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Le Théatre de l’?uvreà Paris est déjà au musée, mais pas encore vraiment sur Internet

Le Musée d’Orsay est le musée du 19ème siècle qui, comme chacun sait, se termine en 1900. Aussi bien l’exposition que le musée consacre au Théâtre de l’?uvre va jusqu’à cette date incluse.

L’hommage à Lugné-Poe est donc amputé de plusieurs créations glorieuses comme l’Annonce faire à Marie, en 1912 ? Dans le Journal de Claudel d’août 1912, cette note : «Lugné-Poe et Madame Kalff me demande l’Annonce faite à Marie. J’accepte.» et c’est ainsi que commença la vie d’une pièce qui est jouée sans relâche dans le monde entier !- le Cocu magnifique, Maison de poupée d’Ibsen ou La Danse de mort de Strindberg. Musee-Orsay.fr n’est pas avare d’informations sur cette exposition : « Ce sont les correspondances entre théâtre et peinture que le musée d’Orsay vous invite à explorer en évoquant la naissance du théâtre moderne à travers l’aventure artistique du Théâtre de l’?uvre. « Fondé par Aurélien Lugné-Poe en 1893 pour accueillir le symbolisme littéraire et pictural, Maurice Denis, Bonnard et Vuillard notamment, l’?uvre doit en particulier sa réputation à un répertoire accordant une large place aux auteurs nordiques aux côtés de jeunes écrivains français comme Henry Bataille, Henri de Régnier ou Alfred Jarry. « Programmes illustrés, portraits peints, photographies ou caricatures d’Aurélien Lugné-Poe, décors évoqués par un ensemble d’?uvres rarement montrées, voire inconnues, sont présentés dans l’exposition Le théâtre de l’?uvre (1893-1900), naissance du théâtre moderne. (?) Aurélien Lugné-Poe, jeune comédien de 17 ans, se lie d’amitié au lycée Condorcet avec de futurs grands artistes, dont Edouard Vuillard. Avec ce dernier, il fonde un théâtre nouveau : L’?uvre. « Plusieurs oeuvres de Vuillard représentant Lugné-Poe, illustrent l’amitié entre les deux hommes mais aussi les liens existant à cette époque entre le théâtre et la peinture. « L’unité des arts était au principe de l’esthétique des Nabis. Vuillard et Bonnard, Maurice Denis et Vallotton ont ainsi fortement contribué aux expériences novatrices du Théâtre de l’?uvre durant les années 1893-1900. Ce haut lieu du symbolisme, sous la conduite d’Aurélien Lugné-Poe, ouvrit ses portes à Maeterlinck, Ibsen et à l’Ubu roi de l’excentrique Jarry. D’autres artistes sont ici évoqués qui, de Lautrec à Munch, ont attaché leur nom à ce renouveau de la scène parisienne.» Les débuts de l’aventure de Lugné-Poe, se situent dans des salles diverses et souvent de fortune? « Pour entrer au théâtre,nous précise-t-on, inutile de faire la queue devant un guichet ! Seuls les abonnés et les invités peuvent assister aux représentations qui ont lieu dans les salles louées par Lugné-Poe pour l’occasion.» Le site Theatreonline.com retrace l’histoire du théâtre de l’?uvre au-delà de ces temps héroïques et glorieux : «Après la mort de Lugné-Poë, Lucien Beer s’associe avec Raymond Rouleau. Ils créeront “Virage Dangereux” de Priestley, “Le voleur d’Enfants” de Supervielle, “La Neige était sale” de Georges Simenon, “La Maison de Bernarda” de Fédérico Garcia Lorca, mais aussi des oeuvres de Louis Ducreux, Robert Vattier, Albert Rieux et Gabriel Marcel. « En 1951, Raymond Rouleau cède sa place à Robert de Ribon qui monte “Robinson de Supervielle”, “La Puissance et la Gloire” d’après Graham Greene, “Etés et Fumées” de Tennessee Williams, “Les Trois S?urs” de Tchekhov, “Homme pour Homme” de Brecht ainsi que André Obey et Brendan Behan. C’est en 1960 que Georges Herbert et Pierre Franck leur succèdent.» En fait, c’est là que tout commence ? ou recommence. Dans un texte que signe aussi G. Herbert, Pierre Franck publie dans le programme du premier spectacle, “La Logeuse”, de Jacques Audiberti, énonce son propre programme : « La pioche du démolisseur ne s’abattra pas cette saison sur les vieux murs de la maison de l’?uvre, l’amitié, la reconnaissance, le respect ne l’ont pas permis ; le hasard nous a placés à la proue du navire à l’instant où il allait s’engloutir, emportant dans son naufrage tous les riches souvenirs de sa gloire, nous ne savons pas si nous sommes dignes d’assumer la tâche redoutable de le sauver, c’est une opinion que se feront, en totale objectivité, la critique et le public, en fonction du travail qui leur sera soumis. « Les encouragements que nous recevons, émanant de celles et de ceux avec qui nous avons eu la chance de parcourir les routes du monde, sont déjà pour nous un précieux stimulant ; ils témoignent