CITE DES SITES: Camille Claudel, la renommée croissante

Régulations

La célébrité de Camille Claudel lui a ôté son prénom. Dépassera-t-elle un jour la renommée de son petit frère? [NB: On peut encore acheter un bronze…]

Selon Google, il y a environ 587.000 mentions qui concernent Camille Claudel ; elle rattrape presque son frère Paul qui totalise 684.000 citations.

Je ne veux pas dire la renommée, mais la célébrité de Camille Claudel est récente et n’a fait que s’amplifier depuis le film de Bruno Nuytten où Isabelle Adjani l’incarnait non sans talent. Je me souviens d’être allé en 1954 à l’exposition Camille Claudel proposée par le Musée Rodin. Joie totale mais faible affluence quoi qu’on dise. À cette occasion, Claudel, Paul, avait écrit un texte admirable qui, malheureusement, n’est pas accessible par Internet ; c’est, hélas ! le cas de tous les écrits et enregistrements du grand poète? Le site http://g.bude.orleans.free.fr/pages/confavan/1984-1985.htm recense précisément les conférences prononcées depuis 1954 au centre Budé d’Orléans et notamment « Camille Claudel et son frère Paul », par Michel Autrand, professeur à l’Université de Paris-Nanterre et Reine-Marie Paris, historienne, petite-fille de Claudel. “M. Autrand a expliqué en préambule les raisons pour lesquelles Camille Claudel est enfin sortie de l’ombre : l’intérêt actuel pour les personnages marginaux (‘une femme, artiste et folle de surcroît‘, quel beau sujet pour les médias !), l’ascension du poète et dramaturge Paul Claudel, le succès en 1984 de l’exposition Camille Claudel au musée Rodin, et surtout l’action de deux femmes, Anne Delbée et Reine-Marie Paris. La première, après avoir monté un spectacle, a consacré à l’artiste un livre qui, en dépit de ses insuffisances et de ses interprétations tendancieuses, a conquis un large public. L’ouvrage de Mme Paris offre en échange une mise au point très sérieuse, avec l’essentiel de la correspondance et de nombreuses références datées. M. Autrand s’interroge sur l’ambiguïté de ce succès crédité du label ‘artiste maudit‘. Certains voient dans cette réhabilitation une condamnation de la famille du poète. Le conférencier se propose de jeter un regard objectif sur la vie du sculpteur, qu’il divise en quatre étapes ; à chacune de celles-ci, Mme Paris a commenté l’?uvre en montrant son évolution, notamment par rapport à l’?uvre de Rodin. Première étape: l’enfance provincialeLa première étape va de 1864 à 1882 : c’est l’enfance provinciale et austère dans le bourg de Villeneuve-en-Tardenois, où vit la famille Claudel, une famille renfermée, repliée sur elle-même, pleine ‘d’un orgueil farouche et hargneux‘. L’aînée des enfants, la jeune Camille, a une volonté de fer ; elle a décidé que sa cadette Louise serait musicienne, que Paul, de quatre ans plus jeune, serait un génie littéraire, et qu’elle serait un grand sculpteur. Aussi, elle convainc sa mère qui s’installe à Paris en 1882 avec ses enfants et la voilà qui fréquente l’atelier d’un sculpteur parisien, Alfred Boucher. C’est de cette époque – que Mme Paris appelle l’époque d’avant Rodin – que datent les premières ?uvres de Camille : des figurines de terre cuite aujourd’hui perdues, les deux bustes de Paul en jeune romain, dont le second, d’excellente facture, fait penser à un Donatello, et cette remarquable tête burinée appelée la ‘Vieille Hélène‘ (leur servante) qui annonce déjà l’un des grands thèmes du sculpteur : celui de la vieillesse et de la mort. Deuxième étape: la vie parisienne La deuxième étape va de 1882 à 1893 ; M. Autrand l’intitule ‘dix ans de vie parisienne‘. Le jeune Paul souffre dans son ‘bagne’ du lycée Louis-le-Grand ; il a perdu la foi, sous l’influence de Camille, lectrice de Renan. C’est à ce moment que les destins de Paul et de Camille se séparent : pour le frère, c’est la conversion à Notre-Dame, mais ce qu’on sait moins, c’est qu’il attendra deux ans avant de pratiquer, tant il craint l’ironie de sa s?ur ! Reçu au concours des Affaires étrangères, il part aux États-Unis et c’est la rupture. Pour Camille, le drame, c’est son aventure avec Rodin, que Boucher lui présenta. Ses rapports avec le maître, on le sait, furent orageux et, vers 1895, elle finira par rompre : une catastrophe dont elle ne se remettra jamais. De cette période datent, selon Mme Paris, les ?uvres majeures, comme la ‘Tête de brigand‘, où l’influence de Rodin est visible, et surtout le groupe intitulé ‘Sacountala‘, de 1905, une ?uvre magistrale, et même de facture supérieure au fameux ‘Baiser‘ qui lui ressemble. La ‘Valse‘ témoigne d’un sens aigu du geste ; par ses arabesques, elle annonce l’art nouveau. Troisième période: la vie séparée La troisième période, qui s’étend de 1893 à 1913, pourrait s’appeler, selon M. Autrand, ‘vingt ans de vie séparée‘. En