Le régulateur va procéder à une nouvelle mesure du réseau de Free Mobile

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Face aux polémiques sur la désactivation supposée du réseau de Free Mobile, l’Arcep entend procéder à de nouvelles vérifications. Tout en rappelant qu’aucun opérateur ne le demande directement.

« Un nouveau réseau de téléphonie mobile représente une opération complexe qui peut nécessiter des réglages et des mises au point », rappelle l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) dans un communiqué daté de vendredi. Le régulateur évoque bien évidemment le cas de Free Mobile qui a lancé ses offres, avec le déchaînement médiatique que seul le trublion du Net (et du mobile aujourd’hui) sait mettre en œuvre, le 10 janvier dernier avec des offres hyper compétitives. À savoir un forfait à moins de 20 euros pour de la voix illimitée et 3 Go de données ; et un forfait « tarif social » à 2 euros pour 60 minutes de voix et autant de SMS, jusqu’à ce jour unique sur le marché.

Des offres qui n’ont pas manqué de provoquer leurs lots de réactions… et d’accusations pas toujours fondées. Free Mobile s’est ainsi vu accuser de ne pas respecter ses obligations de couvertures ou, pire, de n’avoir pas activé son réseau d’antennes mobiles et de profiter de l’accord d’itinérance signé avec Orange (pour couvrir la zone du territoire non couverte par le réseau de Free). L’Arcep souligne néanmoins avoir toléré des retards de couverture du réseau 3G pour les opérateurs en place, suite à l’attribution des licences en 2001 et 2002.

Dans le cas du nouvel arrivant, l’Autorité rappelle ainsi qu’elle a effectué quelque 10 000 mesures sur le terrain entre novembre et décembre 2011 afin de vérifier que Free couvrait bien 27 % de la population, condition sine qua non pour le lancement de son offre commerciale et l’application de l’accord de roaming avec Orange (accord qui, selon ce dernier, devrait lui rapporter entre 1 et 1,5 milliard d’euros sur la période). Mesures effectuées selon une méthode de vérification « strictement identique à celle utilisée, dans les mêmes circonstances, pour les autres opérateurs ». Difficile de pouvoir accuser l’Arcep de négligence à l’égard de la filiale d’Iliad dans ses conditions.

Aucun opérateur n’attaque Free directement

Néanmoins, face aux doutes émis sur l’activation réelle des antennes de Free mobile, et sous la pression médiatique, le régulateur entend procéder à une nouvelle vérification du réseau du nouvel entrant. L’Arcep va « demander à la société Free Mobile d’actualiser les informations relatives à l’état de son réseau, incluant notamment une liste des sites installés, des sites effectivement activés, et des motifs qui auraient pu la conduire, le cas échéant, à l’extinction de certaines stations de son réseau ». En fonction des éléments requis et des analyses qui en découleront, le régulateur engagera une nouvelle vérification sur le terrain selon la méthode habituelle. Il s’agira d’une nouvelle mesure sur le réseau actuel de Free et non celui déclaré en novembre, insiste le régulateur.

Autant d’accusations dont Xavier Niel s’est défendu devant les députés de la commission des affaires économiques de l’Assemblé nationale. Il réclame également l’élargissement du volume de traitement des demandes de portabilité des numéros mobiles qui, limité à 40 000 cas quotidiens, ne permet pas à Free de répondre à l’afflux des inscriptions. L’Arcep précise par ailleurs qu’aucun opérateur n’a directement saisi l’Autorité, mais seulement les syndicats des trois opérateurs mobiles historiques.

Alors que les syndicats s’inquiètent pour les risques sur l’emploi que ferait peser cette concurrence jugée déloyale, les opérateurs qui n’ont cessé de délocaliser leurs centres d’appels ces derniers temps se sentent probablement un peu gênés aux entournures pour attaquer Free sur ce terrain (d’autant que celui-ci déclare avoir créé plus de 1000 emplois avec sa branche mobile). Et si des suppressions d’emplois sont évoquées pour après la présidentielle, Free est un argument tout trouvé pour les justifier. Dans tous les cas, les mesures de l’Arcep devraient mettre un terme aux polémiques sur le respect des engagements techniques de Free Mobile.

Deux modèles économiques

L’onde de choc de la bombe Free Mobile n’en poursuit pas moins sa propagation. Après avoir aligné son forfait voix illimité low cost B&You sur celui de Free, l’opérateur a annoncé, en fin de semaine, un réajustement de ses forfaits Eden, notamment. Orange et SFR ont, avec Sosh et Red respectivement, également revus leurs offres à la baisse. Mais ils peuvent se le permettre dans la mesure où ces offres, dites low cost, ne bénéficient pas du support habituel, notamment celui du réseau de boutiques.

Selon Richard Viel, directeur délégué de Bouygues Telecom, « Il existe clairement deux modèles économiques ». Sous-entendu, l’offre « boutique » n’a pas les moyens de s’aligner sur les prix de Free. Stephane Richard, le patron d’Orange, n’a pas dit autre chose en annonçant qu’il « ne s’alignera pas sur l’offre de Free Mobile ».

Il n’en reste pas moins qu’en moins de trois semaines, Free Mobile a provoqué un réajustement des offres mobiles en France. Un chamboulement qui risque de se poursuivre du côté des opérateurs mobiles de réseau virtuel (MVNO) alors que Free Mobile entend leur présenter ses propres offres prochainement.


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