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Eugène Kaspersky : ‘Oui, la dérive mafieuse est avérée’

Eugène Kaspersky, on le comprend, ne sous-estime pas les attaques et les menaces qui pèsent sur le réseau Internet.

Originaire de Russie, sa société s’est concentrée sur ses acquis technologiques. Elle a dû améliorer la qualité de son moteur antiviral. Il est aujourd’hui considéré l’un des champions du domaine, dans le monde. « Beaucoup de nos concurrents semblent d’abord travailler sur le marketing, plutôt que sur la technologie » lance-t-il sans complexe. Il a choisi de proposer d’abord une « politique de licence » qui permette d’intégrer souplement sa technologie dans les solutions de sécurité. Kaspersky compte une centaine de partenaires autour du globe, dont des acteurs pourtant considérés au premier plan de la lutte virale, comme FSecure ou même Sibari, l’éditeur récemment acquis par Microsoft. « Nous cherchons à nous appuyer sur un réseau d’experts de l’industrie. Nous nous adressons d’abord aux experts, nous proposons ensuite nos produits« . Pragmatisme aussi dans la démarche commerciale de l’éditeur. Sa priorité s’est tout d’abord portée sur les grands pays européens, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France, avec une présence locale. La conquête du reste de l’Europe est en cours. Et ce n’est que depuis février de cette année le Kaspersky est présent aux États-Unis. Pas trop difficile pour une société russe de s’implanter aux Etats-Unis ? « Notre implantation en Amérique du Nord a pu poser les problèmes par le passé. Mais depuis, la certification de nos solutions par l’administration américaine a été une reconnaissance qui nous permet aujourd’hui de nous implanter. C’est aussi la cas en Corée, au Japon ou en Chine« . En matière de sécurité, Eugène Kaspersky définit quatre axes : « L’antivirus, le firewall pour se protéger des attaques extérieures, l’anti spam et la protection de l’intérieur, sur les réseaux de l’entreprise. Ce dernier axe devient de plus en plus important, et confirme qu’il ne suffit plus de mettre en place des barrières pour se protéger de ce qui est hors de l’entreprise, mais qu’il faut aussi sécuriser de l’intérieur« . Mais la principale tendance identifiée par Eugène Kaspersky c’est la « criminalisation de l’Internet« . Les hackers multiplient aujourd’hui les menaces en adoptant des technologies de plus en plus proches de la chaîne de distribution du Web. Il en est ainsi avec « les zombies pour la diffusion en masse du spam, les Trojan (chevaux de Troie) destinés à placer du code malicieux sur le poste de l’utilisateur et à récupérer des données confidentielles, comme des numéros de téléphone« . « Les adwares sont essentiellement destinés à récupérer des données personnelles du poste sur lequel ils s’installent afin d’alimenter des bases de données qui seront revendues ensuite, ce qui présente un modèle économique consistant pour les mafias du Web« . Reste le cas particulier des smartphones. Pour Eugène Kaspersky, la menace est grande, même si elle reste actuellement au niveau de l’expérimentation de concept (proof of concept). « C’est le même business criminel, qui ne s’est pas encore développé parce que le marché n’a pas encore atteint une masse critique. Lorsque le prix des smartphones aura suffisamment baissé, qu’il y aura suffisamment d’appareils sur le marché, les attaques se multiplieront sur les périphériques mobiles ». « C’est l’exemple de l’électricité. À l’origine, cette technologie présentait des risques limités. Aujourd’hui, tout le monde est équipé et les menaces concernent tout le monde. Au niveau des technologies, ce n’est qu’une question de temps, car nous évoluons vers le ‘tout computing’. La création génère des erreurs, qui appellent à des corrections« . « C’est la même chose pour Linux, qui ne dispose pas encore véritablement de technologies sans fil. À l’inverse, ce sont les parts de marché de Microsoft qui ont attirées les hackers« . Et que penser de l’approche proactive de la sécurité des systèmes ? « La proactivité, ce n’est pas nouveau ! Elle concerne les sub-technologies, avec les services de détection des routines. Mais au niveau des hackers, il y a les génies qui sont capables de passer toutes les protections et il y a les hackers stupides, et c’est contre ces derniers que nous nous protégeons en étant proactif« . Et lorsque l’on évoque notre vision occidentale de la Russie source des menaces virales, Eugène Kaspersky nous rappelle avec le sourire qu’aujourd’hui « les principales menaces viennent de Chine, puis d’Amérique latine, et seulement en troisième de Russie et des pays de l’Est« .

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