Le Top 10 de l’IT de l’année 2014

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L’année 2014 touche à sa fin et il est l’heure de dresser un bilan. La rédaction de Silicon.fr a choisi 10 sujets qui ont animé le monde de l’IT toute cette année.

Difficile de choisir les sujets les plus pertinents qui ont rythmé l’année 2014. Pour autant, la rédaction de Silicon.fr a listé 10 sujets qui ont été au cœur de l’actualité de cette année.

1- La montée irrésistible de Docker

Le concept de conteneur, un ensemble renfermant une logique applicative avec ses dépendances, n’a rien de nouveau : il a été inventé chez Sun – aujourd’hui dans le giron d’Oracle – voici une quinzaine d’années. Mais il prend, à l’ère du Cloud, un sens nouveau, car il permet de déplacer simplement des charges applicatives d’un environnement à l’autre. C’est cette conjonction entre une technologie Open Source et un besoin devenu central pour le développement du Cloud qui explique le succès rapide de Docker. «  Ma théorie personnelle, c’est que Docker était au bon endroit, au bon moment et répond à une tendance qui le dépasse largement », expliquait récemment Solomon Hykes, le co-fondateur de cette société… née en France avant de traverser l’Atlantique faute de financement adéquat.

L’angle d’attaque de Docker ? Libérer les développeurs de la contrainte de trouver des mécanismes permettant de bâtir des applications toujours disponibles, tout en fournissant aux gestionnaires d’infrastructures une technologie capable de supporter davantage d’instances par serveur qu’un hyperviseur classique. L’intérêt dont bénéficie cette start-up témoigne de cet engouement à la limite de l’irrationnel pour une technologie encore jeune (mais déjà téléchargée… 67 millions de fois !). En quelques mois, la petite société a bénéficié de l’appui de ténors comme IBM, Microsoft ou Google. Sans oublier de rafler au passage 40 millions de dollars pour accélérer son développement, via la mise sur le marché d’outils de clustering, de composition d’environnements (permettant de répartir une charge applicative sur plusieurs conteneurs) ou de gestion de la sécurité. Car si la société Docker a réussi en quelques mois à populariser le concept de conteneurs – au point de susciter la naissance des concurrents, comme Rocket de CoreOS -, elle doit encore s’inventer un modèle économique viable.

2-La suprématie d’OpenStack dans le Cloud privé

La plateforme Open Source de Cloud privé est devenue l’acteur incontournable sur le marché avec un chiffre d’affaires estimé à 3 milliards de dollars en 2018. Tous les grands acteurs se sont rangés sous la bannière OpenStack et ont créé leur propre distribution de la plateforme, HP Helion, IBM, etc. Certains craignent l’apparition d’une fragmentation d’OpenStack qui poserait des problèmes d’uniformité. Même les plus réfractaires s’y mettent, comme VMware ou Oracle. La Fondation, elle, continue la publication semestrielle de ses mises à jour avec IceHouse et Juno qui apportent maturité, stabilité et fonctionnalités

En devenant plus orienté entreprise, OpenStack et les compétences ad hoc se monnayent chères comme le montre le rachat du français eNovance par Red Hat pour un montant de 70 millions de dollars. Mirantis, un spécialiste de la solution Open Source a levé 100 millions de dollars. Le décollage d’OpenStack contribue également à la création d’un écosystème d’entreprises capables d’administrer, de gérer et de déployer rapidement des environnements Cloud. EMC a acquis CloudScaling et Cisco s’est emparé de MetaCloud. Les équipements télécoms, Nokia ou Ericsson veulent participer à cette mutation et accompagnent les entreprises dans la virtualisation de leurs réseaux. Le succès d’OpenStack marque la reconnaissance des travaux de la communauté Open Source dans le marché du Cloud avec l’essor de multiples outils. Nul doute que 2015 sera encore une année importante pour OpenStack.

3-Décollage de la 4G/LTE

2014 aura assurément été l’année de la 4G. En France du moins où le marché s’apprête à franchir les 10 millions d’abonnés moins de deux ans après les premières offres et malgré la disparité de la qualité et du réseau ou encore les problèmes d’interférence avec la TNT. Si les Etats-Unis et certains pays d’Asie comme la Corée ont été précurseurs sur le très haut débit mobile, son adoption se généralise à l’échelle planétaire. Le nombre d’abonnés 4G devrait ainsi passer de 445 millions en 2014 à 1,5 milliard en 2016 selon Digitimes Reseach. Fin 2014, 350 réseaux 4G opèrent dans plus de 110 pays. Les ventes d’équipements LTE connaîtront un pic en 2015 avant que la 4G+, voire la 4,5G, prennent le relais pour la transition vers la 5G.

