LA CITÉ DES SITES : Le Point, c’est tout ? Oui, tout Internet !

Régulations

Le Point est le troisième des grands ‘news magazines’, une place qu’il occupe depuis sa création. Il s’offre à nous dans son intégralité depuis 1995… Bientôt 10 années d’archives numériques et intégrales!

Nous avons à Paris trois grands news magazines. Par ordre d’entrée en scène : L’Express, Le Nouvel Observateur et Le Point. Les deux derniers sont l’un un peu, l’autre beaucoup nés du départ de l’Express de leurs fondateurs.

Le Point n’a pas eu d’enfance. En 1972, il s’évade de l’Express et s’installe comme éternel troisième. Il connaît le succès aussitôt. Ses créateurs sont aguerris et ils tiennent une certaine droite pas trop extrême qui a sa clientèle. Le site http://www.lepoint.fr/ a conservé l’exposé des motifs du Point à sa naissance : «L’éloge, partout, de la folie ? Le Point, dont vous tenez le premier numéro entre vos mains, choisit, lui, la raison. Une vieille lune, mais qui éclaire tout de même de sa pâle lumière les nuits où vous veillez. C’est un pari qui ne va pas de soi : écoutez la rumeur ! De partout s’élèvent les complaintes : “Dieu est mort, c’est réglé ! L’Homme va le suivre dans sa tombe, c’est sûr ! ” Voilà le refrain ! Gémissements littéraires, apocalypses de pacotille, qui ne se sent déjà lassé par ces pleurnicheries d’ilotes, fatigué de cet abaissement de l’intelligence et du caractère ? Pour Le Point, il n’est pas tout à fait évident que l’Homme soit mort, et, en ce qui concerne Dieu, allez savoir… (?) « Le Point sera classique. « Il le sera moins – vous le verrez vite – dans son contenu. Parce qu’il a décidé de privilégier le service du lecteur, la vérité, l’irrespect et le non-conformisme.» Le Point, c’est un?point de détail mais qui compte, a le dos carré contrairement à ses deux confrères. Ce qui conforte la lecture et facilite la collection pour ceux qui ont de la place. Mais faut-il conserver le papier dans la mesure où tout est conservé en mémoire ? « Les archives numériques du Point contiennent tous les articles et illustrations depuis janvier 1995, soit près de : 46.000 fichiers texte et 1.200 graphiques.» Pour y accéder il suffit d’être abonné papier et cela m’a permis par exemple ce relire un texte, pour une fois un peu saugrenu, de Bernard Henry-Lévy : « Dans les «Mémoires improvisés », de Claudel (conversations avec Jean Amrouche, un classique, que les « Cahiers de la Nrf » ont l’heureuse idée de rééditer), cette façon, tellement d’époque, de se vivre soi-même comme une sorte de bureau de conversion pour écrivains en perdition. Le bureau-Claudel consulte. Le bureau-Claudel reçoit. Il passe un temps fou, le bureau, à examiner le cas Sachs, à correspondre avec Suarès, Gide ou Rivière, à se pencher sur le dossier Max Jacob. Et il le fait – c’est ce qui frappe – avec les mêmes méthodes, esprit de sérieux, sang-froid que s’il avait à se prononcer sur la question de l’Orient ou des Balkans. La conversion sans amour… L’âpre négociation des grâces… Tout ce tourbillon d’âmes égarées, rappelées à l’ordre par ce singulier bénisseur… Un filon littéraire qui s’est perdu ?» Le site Internet du Point s’intéresse à Internet et j’y ai trouvé ce texte de Laurence Neuer: « Laisser à ses salariés un libre accès à l’Internet, quoi de plus libéral et donc de plus conforme à un management moderne qui se veut humain ? C’est pourtant pour avoir laissé son employé Nicolas B. faire de mauvaises blagues sur l’Internet que, le 11 juin 2003, la filiale française de Lucent Technologies s’est retrouvée devant la justice. Expert en informatique, le fameux Nicolas n’avait rien trouvé de mieux à faire sur son lieu de travail que de créer un site pirate baptisé Escroca. Celui-ci arborait en guise de logo un pénis en mouvement et insultait les employés et les dirigeants de la société Escota, une entreprise concessionnaire d’un réseau autoroutier. « Poursuivi par sa victime, Nicolas B. a été jugé coupable de contrefaçon