Nokia-Microsoft : un partenariat à hauts risques

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Plate-forme immature et peu adoptée, risque de perte d’identité et de fuite des utilisateurs… L’accord presque signé avec Microsoft place Nokia dans un tournant dangereux pour l’avenir du constructeur.

Nokia ne prévoit pas de lancer sa gamme de smartphones sous Windows Phone avant 2012. C’est ce que révèle notamment le rapport de la SEC (Security Exchange Commission) sur l’accord passé entre Microsoft et le constructeur finlandais. Un accord annoncé le 11 février mais qui n’a visiblement toujours pas été signé.

Dans le formulaire 20-F communiqué par Nokia le 11 mars à la SEC, on peut lire que « nous et Microsoft avons conclu un accord non contraignant et le partenariat proposé reste sujet à négociations et à l’exécution d’un accord définitif ». Rappelons que l’accord annoncé au cours du Mobile World Congress de Barcelone place Windows Phone comme la plate-forme d’exploitation principale des terminaux Nokia, aux dépens de Symbian, donc.

En revanche, le document de fait aucune référence au milliard de dollars que Microsoft projette d’investir, en opération marketing notamment, dans le cadre de l’accord. Alors que Nokia paiera bien chacune des licences Windows qu’il installera sur ses téléphones. Au prix du marché, à priori

Le risque est donc grand pour Nokia qui n’a pas réussi à s’imposer sur le marché des smartphones, qui tente de rassurer ses clients actuels en poursuivant le support de Symbian sans pour autant s’assurer d’attirer ceux qui apprécient le nouvel os mobile de Microsoft. Un risque que le constructeur précise en ces termes : « La plate-forme Windows Phone est une innovation très récente, en grande partie non éprouvée, sur le marché des smartphones haut de gamme avec une adoption actuellement très faible et la sensibilisation des consommateurs par rapport à l’Android et des plates-formes Apple, et le projet de partenariat Microsoft peut ne pas réussir dans son développement d’une plate-forme smartphone suffisamment concurrentielle. »

Le constructeur note également que l’accord risque d’affaiblir sa marque dans les pays où il est bien implanté, comme la Chine, sans lui ouvrir pour autant les portes des marchés où il peine à s’installer, comme les Etats-Unis. D’autant que Nokia note encore que la nouvelle stratégie pourrait se heurter à une culture d’entreprise défavorable et même à un risque de démotivation des salariés. Bref, l’opération apparaît comme tellement risquée qu’elle sonne comme celle de la dernière chance.

Elle est en revanche moins risquée pour Stephen Elop, le nouveau (depuis septembre 2010) patron de Nokia qui publie ses émoluments dans le document transmis à la SEC. L’ancien dirigeant de la division entreprise de Microsoft bénéficie d’un salaire annuel de 1,05 million d’euro et a reçu 500.000 stock options (et quelques 175.000 actions). Il a également bénéficié d’une sorte de prime d’arrivée de près de 2,3 millions d’euros qui s’élèvera à 3 millions en octobre 2011 en plus de 312.000 euros de frais divers et variés. Sans oublier les plus de 509.000 euros versé en dédommagement à son ancien employeur. Des sommes que Stephen Elops devra néanmoins rembourser si son contrat avec Nokia est prématurément rompu (par l’une ou l’autre des parties, visiblement). Comme quoi, les affaires de gros sous commencent au niveau des dirigeants.


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