Une transition portée par les technologies d’agrégation du LTE-Advanced que poussent les équipementiers comme Nokia, Huawei ou le précurseur Ericsson coté réseau, et la VoLTE et la vidéo broadcast principalement côté usages. En France, Bouygues Telecom a d’ores et déjà annoncé le lancement de la Voix sur LTE pour 2015. D’autres modèles, autour des objets connectés, des agrégateurs de contenus et des fournisseurs d’applications, permettront aux opérateurs de renouveler le modèle tarifaire et dégager de nouvelles marges, avance Didier Pouillot de l’Idate. La 4G génèrera 51% du trafic mobile mondial en 2018 selon Cisco. Ce serait bien un monde si les opérateurs n’étaient pas capables d’en tirer profit. En attendant, la 4G s’immisce partout, même sous la Manche, dans le métro parisien et bientôt dans les avions.

4-L’Internet des objets, un eldorado sur médiatisé

L’acquisition de Nest par Google pour 3,2 milliards de dollars en tout début d’année est probablement l’opération la plus emblématique de 2014 pour souligner les enjeux de l’Internet des objets (IoT). Au-delà des thermostats intelligents, l’IoT s’inscrit comme un nouveau levier de croissance aux yeux des analystes. Pour Olivier Mével (Enero) comme pour Pierre-Philippe Cormeraie (BPCE), les objets connectés vont révolutionner le fonctionnement de l’entreprise.

De fait, tout le monde s’y met où s’y renforce. Intel a récemment dévoilé sa plate-forme de développement tandis que sa filiale Wind River a mis à jour son OS pour sécuriser les objets connectés. De son côté, ARM élabore son OS dédié tout comme Microsoft qui propose une version de Windows déclinée pour l’IoT et, surtout, une offre Cloud sur Azure. Même Blackberry y plonge avec son projet Ion.

Le marché amorce sa construction avec ses inévitables guerres de clans. D’un côté la AllSeen Alliance entrainée par Qualcomm et rejointe par Microsoft, de l’autre Open Internet Consortium sous l’aile d’Intel avec Google en arbitre.

Bref, cette lame de fond pousse les gouvernements à s’en mêler d’autant que l’IoT pourrait générer jusqu’à 131 milliards d’euros d’économies au secteur public. L’Arcep a ouvert une consultation publique sur l’utilisation libre de nouvelles bandes de fréquences afin de mieux accueillir l’Internet des objets. Une consultation qui devrait intéresser la start-up toulousaine Sigfox sur les rangs avec une technologie de réseau cellulaire bas débit dédié au monde des objets connectés. A condition qu’elle survive. Si la moitié des solutions dédiées à l’IoT sera produite par des start-up, peu survivront prédit le Gartner. Seule certitude, l’IoT viendra alimenter le Big Data, avance Fabrice Bouillot de Sogeti. Il ne sera pas contredit par Orange qui mise également sur les objets connectés comme levier de croissance. L’internet de tout, comme le définit Cisco, constituera à n’en pas douter l’une des 10 tendances technologiques qui vont marquer l’année 2015, selon le Gartner.

5-Le chiffrement s’impose progressivement

Pour le chiffrement, il y a eu un avant et un après Snowden. Les révélations du célèbre lanceur d’alertes sur les écoutes massives de la NSA américaine – et la complicité avérée des grands noms de l’informatique à certains programmes de l’agence – ont causé un électrochoc chez les utilisateurs. Obligeant les prestataires à prendre des mesures pour restaurer la confiance que les utilisateurs accordent à leurs solutions. La principale réponse des Google, Apple, Facebook, Google et autres ? La généralisation du chiffrement, censée protéger les communications des utilisateurs. Dans la lignée de la généralisation du chiffrement entre les datacenters (des liens qui avaient été écoutés massivement par la NSA selon les documents Snowden), l’année 2014 a vu se multiplier les annonces, souvent sur des services utilisés quotidiennement par les utilisateurs.

C’est finalement Google qui a envoyé les signaux les plus forts, annonçant tout d’abord son intention de privilégier à l’avenir le référencement des sites HTTPS. Vu le poids de Mountain View dans la recherche, il s’agit là d’un marqueur déterminant pour les acteurs du Web. Autre décision clef : le chiffrement par défaut des contenus dans la version prochaine d’Android (le premier OS mobile dans le monde) et l’annonce d’un futur plug-in de cryptage des e-mails dans Chrome (le navigateur le plus utilisé). La démarche de Google a été imitée par Apple, qui a également annoncé le renforcement des options à disposition de ses utilisateurs, leur permettant de chiffrer la plupart de leurs données personnelles. Au point que le FBI américain s’est inquiété des décisions d’Apple et Google qui empêcheraient les services d’enquête d’accéder facilement aux données stockées sur les terminaux mobiles. Réelle inquiétude ou simple écran de fumée ? La protection de la vie privée est en effet devenue le dernier argument marketing à la mode des industriels de l’IT tandis que les agences de renseignement ont, elles, tout intérêt à laisser accroire que leurs capacités d’écoute sont amoindries.