en faveur de l’expérience que nous tentons ; ils lui donnent à nos yeux, sa raison d’orienter ce théâtre dans le sens que nous souhaitons, c’est-à-dire vers une communion d’idées, de conceptions, de pensées? l’amitié? qui pardonne les erreurs, soutient l’effort, se réjouit de la réussite, nous aimerions la voir régner ici, en maîtresse exigeante, car elle procure un climat auquel nous sommes si sensibles et sans lequel notre métier apparaîtrait vain. « Voici donc le théâtre de l’amitié? Vous y serez accueillis comme des amis, car votre présence aura contribué, aussi bien pendant les enivrantes heures de répétition, que lors des représentations, dans la coulisse, au centre de la scène, dans votre fauteuil de spectateur, à la survie de cette merveilleuse salle, placée au c?ur de la cité Monthiers qui a vu s’amuser les Enfants terribles de Jean Cocteau à des jeux mystérieux et interdits, dont le passé a été martelé fiévreusement par tant d’illustres pas, et qui par la grâce de Lugné Poe était devenu un haut lieu de Paris? Voici, entre nos mains, le sort du théâtre de l’?uvre?» Les promesses furent tenues. Le théâtre de l’?uvre menacé de démolition, ce n’était pas une clause de style. L’Ambigu, qui avait survécu au boulevard du Crime cher à Prévert et Carné, est devenu un immeuble de bureaux avec parkings. Ont disparu aussi l’Apollo, à côté du Casino de Paris, le Parisiana, le théâtre Monceau où triompha si longtemps Monsieur de Falindor, l’ABC, où Édith Piaf créa Le Bel Indifférent de Jean Cocteau, le Casino-Montparnasse, la Gaîté-Lyrique, le Théâtre Lancry où Ionesco affronta des chaises vides et combien d’autres que je ne devrais pas oublier ! J’ajoute que si Jean-Paul Belmondo n’avait pas eu la géniale idée d’acheter aussi les murs du Théâtre des Variétes, celui-ci serait devenu un immeuble de rapport : « Pensez donc, Madame, en plein boulevard ! » Le second spectacle monté fut “L’Annonce faite à Marie”, encore elle mais cette fois dans le succès le plus total. Danièle Delorme, Violaine étonnante, Loleh Bellon, exceptionnelle Mara, Michel Etcheverry, Anne Vercors incarné et tous les rôles formant ensemble une distribution idéale sous la direction de Pierre Franck qui n’était pas à son coup d’essai. Bien des années plus tard il récidiva en tournée avec Anne-Marie Philipe. Un souvenir en passant : chaque soir un taxi attendait à l’entracte Germaine Delbat qui jouait très bien la Mère et qui, moins d’une heure plus tard, allait jouer la femme de Louis de Funès dans “Oscar” à la Porte Saint-Martin? Pierre Franck signait la mise en scène idéale de l’Annonce et, à l’époque, j’eus la joie de faire un disque des scènes principales? Pendant des années, des années, le théâtre de l’?uvre accumula les succès dans la qualité la plus totale, qu’il s’agisse du Repos du Septième jour, de Claudel, avec Ledoux, Casarès, Denis Manuel, entre autres ; des Justes, de Camus ( « L’Histoire qui, chaque jour, s’écrit d’une encre de sang, se charge de nous démontrer l’universalité de la pièce d’Albert Camus » écrivait Pierre Franck ) ; Mon Faust, adapté d’un texte de Paul Valéry par Pierre Franck qui fit pendant des années toutes les mises en scène. Et puis il y eut en 1963 le dernier grand Montherlant, La Guerre civile, avec Pierre Fresnay, Pierre Dux, Alfred Adam, René Fleur. La plus réjouissante «couturière » que j’ai vécue au théâtre de l’?uvre fut celle des Poissons rouges où Jean-Pierre Marielle et Michel Galabru s’en donnaient à c?ur joie. C’était un délire et un délice. Chaque réplique, comme celle-ci « Le plaisir, quand on est une honnête femme, cela ne vous laisse jamais la conscience tranquille.< » faisait mouche. pour corser l'ambiance, rené bergil, administrateur, avait mis un bocal de poissons rouges à la hauteur des toilettes. je crois qu'un jour on le lui a volé ? et il en a racheté un. rené bergil, qui était mon ami, était l'âme du théâtre de l'?uvre. quand pierre fresnay jouait, il venait à l'entracte dans son bureau s'entretenir parfois de façon acide avec yvonne printemps. chacun, de l'ouvreuse à l'auteur, de la caissière aux acteurs, venait lui raconter ses petites histoires. des êtres comme lui existent-ils toujours ? il est parti avant que n'éclose vraiment internet. s'il avait vécu, je suis sûr qu'il aurait fait naître un site théâtre de l'?uvre aussi nourri que celui des variétés dont j'ai déjà parlé avec admiration. au sujet des variétés, il y a sur la façade de l'?uvre un buste de lugné-poe dû à paul belmondo, le père?


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