de site et condamné à une indemnité symbolique, la plainte d’Escota étant survenue plus de trois mois après la découverte des faits, trop tard pour plaider la diffamation. Lucent, en revanche, a été invité à payer une note salée… Car, pour le tribunal de grande instance de Marseille, sa responsabilité ne faisait aucun doute : d’après l’article 1384 al. 5 du Code civil, le « commettant » – c’est-à-dire l’employeur – répond des fautes de son préposé – le salarié. N’est-ce pas sur son lieu de travail et avec les moyens fournis par son employeur que l’employé a commis la faute ? « C’est ce même article qui a épinglé un agent d’assurances, M. Seguin. Croyant bien faire, celui-ci avait équipé l’une de ses salariées, Mme Bellanger, d’un logiciel rapide et performant pour l’enregistrement des sinistres et le paiement des indemnités dues aux clients. Malheureusement pour lui, son employée ne s’est pas cantonnée à cette tâche. En l’espace de dix-huit mois, elle a détourné près de 150 000 euros correspondant au remboursement de 127 prothèses dentaires imaginaires ! Qui paiera la note ? Certainement M. Seguin. La Cour de cassation a souligné qu’il était le « commettant » responsable et a cassé l’arrêt rendu par une cour d’appel en sa faveur. A lui maintenant de retourner devant une deuxième cour d’appel et de convaincre de nouveaux juges que Mme Bellanger a agi «en dehors de ses fonctions et à des fins étrangères à ses attributions ».. « Il aurait pu, de toute façon, connaître pis : le spectre d’une sanction pénale hante en effet l’employeur incapable de garder son troupeau d’internautes. «De victime l’entreprise devient responsable, voire coupable, prévient Olivier Itéanu, avocat spécialiste des NTIC. La loi punit de peine de prison et d’amende celui qui détient un fichier nominatif et qui en offre l’accès à des tiers. » Si un salarié exporte la base de données « clients » de son patron, l’un de ceux-ci peut porter plainte contre l’entreprise qui n’a pas pris les précautions nécessaires. On imagine les risques auxquels s’expose l’employeur dont les salariés piratent des logiciels, stockent des fichiers musicaux ou des contenus pédophiles. «Avec Kazaa, par exemple, les salariés échangent tout et n’importe quoi ! Si on ne parvient pas à prouver qui est l’auteur du téléchargement illicite, c’est « l’entreprise qui sera responsable ! » rappelle Frederic Nakhle, directeur technique de Risc Technology. Ce que Jean-Paul Levy, avocat pénaliste, confirme : «L’entreprise est propriétaire du matériel servant à commettre l’infraction. En cas d’intrusion chez un concurrent et en l’absence d’identification de l’auteur, c’est elle qui sera jugée comme auteur ou complice, et condamnée.» Or l’incursion dans un système coûte cher : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende !» Je n’irai pas jusqu’à comparer l’usage abondant que peuvent faire certains salariés des ordinateurs de leur entreprise à celui de cette femme de ménage philippine qui a coûté des milliers d’euros à sa patronne en téléphonant tous les jours, et longuement, à sa famille de son lieu de travail. Je pense, de façon peut-être un peu trop conservatrice, que les ordinateurs du bureau sont essentiellement pour le boulot et non pour l’usage personnel? Il est souvent difficile en province de rejoindre Internet sans de grosses complications. Un jour dans un hôtel de Chamonix mon crédit était épuisé quand je suis arrivé à joindre (sans sujet) ma boîte email ! Eh bien, en Inde, pays où règne encore la pauvreté mais où les techniques de pointe font florès, tout s’arrange : « Les kiosques informatiques constituent l’une des principales clés de cette révolution. Ils trônent généralement à l’entrée de la maison d’un de ces nouveaux entrepreneurs, avec un ou deux PC reliés à l’Internet par téléphone, satellite, voire par une liaison sans fil. Le pays peut déjà s’enorgueillir de 7 000 points d’accès du même genre, sachant par ailleurs que plus d’une centaine de nouveaux kiosques voient le jour chaque semaine. Chez Nasscom, on estime que, d’ici à 2007, l’Inde pourrait en compter près de 300 000. Indian Tobacco, le géant indien du tabac, a pris la tête de ce mouvement, en décidant d’ouvrir 4 000 de ces kiosques à l’attention des fermiers. Le pari consiste à espérer qu’ils feront grimper les chiffres des ventes au sens large, des semences jusqu’au savon, grâce en particulier au support de e-Choupal, le site Web qui s’y trouve intégré. Cela étant, de nouveaux joueurs sont en train d’émerger, qui offrent à des entrepreneurs avides de réussir l’opportunité d’ouvrir leur propre kiosque. N-Logue Communications, par exemple, a adopté un modèle économique inspiré des systèmes de franchise. L’entreprise accorde un prêt à taux réduit de 1 000 dollars à l’impétrant, permettant à ce dernier d’investir dans un ordinateur et un réseau sans fil, avant d’enseigner au nouveau propriétaire le b.a. – ba du métier. « Ces kiosques tendent souvent à devenir un noeud central de l’activité villageoise. Prenons l’exemple du kiosque dont Mahesh Patel, un fermier qui produit du soja et du coton à Korgala – un hameau perdu au milieu de l’Etat du Madhya Paradesh -, a obtenu la gestion. Lorsque Indian Tobacco lui a proposé le kiosque de Korgala, Patel a signé des deux mains. Quand bien même, d’ailleurs, la seule opportunité qu’il eût jamais d’apercevoir un ordinateur auparavant se produisit au cinéma, dans l’une de ces productions à succès dont Bollywood a le secret. Aujourd’hui, il prélève une petite fraction de chaque vente réalisée par ITC sur son ordinateur, ce qui a permis à Patel de voir son revenu passer de 220 dollars à 380 dollars mensuels depuis qu’il gère ce kiosque. Sa maison, qui compte trois pièces, est désormais souvent remplie de villageois. Chaque matin, les fermiers se rassemblent pour consulter les cours de l’huile de soja sur le marché de Chicago, avant de vérifier les taux correspondants sur le marché local. Dans l’après-midi, on peut y voir des enfants affûter leurs talents informatiques sur la précieuse machine. Et, maintenant que le site e-Choupal propose un tas de choses à la vente, la maison de Patel s’est plus ou moins transformée en une sorte d’épicerie de village virtuelle. «Je ne suis qu’un humble fermier, même s’il est vrai que les habitants de mon village me témoignent beaucoup de respect désormais», observe stoïquement Patel. » (Manjeet Kripalani à Bangalore – Business Week) Visitez vraiment le site du Point. Il est très vaste et très divers. Et j’extrais de la rubrique voyage cette description de Vichy intéressante par ses connotations historiques : « Petite ville de l’Allier, avec son vaste parc hôtelier qui se réduit comme une peau de chagrin, son bel Opéra, le plus vaste de province, son casino, ses parcs, ses jardins, ses pavillons aux contours 1880, ses passages Belle Epoque, dignes du quartier des Grands Boulevards, à Paris, Vichy a gardé l’air princier d’une mini métropole du coeur de la France. Ce n’est pas un hasard si elle fut choisie comme « capitale de l’ État français » de 1940 à 1944. Ce qu’aucune plaque ne rappelle, sauf, face à l’ex-hôtel du Parc, une stèle des enfants de déportés. « Le Vichy du juste avant-guerre, avec ses hôtels multiples, son réseau téléphonique, ultramoderne pour l’époque, sa ligne ferroviaire, directe depuis Paris, le Thermal express, avait de quoi séduire. Non loin de la ligne de démarcation, qu’on franchissait à Moulins, elle pouvait accueillir gouvernants, fonctionnaires, collaborateurs divers. Elle en a gardé un fort parfum rétro. On visite le Grand Casino Théâtre de 1902, avec sa salle Art nouveau, celle-là même où furent votés les pleins pouvoirs à Pétain, non sans un pincement au coeur : une plaque est dédiée aux 80 qui refusèrent le vote. Le lieu se double désormais d’un palais des congrès contemporain qui permet à Vichy de ne pas se bercer de souvenirs.»


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