6-L’inexorable convergence des OS desktop et mobile

Il y a encore quelques années, le monde du PC et celui des mobiles ne se parlaient pas. Aujourd’hui, avec le développement des tablettes et des ultrabooks, la donne a changé et les constructeurs et éditeurs se posent la question de la convergence entre les OS mobiles et PC. Le premier a adopté cette stratégie est Apple qui touche après touche intègre des fonctionnalités disponibles aussi bien sur iOS que sur MacOS X. La dernière version, Yosemite de Mac OS X comprend une fonctionnalité baptisée continuité qui permet de passer et recevoir des appels sur un iPhone et de continuer cette communication sur son Mac.

Et la concurrence suit cette orientation. Ainsi, Google a modifié son organigramme pour organiser la convergence entre Chrome OS et Android. La firme avait déjà commencé par le portage des apps Android sur son OS PC. Des tests de design sur le futur de Chrome, baptisés projet Athena, montrent la convergence entre les deux systèmes d’exploitation. Il en est aussi question pour le concept Flow de Samsung qui porte les différentes applications sur PC, tablettes, smartphones et accessoires connectés. Même Microsoft va dans la direction de la convergence et non de la fusion des OS avec Windows 10 qui sera capable de s’adapter aux différents types de terminaux.

7-Numericable le tycoon des télécoms à l’assaut de l’Europe 

Pour une fois, ce n’est pas Free qui a fait l’actualité française des télécoms en 2014 (malgré un forfait 4G au prix de la 3G) mais Numericable. Le câblo-opérateur, relativement effacé sur le marché des télécoms, s’est illustré en rachetant SFR, un acteur juste cinq fois plus gros que lui, pour la modique somme de 13,5 milliards d’euros. Une opération qui a tenu le secteur en haleine alors que Numericable a livré bataille avec Bouygues Telecom qui a fait monter les enchères. Et les enjeux. Au-delà des affaires de gros sous, la question s’est déplacée sur le terrain des emplois dans lesquels le ministre Montebourg du Redressement productif (à l’époque) s’était montré d’autant plus vigilant qu’il privilégiait l’option Bouygues. Si les syndicats en sont ressortis « gagnants » en obtenant le maintien des emplois pendant trois ans, les dirigeants de SFR ont pour leur part rapidement été débarqués. Le meilleur moyen, aux yeux du propriétaire Patrick Drahi de faire de SFR-Numericable un champion national. Une stratégie qui passera par la convergence fixe-mobile dans le très haut débit combinée à un ensemble de synergies sur les marchés grand public comme entreprise. Synergies qui entraîneront leurs lots d’économies. Numericable entend notamment diviser par plus de trois les coûts de la DSI de SFR. SFR n’aura pas été le seul succès de Numericable en France. Moins spectaculaire, le câblo avait à peine signé avec Vivendi qu’il mettait la main sur Virgin Mobile et ses deux millions de clients.

Derrière Numericable se profile en fait la figure de Patrick Drahi, investisseur devant l’éternel qui, avec son groupe Altice, est en train de bâtir un véritable empire des télécoms en Europe. Outre la France, Altice est présent en Israël (avec HOT), en Belgique et Luxembourg (Coditel), aux Caraïbes (Tricom/Orange Dominicana, OMT/Le Cable) et au Portugal (Cabovisao, Oni). C’est d’ailleurs dans ce dernier pays que Patrick Drahi vient de conclure sa plus grosse acquisition après SFR en rachetant Portugal Telecom au Brésilien Oi pour 7,4 milliards d’euros. 2014, une année à plus de 21 milliards pour Altice.

8-Données personnelles : Le droit à l’oubli acté en Europe

La date du 13 mai 2013 marque un tournant dans la protection des données personnelles en Europe avec un arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne qui officialise sous certaines conditions le droit à l’oubli numérique. Premier visé dans cette affaire, Google a rapidement réagi en se dotant d’un formulaire pour les demandes de suppressions de lien. La firme de Mountain View a par ailleurs mis en place une commission composée de dirigeants de Google, mais aussi d’universitaire pour valider ou non les demandes. Et ces requêtes ont afflué pour atteindre aujourd’hui 170 000 demandes, dont 50 000 émanant de la France. Une méthode de validation qui déplait aux CNIL européennes, car dans les seules mains de Google. Elles ont donc planché en cette fin d’année sur des critères communs pour demander le retrait des liens.

