédit photo : © Ollyy – Shutterstock


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