effet, pour Paul, c’est la Chine, la rencontre avec celle qui deviendra l’Isé du Partage de Midi, la rupture, puis le mariage et la ‘carrière’. Pendant quatorze ans, il a à peu près perdu sa s?ur de vue : il y eut bien quelques rares visites, comme celle que rapporte Jules Renard dans son Journal et qu’il qualifie, avec l’ironie qu’on lui connaît, de ‘soirée fantomatique’. Camille a fait le vide autour d’elle ; elle est obsédée par la peur de se faire voler par ‘la bande à Rodin‘ ; elle réclame sans cesse de l’argent à sa famille. M. Autrand lit à ce sujet une lettre du père, qui, avec une verve étonnante de la part d’un homme de 83 ans, se plaint des demandes de ‘cette folle enragée‘ et qui conclut à l’adresse de Paul : ‘En t’occupant de Camille, tu me rends le plus grand service’. Celui-ci, à son retour en France, s’exécute et constate les dégâts : Camille n’est plus qu’une vieille femme enlaidie, énorme, le visage ravagé, et qui vit dans un dénuement total. Cependant, rappelle Mme Paris, avant sa déchéance, elle a eu le temps de réaliser de très belles choses, comme la ‘Clotho‘ ou ‘Persée et la Gorgone‘, véritables ‘monuments dédiés à la Mort‘, ou ce buste de fillette en marbre, chef-d’?uvre de grâce qui évoque la Renaissance italienne (La petite châtelaine). De cette dernière époque datent les deux ?uvres les plus admirées à la récente exposition, ‘Les Causeuses‘ et ‘La vague‘ en bronze et onyx, qui témoignent de sa rupture esthétique avec Rodin. A partir de 1905, la production se fait plus rare (La Fortune, La joueuse de flûte, Niobé) ; et en 1907 la vie artistique de Camille s’achève. En effet, en 1913, à 49 ans, elle entre, sur la décision de sa mère, dans une maison de santé ; son état est jugé dangereux par manque de soins et de nourriture. Là commence la dernière période, la plus longue, celle de ‘trente ans d’internement‘ ; pour Paul, trente ans de visites régulières à celle qu’il appelle ‘la séquestrée‘. Pour évoquer ces tristes années, M. Autrand lit quelques extraits de ses lettres. Aucune trace de folie dans cette correspondance, mais de l’émotion ou du pittoresque, comme dans ce billet où elle évoque des disputes avec Rodin et son ‘ménage à trois’ pour terminer par une demande de ‘biscuits de chez Félix Potin’ ! Aucune amertume à l’égard des siens : quand elle parle de sa mère (qui a eu pourtant des mots très cruels envers elle), elle loue ‘sa modestie et son sentiment du devoir’. A Paul, elle prodigue ses remerciements pour son aide financière (ce qui coupe court à une légende) et manifeste son admiration. Ses derniers mots seront pour lui ; et Paul notera dans son journal : ‘Amer regret de la voir si abandonnée?‘ Des années plus tard, il manifestera encore son remords : ‘Quand je pense à elle, toujours ce même goût de cendre dans la bouche?‘ Devant ce douloureux problème humain, M. Autrand conclut fermement à la non-culpabilité absolue du frère et de la famille. Du point de vue littéraire et spirituel, Camille reste au centre de l’?uvre de Claudel. C’est elle – et non Isé – qui incarna l’image de la Femme. Claudel croit à un équilibre suprême : c’est par l’échec (relatif, sommes-nous tentés de dire aujourd’hui) de Camille que le poète s’est réalisé.” J’ai tenu à conserver ce texte in extenso car il résume parfaitement ce qu’est Camille Claudel. Sa qualité s’explique par la personnalité de Michel Autrand, éminent spécialiste de Paul Claudel dont, entre autres, l’édition critique du ‘Soulier de Satin’ fait autorité et est proposée par Gallimard à un prix dérisoire. Camille Claudel a franchi un nouveau seuil : désormais on l’affiche sans prénom ! La grande exposition qui va arriver à Martigny après avoir triomphé à Detroit et à Québec s’intitule Claudel-Rodin. Certes, pour Rodin, Auguste avait disparu depuis longtemps mais on efface Camille pour la première fois ? et aussi pour la première fois l’élève précède le maître. Je crois que cela s’appelle la gloire ! La valeur marchande a suivi. Au moment de l’exposition de 1954, on m’avait proposé un Claudel pour 20000 francs, soit 30 ? d’aujourd’hui. J’ai eu tort de ne pas l’acheter, faute d’argent? La place me manque pour parler des principaux sites qui exposent le sculpteur Claudel. Nous y reviendrons une prochaine semaine mais, pour l’instant, précipitez-vous au Musée Marmottan, Paris 16ème, où Camille est merveilleusement servie. Je vends… un des douze bronzes originaux

Aujourd’hui, je mets en vente un des douze bronzes originaux, le n°8, cachet Valsuani, de la tête reproduite ci-dessus. Il s’agit de La jeune fille au chignon (vers 1888), un bronze de 17 cm. Le prix est de 30000 ?, soit mille fois plus et il ne fera que croître? Avis aux amateurs éclairés louis.fournier@club-internet.fr


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur