Curvature reconditionne l’IT pour limiter les dépenses inutiles de l’entreprise

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Spécialiste du reconditionnement de routeurs, switch et autres serveurs, Curvature divise les coûts d’investissement et de maintenance d’infrastructure des entreprises.

Curvature opère une activité originale : le reconditionnement de matériel informatique (routeurs, commutateurs et serveurs) que la société américaine rachète aux entreprises pour… les leur revendre. Certes, pas exactement les mêmes puisque ce que Curvature récupère auprès d’une entreprise est revendu à une autre. Du matériel « qui a moins de trois ans d’ancienneté », assure son PDG Mike Sheldon (photo). Cisco, HP, IBM, Dell, mais aussi Juniper, Brocade, Avaya ou encore Nortel, toutes les principales marques, ou presque, du marché, sont (ou ont été) supportées.

L’idée est simple et pleine de bon sens. « Les constructeurs poussent au renouvellement en arrêtant la maintenance du matériel au bout de 3 à 5 ans alors qu’il fonctionne encore parfaitement, explique Mike Sheldon de passage à Paris mercredi 17 septembre. Or, nous conseillons d’utiliser le matériel tant qu’il est compatible avec les besoins de l’entreprise. »

Coûts divisés par deux

Concrètement, à l’occasion d’un changement de parc décidé par l’entreprise cliente, le dirigeant invite ainsi à en renouveler une partie avec du matériel d’occasion, en parfait état de marche naturellement, mais moins cher que les équipements neufs. Les économies se retrouvent alors sur l’investissement matériel en lui-même. Mais elles s’amplifient avant tout sur les coûts de maintenance qui en découlent puisque le support du parc ainsi renouvelé n’est plus facturé par les onéreux services du constructeur d’origine. De plus, le client n’est plus entraîné dans une logique de renouvellement périodique quasi automatisée du matériel du constructeur. S’il veut garder ses routeurs 8 ou 10 ans, il le peut, support à l’appui.

A titre d’illustration, le système Curvature a, selon Mike Sheldon, permis à une grande banque de financement américaine d’économiser 100 millions de dollars en maintenance/renouvellement sur plusieurs années pour 5 millions d’achat de matériel. « On coupe les dépenses d’investissement par deux et la maintenance d’autant », assure le jovial dirigeant.

400 000 retraitements par an

Sur le papier, le système est implacable. C’est à se demander pourquoi les entreprises n’y ont pas plus recours. A cause des risques de panne plus élevés des équipements d’occasion ? « Nous ne rachetons du matériel qu’en parfait état que nous mettons à jour avec des modifications mineures, en gonflant la mémoire, notamment », souligne le responsable qui garantit à vie son matériel. Pour la recherche d’une optimisation des performances de consommation ? « C’était vrai avant mais depuis 5 à 7 ans, l’aspect ‘green’ est moins intéressant car on dépense plus à l’achat et la différence de consommation n’est pas flagrante, sauf si on alimente un routeur avec un panneau solaire. Et est-ce que c’est green de jeter du matériel qui fonctionne encore ? » D’une certaine manière, Curvature offre aux entreprises une occasion de reprendre le contrôle sur la gestion du renouvellement des composants réseau et datacenter.

Et ça marche. Curvature annonce 300 millions de chiffre d’affaires (en 2013) pour 500 salariés dans le monde. L’entreprise retraite 400 000 commutateurs, routeurs et serveurs par an environ. Un volume pour l’heure minuscule loin d’inquiéter les Cisco et compagnie. Il n’en reste pas moins qu’un des problèmes de Curvature est que « nos clients ne peuvent pas parler officiellement de nous. S’ils le font, ils vont se mettre à dos leurs fournisseurs. Et les entreprises ne peuvent pas se permettre de se mettre à dos des gens comme Cisco. » Ce qui n’empêche pas le « reconditionneur » d’approcher des grands groupes dans de multiples secteurs, dont « un gros opérateur télécom en France », comme les petites entreprises. Curvature compte aujourd’hui plus de 10 000 clients dans le monde, dont 250 en Europe ou le fournisseur est installé depuis 2002.

Un marché porté par la crise

Le marché est de toute façon sur une pente ascendante. Notamment porté par la crise économique permanente qui pousse les entreprises à la recherche d’économies. Dans ce cadre, « la France est notre plus gros marché européen », indique Mike Sheldon. L’entreprise y génère 15 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie une dizaine de salariés, épaulés de partenaires techniques prêt à intervenir chez le client en moins de 4 heures depuis sept pôles régionaux. Une activité de maintenance démarrée il y a 5 ans. « C’est l’activité qui se développe le plus vite actuellement », souligne notre dynamique interlocuteur. La revente de matériel (câble, convertisseurs optiques, mémoire, etc.) à des tarifs très compétitifs, vient compléter l’ensemble des métiers de Curvature. « Quand Cisco facture un émetteur-récepteur optique 500 dollars, on le propose à 60, n’hésite pas à illustrer Mike Sheldon. Et on fait toujours de la marge, même si elle est petite. »

Si l’activité de reconditionnement de matériel informatique n’est pas très populaire, particulièrement en Europe, Curvature n’est pas une jeune société. Elle a été fondée en 1986 sous le nom de Network Hardware Resale. « A l’époque, c’était une entreprise familiale qui se focalisait sur la revente de matériel Cisco d’occasion », précise Mike Sheldon arrivé à l’orée des années 2000 pour accélérer le développement de l’entreprise. Moins de 15 ans plus tard, le succès est au rendez-vous. Et l’élargissement du métier à la maintenance et revente de produits a poussé la structure à changer son patronyme pour Curvature. Une manière de souligner que l’heure d’une nouvelle approche du cycle de vie des actifs informatiques des entreprises a peut-être sonné.


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