Elles se sont aussi prononcées pour une extension du droit à l’oubli sur le .com et pas uniquement sur les moteurs de recherche avec des extensions géographiques. En plus de Google, Microsoft et Yahoo ont proposé eux aussi leur formulaire pour demander la suppression des liens sur leur moteur de recherche. Pour autant, ce droit à l’oubli ne satisfait pas tout le monde. Wikimedia par exemple craint que ce droit génère des trous de mémoire sur le Net. Larry Page, co-fondateur de Google, estime qu’il peut y avoir des excès de protection des données personnelles. Il reste maintenant à l’Union européenne de formaliser ce droit à l’oubli dans le futur règlement sur la protection des données qui a été voté en première lecture et qui attend son deuxième passage en 2015.

9-Le stockage flash, une redistribution des cartes

Dans le domaine du stockage, l’année 2014 a été marquée par la montée en puissance des solutions intégrant de la mémoire flash. Plus rapide pour des applications de plus en plus gourmandes en ressources et des prix qui commencent à être maîtrisés par rapport aux disques traditionnels, des raisons qui ont permis à ce type de stockage de devenir le centre d’intérêt de plusieurs acteurs. Les premiers concernés sont les fabricants de disques durs qui ont tout intérêt à monter sur ce marché. Ainsi, Seagate a fait l’acquisition des activités flash d’Avago qui comprennent notamment les célèbres contrôleurs SandForce, SK Hynix a récupéré les cartes accélératrices de Violin Memory, SanDisk a mis la main sur Fusion-IO et plus récemment Western Digital s’est offert Skyera, Les grands acteurs du stockage ne sont pas en reste comme EMC avec l’acquisition de DSSD pour promouvoir le Rack Scale Flash Storage.

Si la Silicon Valley est toujours bouillonnante sur le stockage flash, les firmes traditionnelles montent en gamme et présentent des solutions 100% flash. EMC a dévoilé sa baie XtremeIO full flash, tout comme HP avec sa baie 3Par Storserv 7440c qui a la particularité d’être modulaire ou hybride (SSD et HDD). Les Vblock de VCE embarquent également des solutions full flash pour optimiser leurs performances. Les technologies flash évoluent, Samsung a présenté une carte PCIe de 3,2 To et Intel prédit des SSD de 10 To avec de la flash 3D NAND. Il reste maintenant à convertir les entreprises à basculer sur ces évolutions, certaines ont déjà sauté le pas, mais l’évangélisation reste à faire.

10-SSII Françaises : enfin des regroupements

Après des années d’attentisme, qui s’explique largement par la faible valorisation de ces sociétés dissuadant leurs possesseurs de chercher des rapprochements, les positions bougent enfin parmi les SSII françaises. Au printemps, ce sont deux fleurons des services français, Sopra et Steria, qui ont dévoilé leur projet de rapprochement, une fusion qui sera effective le 31 décembre. Officiellement, il s’agit d’une fusion entre égaux visant à créer un nouveau poids lourds dans les sociétés de services, se positionnant dans le top 3 ou top 4 tricolore. Dans les faits, il s’agit purement et simplement d’un rachat de Sopra par Steria, même si François Enaud, l’actuel patron de la dernière de ces deux SSII, prendra officiellement la direction opérationnelle du groupe. Une façon pour Pierre Pasquier, le co-fondateur de Sopra âgé de 78 ans, de se trouver un successeur tout en conservant le contrôle du groupe.

Quelques semaines plus tard, c’est Atos, qui était lui aussi intéressé par le rachat de Steria, qui annonce le rachat d’une autre marque emblématique de l’informatique hexagonale : Bull. Thierry Breton, le dirigeant d’Atos, justifie cette acquisition par les positions qu’occupera le nouveau groupe sur trois des moteurs actuels de la dépense IT : la sécurité, le Big Data et le Cloud. Dans les faits, le rachat de Bull permet aussi à Atos de défendre ses positions en France, où la SSII est en grande difficulté. Notamment en occupant une position clef dans le secteur public (le nouvel ensemble en serait le leader selon les calculs de Pierre Audoin Consultants). Un domaine où Atos devra batailler face notamment à Capgemini et… Sopra-Steria. Autant de SSII qui ont été visées, début décembre, par une enquête de l’Autorité de la Concurrence, enquête au cours de laquelle de bureaux ont été placés sous scellés et des ordinateurs saisis. Simple hasard ?

Crédit Photo : Pavel Ignatov-Shutterstock

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